Publié le 21.12.2005 dans "Entretien avec ..."
Entretien avec le secrétaire général de B.A.S. Stéphane Riou
Divroet New(e)z - en quoi consiste le travail d’un secrétaire général à BAS ?
Stéphane Riou - Vaste question, sur laquelle chacun pourrait donner sa vision. Pour moi, la manière dont on fonctionne est assez simple : le secrétaire général vient vraiment en appui de l’action du président. Je dirais que c’est celui qui a les mains “ dans le cambouis ”. Le président, en accord avec le comité directeur, va dans un premier temps définir les grandes lignes directrices, puis le travail sera segmenté. Les présidents des fédérations départementales par exemple s’occuperont beaucoup de l’aspect formation au niveau de leur département (et croyez-moi, ça prend du temps), le président de la commission juges sera chargé des juges, etc.
Le rôle du secrétaire général est de faire le lien entre toutes ces personnes. Il va non seulement rappeler à chacun, dans leurs différentes actions, la vision générale de notre politique culturelle mais aussi rester le plus disponible possible à l’ensemble des sonneurs.
“ rester le plus disponible possible à l’ensemble des sonneurs ”
C’est ce que je fais. En essayant d’être présent sur le plus grand nombre de manifestations pour faire remonter des informations du terrain et adapter à l’échelon régional les attentes de la “ base ”. A l’inverse, je tente au maximum de faire redescendre les informations au niveau des sonneurs pour leur expliquer comme l’on fonctionne, par exemple avec des institutionnels ou des partenaires. C’est enfin, quelquefois, venir indiquer aussi qu’il y a d’autres exigences à avoir que les problèmes immédiats qu’ils voient, par exemple lors de la participation aux divers concours.
À la différence du président qui se doit de conserver une vision à plus long terme, le secrétaire général jongle entre des attentes très précises et immédiates et des objectifs à moyen terme, le tout de manière à ce qu’il n’y ait pas de contradictions.
Je dirais que secrétaire général c’est un rôle de fédérateur, c’est essayer de fédérer des énergies, ce qui n’est pas forcément facile… Un vaste programme ?… Oui ! Surtout que ce qui est difficile, c’est d’être en même temps proche des sonneurs et de leurs attentes tout en conciliant des enjeux à plus long terme et/ou avec des institutionnels qui n’ont pas forcément les mêmes objectifs que nous. Il faut caler tout ça pour que le mouvement et le développement de notre musique aillent le plus loin possible.
C’est un travail au quotidien.
DN - d’où vient cette volonté d’investissement ?
SR - Il faut reprendre ça à la base : la première chose, c’est la musique. J’ai démarré comme sonneur, c’est la première accroche que j’ai eue. Assez rapidement, je me suis retrouvé leader musical du Bagad ar Meilhoù Glaz (Moulin Vert – Quimper) donc très vite j’ai pris des responsabilités et puis j’ai compris qu’on appartenait à un mouvement qui était un peu plus large. J’ai démarré au bureau de la Fédération Penn Ar Bed au début des années 90, ça fait déjà pas mal de temps.
J’ai vite pris conscience de l’intérêt commun à appartenir à une même fédération : tout ce travail effectué dans chaque groupe ne pouvait-il pas servir aux autres groupes et réciproquement ? Plus tard, au sein de BAS National, quand j’ai eu mon premier mandat, je me suis rendu compte que si on veut faire évoluer les choses, il faut bien entendu s’investir. Pour soutenir les développements que l’on projette, il vaut mieux être à un poste où l’on a un minimum de moyens d’actions. J’ai été dans les commissions juges et couples la première année (c’était bien la moindre des choses puisque c’est ce que j’avais annoncé pour ma candidature au CD). Ensuite j’ai vu que si on veut agir plus loin, plus fort et plus vite, il vaut mieux être à un poste à responsabilité. (Après il faut bien évidemment que les autres aient envie aussi, et les faire adhérer à ton projet).
“ l’envie de faire, l’intérêt commun et la force de persuasion ”
Entre l’envie de faire, l’intérêt commun et la force de persuasion, et le fait que des gens autour de toi adhèrent à tes idées, il y a un moment où tu te sens en confiance pour un poste à plus grande responsabilité. Une fois ajoutées quelques aptitudes personnelles naturelles, il s’agit d’un choix certains auront le goût à faire ça là où d’autres préféreront continuer de travailler de manière plus discrète, ou moins exposée en tout cas.
Parce qu’en tant que secrétaire général, on est très exposé ! Quand ça se passe bien, c’est grâce aux présidents et quand ça se passe mal c’est là qu’on t’appelle !
Donc, cet investissement vient par le goût de la musique, par l’envie de travailler ensemble avec les gens (ce qui rejoint un peu le premier point…). Je ne vois pas trop les intérêts personnels (ça va sans doute en faire rire quelques uns…). Les seules satisfactions que tu puisses retirer à tout cet investissement, c’est quand tu arrives à convaincre (à fédérer ?) les autres sur un même projet ! C’est là que j’y trouve personnellement toute la satisfaction.
Et puis la gloire personnelle, il y a un moment où il faut comprendre que c’est tout de même très éphémère, c’est comme la popularité, tu ne travailles pas pour ça ! … ou alors, si vraiment c’est ce que tu cherches, dans ce cas, il vaut mieux aller dans d’autres structures…
DN - est-ce que ce n’est pas trop dur de concilier travail, maison, musique et comité directeur ?
SR - Ce n’est pas plus dur que pour des gens qui s’investissent dans leur propre bagad. On a les contraintes qu’on se fixe ! Après, ce sont des choix de vie personnelle, je ne mets pas de jugement de valeur là-dessus.
Quelqu’un qui donne des cours bénévolement pour des jeunes, comme je l’ai fait pendant 15 ans, a au moins tout autant de contraintes… C’est simplement un travail différent. Les responsabilités du secrétaire général sont peut-être un peu plus grandes : il y a plus de réunions, plus de déplacements, un peu plus de problèmes divers et variés à régler, mais cela reste un choix personnel… J’essaie de tout concilier (rires).
La difficulté, comme dans tout milieu associatif, c’est que plus tu en donnes plus on t’en demande. En général, on retrouve souvent les mêmes personnes dans différentes associations ! C’est ça qui est un peu difficile : il faut avoir l’honnêteté vis à vis de soi-même de savoir se limiter parce que c’est vrai, on est très sollicité, alors il faut se fixer ces priorités, et savoir s’y tenir. Une fois qu’on réussit à travailler en équipe, à accepter que d’autres personnes fassent les choses à leur manière, il est évident que ça s’arrange. C’est bien que les gens se rendent compte que c’est un investissement assez lourd… Quand ça marche, le temps que tu y as passé, tu oublies vite. Par rapport à des requêtes ou des attitudes décalées de certains membres du milieu, tu es un peu surpris parce que tu te dis qu’ils n’ont pas la vision d’ensemble. Chacun son rôle, tant que ça te plaît et que tu arrives à concilier tout ça, tant mieux ! Et puis le jour où tu n’y arriveras plus, il faudra être lucide et savoir se poser les bonnes questions… et éventuellement se retirer (avant qu’on te le dise, si possible…).
DN - comment sont prises les décisions concernant les sonneurs : entre comité directeur, commissions…
SR - On essaie de prendre des décisions qui vont dans l’intérêt de l’association et qui collent le plus possible aux aspirations des groupes. Donc on essaie depuis quelques temps, depuis deux ou trois ans, d’avoir une politique de communication qui soit un peu meilleure mais c’est vrai qu’on a encore beaucoup de progrès à faire là-dessus.
Depuis deux ans, on a rénové l’assemblée générale en incorporant un forum le samedi après-midi afin de donner la parole de manière ouverte aux groupes de la fédération sur tout sujet d’actualité. L’année dernière, le forum a porté sur les relations entre les bagadoù, les comités des fêtes, les problèmes de transport. Cette année, c’était sur le nouveau règlement. On va mettre en place une commission musicale qui va prendre l’avis des différents musiciens dans toutes les catégories. Comme toute grosse structure, parce que BAS c’est quand même 7.000 sonneurs, 6 fédérations, plus une trentaine de salariés, on doit à la fois être à l’écoute et à la fois prendre des décisions. C’est très collégial, on est 27 au comité directeur, il y a une pluralité des avis qui sont représentés. C’est un avantage parce que l’on a différentes visions des problèmes, par contre être d’accord à 27, je ne vous le cacherai pas, ce n’est pas toujours facile.
“ beaucoup d’idées reçues sur la façon dont sont décidées les choses ”
Voilà un peu comment on fonctionne. Il y a beaucoup d’idées reçues sur la façon dont sont décidées les choses… Par exemple en commission juges ou couples les gens ne sont pas assez respectueux de l’intégrité et de l’honnêteté des membres, qui pourtant défendent toujours la fédération et pas du tout leurs intérêts personnels ou l’intérêt de leur groupe. Quand tu rentres à BAS, il faut complètement oublier l’étiquette de ton groupe ! Tu ne travailles plus pour ta paroisse mais pour l’ensemble des gens. C’est la difficulté ! Prendre des décisions qui sont souvent urgentes tout en ayant un retour des groupes de façon à être dans la lignée, dans l’esprit général, celui qui prévaut pour les groupes. Et de temps en temps être un peu directif parce qu’on travaille aussi avec des institutionnels, des partenaires privés aux différentes réglementations.
On ne peut bien sûr pas toujours tout faire, discuter et décider, ou décider et faire plaisir à tous, et quelquefois il faut imposer des choses parce que ce sont des obligations. Mais ce nouveau processus de décision est à mon avis d’autant meilleur qu’il est nourri par la participation des groupes. Et à ce titre, j’ai été surpris de ne pas voir plus de groupes à venir participer au forum sur le règlement : alors soit tout va bien, soit les gens sont un peu consommateurs, non ?
DN - quels sont tes meilleurs souvenirs en tant que secrétaire général ?
SR - Honnêtement, je ne le vis pas comme ça, parce d’abord je n’ai pas encore assez de recul sur la fonction. Ça ne fait que deux ans que je suis secrétaire général et j’entame mon deuxième mandat au CD seulement dans cette fonction. Je ne suis pas encore au stade des bilans. Parce qu’en définitive, dès qu’on fait une avancée, on a d’autres échéances qui tombent, du coup on est toujours le nez dans le guidon. En fait mes meilleurs souvenirs c’est quand on voit que la participation aux concours s’améliore, que je vois que les groupes sont contents à la fin des manifestations ou des stages. S’ils sont bien remplis c’est déjà un motif de satisfaction. Donc pour l’instant je n’ai pas de bons souvenirs liés à mon poste de secrétaire général. Par contre, j’ai pas mal de chantiers en route qui font que les bons moments sont à venir. Enfin j’espère…
DN - un petit mot de fin ?
SR - Oui ! J’ai joué en Divroet quand j’étais au bagad de Bordeaux ! J’étais dans cette région de 1993 à 1999. C’était dans les débuts du bagad de Bordeaux avec Loïc Denis (et toute sa famille !), j’ai fait des sorties avec le bagad et le cercle de l’Armor pour gagner des sous, etc. Ce sont de bons souvenirs. Pour moi c’était transitoire parce que c’était pendant ma thèse à Arcachon… Je souhaitais dire que je connais assez bien la problématique Divroet. Honnêtement j’ai été surpris. J’ai pensé que lorsque Loïc Denis serait parti, ça ne durerait pas. En fait non ! La preuve, la graine a bien pris. Chapeau bas !
Je sais que la fédération Divroet attend beaucoup de la BAS nationale qui en même temps est noyée avec les problèmes des groupes de Bretagne.
Il a pu parfois y avoir des incompréhensions mutuelles là-dessus. Sachant que les fédérations bretonnes ont plus d’antériorité, plus de moyens, ce n’est pas toujours évident de mettre en place une coopération en faveur des expatriés. Il en faut pour tous. Ce sont des situations un peu particulières que celles des groupes de Divroet, on essaie d’en tenir compte. Mais il ne faut pas non plus créer une sorte de passe droit et traiter autant que faire se peut tout le monde de la même façon sachant qu’on a d’autres partenaires institutionnels, qui à certaines époques, étaient moins ouverts sur le territoire national que ça peut l’être actuellement.
Gérard Benoît, mon adjoint, qui connaissait bien aussi cette situation de Divroet a mis pas mal d’huile dans les rouages pour améliorer les relations Divroet - National. C’est comme ça qu’on avance. On a un défaut de communication et d’explication du “ pourquoi ” on fait les choses. C’est parfois perçu, de la part des groupes qui reçoivent les informations comme soit des erreurs, soit des choses qui tombent comme ça de manière autoritaire. C’est en règle générale rarement le cas et c’est souvent issu d’une réflexion assez longue. Mais on ne peut pas passer notre temps à donner des éléments d’explication sans arrêt parce qu’on n’est pas structuré pour ça et puis aussi on est bénévoles, à nous aussi, le temps nous est compté.
Enfin, je souhaitais également, pour contrebalancer ça, donner également mon opinion : je dirais que BAS est un bon exutoire, les groupes ont sous la main un fautif permanent et chronique qui ne fait que “ conneries sur conneries ” … “ qui aime bien châtie bien ”, n’est-ce pas ? … En tout cas ça avance, ça pourrait avancer plus vite effectivement, on en est conscient, mais nous devons travailler aussi avec l’inertie des grosses fédérations. La fédération compte aujourd’hui 105 bagadoù, tu ne remues pas autant de groupes aussi vite que tu le voudrais. Aujourd’hui, plutôt que de focaliser sur nos différences, il faut voir les choses sous un angle positif : que diriez-vous, tous, de travailler sur des projets communs ?
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