Publié le 13.01.2006 dans "Keleier Breizh"
Kolloreg – 26 novembre 2005 : quand la réalité rencontre le rêve
Il a neigé toute la journée de la veille. Au moment de prendre la route pour la Bretagne, c’est chez nous qu’’il neige. Bon, quand on dit qu’on y va… c’est 5 heures de route devant nous. Mais peu importe. Notre ami attend, là-bas, qui nous emmène dans un endroit très spécial. Tout est déjà prévu, on mange sur place. Pour le reste, le mystère plane toujours quand nous débarquons, non pas 5 mais 6 heures plus tard.
Un peu groggy, mais enjoués. “Bon, qu’est-ce qu’on attend ! Maintenant qu’on est là…”
5 minutes… le temps qui sépare notre réalité de sonneurs expatriés fraîchement débarqués en Bretagne du rêve de tout sonneur expatrié qui vient en Bretagne… Du dehors, le bar ne paie pas de mine. On entend vaguement de la musique, et des voix. Il semble grand, c’est tout. On entre. Le local est presque désert, deux personnes sont assises à une table, qui comptent des tickets… Ils nous annoncent que 170 personnes sont déjà là, qui dînent là-haut, la soirée vient de démarrer et 400 personnes sont attendues pour le fest-noz qui suit immédiatement après. On se regarde, vaguement impressionnés, curieux…

En passant dans le couloir, coup d’œil à l’affiche : elle indique un hommage à Valentine Colleter. Elle rappelle également l’affiliation de cet événement avec le Printemps de Chateauneuf et l’école Musik an Arvorig. On monte l’’escalier. On dit bonjour à ceux qui vont devenir nos voisins de table, on s’assoit.
Et là, c’est l’explosion ! Ils sont tous là, les connus, les très connus, les ultra connus, groupes ou sonneurs, je remarque le couple Berthou-Molard, les tout-jeunes gagnants du dernier concours couple, la famille de Valentine, Valentine… il y a aussi les amis, les proches, les représentants locaux… tous réunis en hommage vivant (vous ne trouvez pas cela remarquable ?) à cette grande dame de 82 ans, qui monte et descend de scène avec une vitalité et une passion débordantes d’énergie… La musique chantée côtoie la danse, qui vient se frotter à quelques notes d’’accordéon, de musique de couple tout cela s’’entremêle au rythme de la potée et du vin de pays qui sont servis, des tables soudain débarrassées, de toutes ces personnes qui arrivent soudain, et qui dansent déjà…
Le copain avec lequel je suis venue se tourne vers moi : “tu vois, le cœur battant, il est là. Tout ce pour quoi tu fais de la musique, il est là”. Il sourit. Je ne sais quoi répondre. Je me sens décalée mais heureuse, distante mais présente, je profite de chaque instant… et me mets en quête d’autres personnes, d’autres gens qui viennent ici plus souvent, de leurs impressions, de leurs motivations. Je leur demanderai, à eux : sont-ils conscients de la chance extraordinaire qu’ils ont, de pouvoir vivre ces instants de pure tradition ?
Bien sûr qu’on se rend compte de la chance qu’’on a ! Et participer à ce fest-noz, en tout cas, c’est un de ceux qu’’on ne manquerait pas, un des rares auquel on vient vraiment avec un plaisir tout particulier !
La soirée s’avance tard dans la nuit. Les danseurs ne veulent pas partir. Les sonneurs insistent et insistent… Les danseurs résistent et résistent. Nous partons enfin, des mercis au bord des lèvres pour l’’ami qui nous a amenés là, les oreilles transformées en enregistreur dernière technologie, cherchant encore les quelques dernières notes de terroir qui s’’échappent encore, la tête confusément embrouillée tous ces visages célèbres qui souhaitent nonchalamment une bonne fin de soirée.


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