Publié le 21.11.2005 dans "A la découverte"
Rencontre avec Loïc Nicolas, penn-soner de la Kevrenn Orléans

Divroet New(e)z : depuis quand la Kevrenn existe t’elle ?
Loïc Nicolas : la Kevrenn existe depuis 1927 et à été crée par Louis Gallouedec, un breton originaire de Morlaix et Maire de Saint Jean de Braie près d’Orléans. L’union Bretonne du Loiret permettait aux bretons venus travailler dans la région orléanaise de se retrouver au sein d’une communauté. Très vite, les danseurs ont souhaité bénéficier de la présence de musiciens traditionnels et quelques membres de l’association ont appris la musique
“sur le tas”. En 1955 Mr Pecaud a créé le bagad avec 2 cornemuses, 5 bombardes et 2 tambours.
Petit à petit la kevrenn s’est étoffée et à une certaine époque elle a même joué en 4e catégorie ! Puis de 40 musiciens, l’effectif est descendu à 2 au départ du leader. Jusqu’en 1996, ces 2 sonneurs ont tenu la barque et joué en couple pour les danseurs. Petit à petit il y a eu de nouveaux arrivants. Maintenant l’effectif est d’environ 50 personnes dont 27 au bagad. Pour la Kevrenn, le point fort est de pouvoir évoluer et se produire avec notre Cercle.
Notre association accueille aujourd’hui tous ceux qui aiment la Bretagne et qui veulent aider à promouvoir la culture bretonne sous toutes ses formes (danse, musique, chant, langue…).
DN : quel est ton rôle en tant que Penn Soner ?
LN : c’est avant tout un rôle de cohésion. Il y a un an et demi que je dirige le bagad. Le Penn précédent quittait ses fonctions pour des raisons personnelles et en concertation avec le président de l’association, ils m’ont jugé le plus apte à reprendre les rênes. Pour moi, je n’étais pas le “meilleur” musicalement parlant, mais j’avais ma place dans le pupitre bombarde et je m’entendais bien avec pas mal de monde. Ça m’a permis de maintenir le groupe. Un bagad sans cohésion part en déliquescence
rapidement et je sentais bien que si je ne faisais pas ce travail de “synthèse” très rapidement, le bagad allait se dissoudre, et on se retrouverait comme en 1987 avec 2 ou 3 sonneurs et peu de moyens.

Mon premier travail a été de ressouder le groupe et d’y trouver ma place en tant que Penn. J’avais et j’ai toujours beaucoup de choses à apprendre. Quitter la situation confortable que procure le groupe pour passer de l’autre coté et mener l’ensemble n’a rien d’une sinécure ! Certaines personnes m’ont aidé sur la façon de mener, de mieux m’exprimer pour faire comprendre ce que je voulais et grâce à un sonneur de cornemuse j’ai appris à accorder. De plus, je m’occupe de gérer la partie musicale des sorties en collaboration avec Cécile notre chorégraphe. L’aspect relationnel n’est pas toujours simple. Il faut arriver à tirer le meilleur parti de tout un chacun et motiver les gens pour les sorties car on est tous bénévoles et elles sont fréquentes surtout le week-end. Mais ces sorties nous font travailler et nous permettent d’intégrer les débutants. Et puis il y a aussi l’aspect financier qui n’est pas négligeable pour les groupes divroet. Ce sont là les seules ressources avec les cotisations que nous investissons aussi bien au niveau de cercle que du bagad et gérons les dépenses de l’association. Je m’occupe également de la formation des débutants en bombarde, de gérer le matériel et les investissements pour le bagad, et puis je suis au bureau de l’association.
DN : quels sont vos projets en matière de concours ?
LN : certains d’entre nous ont fait des concours mais à titre individuel. Le premier concours auquel nous avons participé après ses années sans est celui de BAS Divroët en 2003 à Courbevoie. Ce fut un bon moment car cela nous a permis de prendre conscience que, en matière de musique, on a un certain niveau et pour pouvoir en juger il faut se comparer à d’autres. Il s’avère qu’on n’était pas si mauvais que ça et qu’en travaillant, on pouvait faire des choses correctes. L’autre côté positif de ce concours fut de se retrouver avec d’autres bagadoù, de participer à une fête qui était devenue trop rare au niveau de Divroët. On a la chance aujourd’hui d’avoir une structure qui tourne bien et répond aux attentes de ses adhérents. Cette année, nous jouerons à Strasbourg pour Euroceltes 2006, l’optique étant de se présenter à Carhaix en 2007 au concours de 5ème catégorie.
DN : vous répétez où et quand ?
LN : nous avons des locaux qui nous sont prêtés par la commune d’Orléans, en centre ville, sous la patinoire. Mais nous avons des problèmes en terme de place. Il y a 2 ans nous avons perdu 60% de la place qui nous était allouée. Nous répétons donc le mercredi et le vendredi soir. Le mercredi est consacré aux débutants et au travail en pupitre. Depuis septembre, les confirmés et les intermédiaires ne travaillent plus sur ce créneau. Cette soirée est désormais consacrée aux débutants pour leur offrir des conditions optimales pour apprendre. Le vendredi nous alternons le travail de pupitre et le travail d’ensemble. Nous répétons à la Maison des Provinces en pupitre bombarde et cornemuse et dans une association qui s’appelle Musique et Equilibre où nous adhérons pour que les percussions et caisses claires puissent travailler dans de bonnes conditions.
Un vendredi sur deux nous répétons en ensemble.
La première partie de soirée est consacrée aux airs à danser pour les sorties et en fin de soirée nous jouons pour le cercle en travaillant sur la chorégraphie. Deux week-ends par trimestre nous louons des salles à l’extérieur pour travailler avec le bagad et le cercle. Le samedi on travaille en pupitre, le dimanche matin en ensemble et l’après-midi avec le cercle.
Ces journées de répétition sont aussi nécessaires pour souder le groupe parce qu’on se voit en dehors d’une répétition classique. Chacun amène son pique-nique, ce sont des moments sympas où on discute, les gens amènent leurs enfants et leurs conjoints, ça permet d’avoir un esprit de famille. C’est important, ça permet de souder les gens. C’est 80% d’entente qui fait un groupe. Après c’est le travail à côté qui fait le reste.

DN : quel est votre répertoire ?
LN : des airs à danser, des marches. Pour les airs à danser nous n’excluons aucun terroir. Nous jouons surtout des gavottes
montagnes (on préfère ne pas jouer des gavottes de l’aven ou bigoudènes techniquement hors de notre portée) et tout ce qui est pays vannetais : andro, hanterdro, laridé et aussi des mélodies et des marches. Beaucoup d’airs de notre répertoire
proviennent de recueils de morceaux, des partitions du Ar Soner,… Nous n’avons pratiquement pas de compositions, un petit peu d’arrangements sans plus. Notre groupe n’a pas les capacités pour écrire et arranger complètement, bien qu’on ait des personnes capables de faire des arrangements en cornemuse et bombarde ou de déchiffrer et transposer des partitions.
Nous avons demandé l’aide de Florian NICOLAS, qui nous a écrit une suite de gavottes Rouzic. Cette suite présentera une version longue pour la chorégraphie de notre cercle et une version courte pour le concours des Euroceltes à Strasbourg. Autrement, chacun vient avec des airs ou des idées en début d’année, certains composent ou réarrangent des marches et les proposent. On examine tout ça ensemble.
Les suites que nous jouions avant cela pour nos danseurs, étaient une synthèse de nos airs agencée pour la chorégraphie.
Aujourd’hui, on essaie aussi de varier les instruments en intégrant une bombarde en La, un kozh en La, une veuze en sol…
DN : le recrutement de bagad est essentiellement Breton ?
LN : autrefois des statuts très exclusifs imposaient le recrutement de personnes d’origine bretonne uniquement, nés de parents, voire de grands-parents bretons !! Nos statuts ont heureusement changé sur ce point. Au regard de ça, la kevrenn regroupe aussi bien des gens qui viennent de Bretagne où ils sont nés, des gens qui sont descendants de Bretons installés à Orléans, des gens du Poitou, d’Orléans même, qui ne sont pas de racines bretonnes, que des gens qui sont amenés à s’y déplacer pour le travail. Dernièrement nous avons intégré des gens qui venaient de Roanne et qui jouaient au bagad Avel Mor.
DN : quel est le nom de la Kevrenn Orléans ?
LN : l’association s’appelle aussi Union Bretonne du Loiret, mais nous préférons celui de Kevrenn. Sa devise : ” Evit Brud Ar Vro ” (Pour la renommée du Pays). Par contre nous cherchons à donner une image du bagad et du cercle. Nous n’avons pas de logo et nous réfléchissons pour en trouver un qui soit représentatif. Nous avons un site qui est en rénovation et on aimerait bien le faire évoluer, mettre des morceaux de musique, un trombiniouer pour l’agrémenter. Pour le moment il est assez statique, on y trouve quand même les sorties ou les événements marquants mais nous souhaiterions le rendre plus vivant. On va essayer de faire en sorte que des personnes du bagad aident les deux webmasters à la gestion du site pour faire bouger les choses !

Au niveau du bagad ça avance mais au niveau de l’association il y a beaucoup à faire. Des idées, nous n’en manquons pas, par contre les projets n’aboutissent pas aussi vite que je le souhaiterais. Certains ne s’impliquent pas au même niveau que les autres, et cette attitude “consommatrice” m’agace. Je n’en avais pas conscience de l’extérieur. En prenant la direction du groupe, on doit être non seulement locomotive, mais aussi pousser les wagons !
Souvent les gens sont capables de pleins de choses, ils se mettent un peu en retrait. Je vois souvent ça au niveau de la musique. Ce que j’essaie de faire dans les répétitions, c’est de faire participer des gens qui sont un peu en retrait. Par exemple, une bombarde et une cornemuse qui n’ont pas l’habitude du jeu de couple, jouent devant leurs compères. Parfois cela capote, mais les gens prennent confiance.
DN : vous avez un nouveau gilet, il a une histoire ?
LN : notre première préoccupation était de renouveler nos gilets qui avaient une quinzaine d’année et étaient en bout de course. Après accord du Conseil d’Administration, un petit groupe de travail s’est constitué. Puis nous avons fait participer tout le bagad. La première réunion a fait ressortir la motivation de chacun, la seconde chacun est venu avec son dessin, ses couleurs, ses idées et la 3e a permis de bâtir un prototype. Il fallait que l’on trouve une tenue cohérente et compatible avec le cercle qui évolue en costume de Crozon.
Les costumes des hommes ont une couleur bleue qui se rapproche du bleu glazik. Donc on est parti sur cette couleur dominante avec un drap de laine bleu, un plastron noir en velours, un col de même matière et pour rehausser le tout, les couleurs de la ville d’Orléans, or et rouge. Nous avons trouvé un galon à ces couleurs pour border le plastron et le col avec une partie en rappel derrière le cou, et bien sur deux rangées de boutons dorés, placées sur le plastron en velours !
Nous avons demandé l’aide de Paul Balbous, brodeur à Edern (près de Briec), pour le reste nous avons écumé les magasins de tissus de la région Centre et de l’Ile de France. Pour la conception, c’est notre amie Jacqueline, qui a consacré 5 week-ends pour bâtir nos gilets. Ce qui n’était qu’une idée lancée en novembre 2004 a pris corps en février 2005, en seulement trois mois ! Nous les avons inaugurés pour les fêtes johanniques le 8 mai dernier, pour les 51 ans du bagad.
C’était un projet un peu ambitieux car il fallait être réactif. Ça a beaucoup contribué à l’identité du groupe. Lorsque nous avons joué devant Soldat Louis, j’ai eu l’impression qu’un réel esprit de groupe s’était formé, chose que je n’avais pas remarqué auparavant. Quand tu diriges c’est sûrement la chose la plus valorisante, tu fais vraiment communion avec tout le monde. Et ce jour là on a joué une heure, super bien accordés, tout le monde était là. Ca s’est super bien passé et ce fut un moment très fort. Il y a un an on n’aurait pas vécu ça. Des choses toutes bêtes comme faire les accords qui étaient laborieux se font plus facilement. Les gens travaillent et ça avance.
DN : quels sont les projets d’avenir pour la Kevrenn ?
LN : on va travailler la suite Rouzic pour que le bagad continue de progresser. Cela va aussi permettre au cercle qui est en seconde catégorie, de présenter une nouvelle chorégraphie en concours pour War’l Leur. C’est pour l’ensemble des musiciens et danseurs l’occasion d’apprendre les airs et danses d’un autre terroir. La suite sera bâtie avec une marche, une mélodie, une gavotte et un jabadao, suivis d’une danse du pays Léon. Travailler pour le cercle et progresser ensemble est un pari ambitieux. Pour ce qui est des concours en Bretagne, Carhaix me semble un objectif possible dans deux ans, ce sera une étape décisive pour le groupe. Ce qui est positif c’est qu’on est toujours en accroissement, après une période de vache maigre avec une dizaine de personne qui sont parties.
On essaie aussi de fédérer d’autres sonneurs de la région. Des collègues de Tours nous ont ainsi rejoint dans l’aventure alsacienne d’Euroceltes. Autrefois il y avait 6 bagadoù sur la région centre, il y a 20 ans de ça, maintenant il n’en reste qu’un, sachant qu’à Blois et Tours il n’y a pratiquement plus personne. On essaie aussi de fédérer les gens qui gravitent autours de nous. Il n’y a rien de plus triste quand on aime sonner en bagad de se retrouver seul. Ça va être l’occasion de créer un noyau dur dans la région Centre. Ça a été assez dur pour nous mais ça fait 2 ans qu’on fait des sorties intéressantes et qu’on recrute. Il faut poursuivre, malgré nos difficultés matérielles, la formation des débutants afin qu’ils intègrent le bagad dans de bonnes conditions. Au niveau percus, comme beaucoup de groupes divroet, nous souffrons de leur absence. Nous avons un des percussionistes d’un groupe de musique qui nous donne un coup de main. A l’heure actuelle nous n’avons que 2 caisses claires.
Le bagad ne doit pas se reposer sur ses jeunes acquis, il faut aller plus loin, avec les moyens qui sont les nôtres.
Il y a deux ans, à Menez-Meur, après la prestation de l’ensemble Bombarde “Sonerien Bro Divroet”, un jeune sonneur de Bretagne nous a demandé d’où nous étions. A sa question, nous avons répondu que notre groupe était issu de talabardeurs de plusieurs bagadoù divroet, tous hors Bretagne. Il semblait étonné, et puis il a dit ” en tout cas, c’était sympa ce que vous avez sonné ! ” et pour moi ce fut la plus belle récompense !
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