Publié le 07.07.2005 dans "Le coin du sonneur"
Utilisez–vous les huiles essentielles ? – par Gilbert Hervieux
À en croire Gilbert, entretenir une bombarde, c’est à peu de choses près comme entretenir une clarinette ou une flûte traversière. Rien de plus simple, ce qui est important, c’est que, quelque soit le bois, buis ou ébène, il faut d’abord et surtout penser à le nourrir régulièrement.

Divroet New(e)z - Pourquoi lui mettre de l’huile ?
Gilbert Hervieux - Parce que si on ne l’entretient pas, le bois va sécher. Le bois, ce n’est pas un matériau mort comme de l’aluminium par exemple, si on ne le nourrit pas, il va se déformer, se rétracter ou se gondoler, selon les bois travaillés. Mais une chose est sûre, l’instrument va bouger, s’altérer, et très souvent finira par se fêler, auquel cas vous êtes bons pour recommander un nouvel instrument, c’est irrattrapable…
Lorsque vous achetez un instrument, soyez attentifs aux conseils d’entretien qui vous sont prodigués. N’hésitez pas à poser des questions le cas échéant. Mon conseil en la matière : utilisez de préférence de l’huile d’amande douce. Très régulièrement.
DN - Pourquoi de l’amande douce ? Toutes les huiles « pour bois » ne conviennent–elles pas ?
GH - Non, effectivement. Prenons l’huile de lin par exemple. Il s’agit d’une huile typiquement inadaptée pour un instrument. Il ne faut surtout jamais mettre d’huile de lin sur quelque partie que ce soit de vos instruments. C’est un siccatif, ce qui signifie que la propriété de cette huile est de déposer une pellicule sur le bois. Dans le bâtiment par exemple, on l’utilise pour protéger volets et portes des intempéries. Cette pellicule est très protectrice, mais appliquée pour l’instrument, elle déclenche des effets tout à fait inverses de ceux attendus : l’épaisseur d’huile augmente et finit par gravement altérer le son de l’instrument. Le seul cas où elle est cependant utilisée est lors de la fabrication d’instruments, notamment en buis, à des fins uniques de stabiliser le bois, puis elle est essuyée. A contrario, l’huile d’amande douce possède toutes les qualités requises à l’entretien du bois : elle le protège, le nourrit et permet de gagner en puissance, en harmonique, notamment avec le buis, en assurant une meilleure fluidité du son.
DN - Comment sait–on quand il faut en mettre ?
GH - De façon générale, il est nécessaire d’en passer une fois par mois à l’intérieur de l’instrument, à l’aide d’un écouvillon de laine (fait sur mesure) ou de nylon (mais c’est moins pratique – Le fait de passer un écouvillon de nylon n’a aucune incidence sur le bois).
Dans certains cas, il faudra cependant apporter un soin particulier à l’instrument : les flûtes traversières, par exemple, ont besoin d’un entretien pertinent lorsqu’elles sont neuves : dans un premier temps il faudra leur appliquer de l’huile toutes les semaines, à l’intérieur et à l’extérieur, puis tous les 15 jours, enfin tous les mois, comme tout instrument en bois.
Un autre exemple : si une cornemuse écossaise n’a pas servi depuis un moment, il est « L’huile d’amande douce permet de gagner en puissance, en harmonique » indispensable de passer de l’huile d’amande douce avant de jouer. La raison tient du bon sens : lorsqu’on envoie de l’air humide, le bois gonfle à l’intérieur tandis que l’extérieur ne bouge pas, cela risque donc de le casser.
Le risque est le même dans le cas de l’utilisation de téflon, notamment sur les souches de cornemuses car le bois y perd de son élasticité. Le bois, devenu cassant, l’humidité crée une surpression. Pensez également à refaire vos filasses régulièrement afin d’aider le bois à « respirer ».
DN - Peut–on en passer aussi sur les clés ?
GH - Le nettoyage des clés se fera au chiffon avec un produit à base d’ammoniaque (du style mirror) selon leur composition. Attention, certains nettoyants peuvent abîmer les clés. C’est le cas de l’huile d’amande douce par exemple, elle agit sur le métal. Si vous n’avez pas de nettoyant adéquat, vous pouvez utiliser de l’huile moteur, mais évitez de les démonter : comme elles sont montées sur un support en bois, elles risquent, à force de montage et démontage, de prendre du jeu.
DN - Et l’eau dans tout ça ? C’est à bannir ?
GH - On pourrait passer la bombarde de temps en temps sous l’eau effectivement.
Autrefois, il est vrai qu’on trempait régulièrement les bombardes dans l’eau, mais l’expérience a montré que la durée de vie de l’instrument diminuait. Je conseillerais l’utilisation de cette méthode avec prudence.
Enfin, pour vos anches de bombardes, le meilleur entretien que vous puissiez leur donner est votre salive, beaucoup plus pénétrante que l’eau. Si vous prenez une anche de bombarde, que vous la salivez pendant 2 ou 3 secondes, elle va être plus au point au niveau son que si vous l’aviez trempée dans l’eau pendant 10 minutes. L’effet est très différent, certes, mais vous gagnez bien en timbre.
Enfin, un dernier conseil, mais qu’on ne redit jamais assez : ne laissez pas vos instruments en plein soleil ou près d’une source de chaleur, surtout si vous venez tout juste de les « nourrir ». Rien de mieux pour casser le bois.
Categories
- A la découverte (12)
- B.A.S : Bon A Savoir (17)
- C dans l’air (2)
- Echo des sonneurs (7)
- Entretien avec … (23)
- Istorioù (3)
- Keleier Breizh (8)
- Le coin du sonneur (14)
- Mémos d’assos (3)
- Petra Lavarez (3)
- Tribune libre (10)
- Vie des groupes (3)
- Quelques Liens
- Téléchargements
- Votre avis nous intéresse
Aucun commentaire
Laisser un commentaire | Flux rss des commentaires de cet article| trackback uri