Publié le 21.11.2005 dans "Le coin du sonneur"
Les percussions par Dominig Molard
Divroet New(e)z : comment accorde-t-on une percussion ou une caisse ?
Dominique Molard : sur une caisse claire de bagad, il y a des timbres (tiges situées sous la caisse). On procédera à un serrage à l’appréciation de chacun, certains vont serrer plus que d’autres. Plus on serre un timbre, plus le son va être étriqué, il va se renfermer dans une saturation. Si on les détend trop, on obtiendra un son de ferraille. La difficulté c’est de trouver la position où ils sont serrés mais surtout pas trop, sinon on obtient un son de caisse très perturbant, une saturation très désagréable. Pour la peau c’est uniquement de la tension, une tension extrême parce que plus c’est tendu mieux c’est, d’où sa résistance durable.
En ce qui concerne les percussions, les peaux animales, là ça va être une histoire de note. Avec des bongos, des congas, on cherche une note précise pour s’accorder sur la musique qu’on accompagne, c’est au musicien de chercher ce qui correspond. Sur les tablas c’est la même chose. Sur un bodhran on ne recherche pas une note mais une fréquence, une hauteur de note approximative, sur un bendir c’est la même chose. Sur une grosse caisse de bagad par contre ça va être une note précise puisqu’il faut l’accorder sur les bourdons de la cornemuse, c’est vraiment à l’oreille, il faut tendre la peau jusqu’à obtenir cette note par rapport aux bourdons. Il faut entraîner son oreille à reconnaître la note en serrant ou desserrant, il faut chercher et ça peut durer des heures.
DN : existe-t-il des « familles » de percussions ?
Dominique Molard : oui, il y a plusieurs catégories : les percussions mélodiques, rythmiques, d’ambiance. Et dans chaque catégorie il y a les percus à peaux, en bois, en métal. À titre d’exemple, les mélodiques sont celles qui créent des mélodies comme le « bala(fon) », « le steel drum », « la sanza », « le hang ».
DN : la percu aurait donc un langage ?
Dominique Molard : oui, elle a même plusieurs langages. On dit souvent des percussions qu’elles sont un langage tambouriné. Ça dit bien ce que ça veut dire.
Souvent, elle a un rôle dans la tradition de la culture dans laquelle elle est née. Elle rassemble lors d’une fête, d’une veillée, c’est un instrument qui a beaucoup de pouvoir, beaucoup d’importance dans toutes les cultures. Chaque instrument a son langage, sa technique et son rôle. Ça fait des déclinaisons multiples.
On ne peut pas comparer deux percussions, certains se ressemblent mais d’autres ont un rôle totalement différent. Et ça rejoint ce que je disais tout à l’heure dans le milieu bagad, les gens ne se renseignent pas sur le rôle de l’instrument, s’il a un son aigu, médium ou grave il aura un rôle différent. Par exemple si on fait trop de coups sur un triangle qui est très aigu ça perturbe, c’est très présent. Tout ce qui est aigu dépasse tout le registre de tous les instruments, tout ce qui est grave est plutôt en dessous et donc il y a une étude à faire sur les fréquences de chaque instrument. Si on ne tient pas compte de ces fréquences (aigu, médium, bas ou très bas) on fait n’importe quoi. Ça mérite de la part de chacun un travail plus profond.
DN : à quel âge peut-on commencer ?
Dominique Molard : le plus tôt possible, vers l’âge de 5 ou 6 ans. J’ai constaté que les enfants sont très disposés aux instruments rythmiques. On utilise les mains, les bras, les pieds, les jambes. C’est une histoire de mouvement, d’énergie. Ensuite les qualités requises sont la disposition à reproduire, écouter et laisser jouer naturellement le corps.
DN : doit-on apprendre des techniques particulières d’une percussion à une autre ?
Dominique Molard : on peut rapprocher certaines techniques de l’un à l’autre mais chaque instrument a un code bien précis et si on utilise un instrument avec la technique d’une autre, on obtient autre chose et on sort du contexte et on ne va pas jusqu’au bout du sujet qu’on a voulu évoquer. C’est très difficile, on ne peut pas brûler les étapes.
DN : y a t’il une formation particulière ou standard pour un percussionniste, y a t’il des stages ?
Dominique Molard : on peut y arriver par différents chemins. Celui qui veut faire du tambour de bagad (pas de la caisse claire) pourra choisir d’aller dans une école de musique de bagad. Il y a aussi pour les écoles de percussions, des écoles de batterie avec les 5 fûts où on utilise les pédales ; là, ça fait appel à la coordination des pieds et des mains. Tout ce qui est instruments traditionnels peut passer par des MJC, des ateliers de percussions.
C’est vrai qu’en général, ça manque d’enseignement pour des instruments traditionnels (quoi qu’on sait qu’en Bretagne par exemple, on pourra trouver des bagadoù), mais la batterie 5 fûts, on peut trouver. Après ça, apprendre les tablas, le bendir, le darbouka, le cajon, il y a des méthodes, des livres, de la pédagogie en DVD, mais il faut quand même trouver des adresses, le parcours est assez long pour arriver à savoir où chercher. On peut trouver des stages dans différentes associations mais il faut vraiment partir à la loupe et chercher. Heureusement par Internet on peut trouver des choses. En précisant bien le contenu du stage on peut trouver la référence. En Bretagne il y en a de temps en temps des stages de bodhran par exemple, par contre les percussions ethniques c’est déjà plus difficile ou alors il faut partir sur Paris ou d’autres grandes villes pour trouver des stages souvent très chers. Il y a un public pour ça.
J’anime des stages qui sont commandités par des associations pour des demandes de 2 ou 3 personnes. Ils essaient de provoquer la demande, quelque fois ça marche mais pas toujours et on est obligé d’annuler le stage alors qu’il y a des gens qui n’en n’ont pas eu connaissance. Tout ça pour dire qu’il y aurait aussi des choses à faire au niveau de la communication. Il faudrait regrouper les demandes et les offres.
Par contre, il est vrai qu’on ne trouve pas beaucoup de professeurs de percussions dans les écoles de musique. Le bagad est une bonne adresse mais il y a un effet pervers parce que la caisse claire qui est un instrument rigoureux nécessite beaucoup de technique et de travail, mais il ne faut pas croire que si on travaille la caisse claire on travaille toutes les percussions. C’est un premier contact mais ça ne donne pas les clés de tous les instruments. C’est une bonne école du rythme mais quand je vois tous les bagadoù qui ramènent un matériel incroyable de congas, de bongos, de darboukas, de djembés, cymbales, etc. Ils utilisent des instruments sans connaître la technique de chaque instrument. Ils utilisent sur d’autres percussions des techniques acquises pour les caisses claires et c’est totalement faux. La mauvaise utilisation des instruments est un des problèmes actuellement dans les bagadoù. C’est une histoire d’écriture, d’orchestration, de connaissance de la matière parce que quelqu’un qui joue du djembé a une technique instrumentale, celui qui joue de la caisse claire écossaise aussi mais il ne faut pas croire que celui qui sait jouer de l’un sait jouer de l’autre. Donc il faudrait que le percussionniste dans un bagad se renseigne sur l’instrument sur lequel il veut jouer en concours parce que ça ne s’apprend pas comme ça.
DN : as-tu de bonnes adresses pour le matériel de percus ?
Dominique Molard : toutes les percus que j’ai, je les achète au cours de voyages. Je découvre un instrument soit dans un magasin, soit par des gens qui en jouent. Soit je fais confiance en la personne qui en joue, j’entends le son et je m’y fie, soit dans les magasins de musique, dans ce cas ce sera d’après une marque bien référencée mais ce sont souvent des accessoires mécaniques. Tout ce qui est instruments avec des peaux comme les tablas par exemple, je ne vais pas les acheter en France, ni un bodhran en Bretagne. Je fais confiance en les personnes qui sont à l’origine de l’instrument. J’achète un bodhran en Irlande (ça peut se faire par l’intermédiaire d’Internet parfois).
Pour les percussions de bagad c’est très différent, il y a la partie mécanique qui entre en jeu. En ce moment c’est la marque Premier, Pearl, il n’y a pas tellement le choix. Plus il y a de choix mieux c’est, mais le problème c’est qu’il n’y a pas tellement de choix pour ce genre de matériel. Les percussions reflètent souvent la tradition d’un pays. Je conseille souvent aux gens de prendre les instruments de percussions dans leurs pays d’origine, quand c’est possible évidemment. Lorsque ce n’est pas possible, il faut se retrancher derrière des marques genre Remo, LP, … Ce sont des marques de très bonne qualité qui vont faire des instruments ou des copies d’instruments traditionnels souvent assez sophistiqués avec des réglages que tout le monde peut acquérir. L’intérêt, c’est quand même d’avoir des instruments uniques.
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