Publié le 13.01.2006 dans "B.A.S : Bon A Savoir"
La formation des juges
Une formation pour devenir juge a été mise en place voici deux ans. Nous avons souhaité interroger certains de ceux qui avaient suivi ce programme de formation, recueillir leurs points de vue sur les points forts ou les faiblesses des méthodes de demain.
S’ils sont parfois mitigés dans leurs réponses, ils reconnaissent volontiers que cette formation a eu le mérite d’avoir été organisée une première fois. Il faut remonter loin dans le temps avant de retrouver les traces d’une telle formation, à la réalisation d’une session de rencontre entre juges confirmés et novices, même si pendant très longtemps et à plusieurs reprises, la question a pu se poser, jusqu’à l’assemblée générale de la BAS Nationale.
Stagiaires aujourd’hui, juges demain
Juger permet de se retrouver de l’autre côté de la table et d’avoir un autre point de vue sur la musique. On est toujours prompt à la critique. Quelquefois, une partie de cette critique peut être justifiée ; d’autres fois, elle l’est moins, faute de connaissances de la complexité du rôle du juge.
Un programme de formation en 3 grandes phases
Une réflexion sur ce qui est jugé d’abord : quels sont les problèmes qui se posent aux juges qui évaluent un groupe. Le travail a porté sur des exemples de grilles de notation, tous instruments confondus et toutes catégories confondues, à la suite de quoi un fascicule a été remis à tous ceux qui ont participé à cette formation. Le but était de débattre et de confronter des expériences. L’occasion également de prendre conscience au sein du groupe que plusieurs avaient déjà une expérience de juge à partager.
Sont intervenues ensuite un certain nombre de personnes expérimentées depuis plus ou moins longtemps en tant que membres de jury dans différentes catégories. Elles ont livré leurs points de vue sur les difficultés à juger ou comment elles ont bâti leur propre grille de lecture. Même si de nombreux critères se retrouvent d’une grille à l’autre, l’approche est pourtant individuelle. Il restera à la charge de chacun de se faire sa propre opinion ou d’établir l’outil qui lui paraîtra le mieux adapté en fonction de ses différentes expériences.
La 3e direction a porté sur une application pratique, une mise en situation à travers des enregistrements de diverses époques, de différentes catégories, à l’aide d’enregistrements sur cassette de concours BAS (Locoal Mendon, Penhars, Bleimor, …etc.), chacun jouant le rôle d’un juge bombarde, cornemuse, percussions ou d’ensemble avec une mise en commun de ce qui a été entendu, un bilan, les difficultés, ainsi que sur les points qui posent problème par rapport à l’appréhension de noter.
Le travail de juge est un travail d’écoute, il a fallu réunir les conditions telles que lors d’un concours : comment écouter un groupe, comment faire pour que ce soit une écoute d’évaluation, la mise sous pression, etc., pour obtenir les meilleurs bilans, les meilleures évaluations, la meilleure écoute de tous ces juges en herbe.
Des appuis très solides pour un apprentissage lié à l’expérience du “métier” de juge : parce qu’on ne s’improvise pas juge, on apprend à le devenir.
Barèmes Les barèmes de notation ont été complètement refondus depuis le changement de règlement. Il y avait des propositions de barèmes sur les grilles fournies par BAS dans le cadre des concours mais elles ne sont plus valides sur l’ensemble des catégories depuis l’adoption des nouveaux systèmes d’évaluation de bagadoù.
Désormais, lors de chaque épreuve, le bagad se voit attribuer un rang dans le classement du concours. L’ensemble des rangs obtenus par chaque bagad sur 6 concours est additionné, cette somme va servir à déterminer la position du groupe dans un classement général des bagadoù, toutes catégories confondues. Ainsi un bagad obtenant une somme entre 1 et 15 sera positionné en 1e catégorie, entre 15 à 30 en seconde et ainsi de suite. Chaque catégorie devant être constituée de 15 groupes.
La seule catégorie qui échappe donc (partiellement) à cette notation est la 5e catégorie puisque lors des poules qualificatives, on applique le système par rang pour qualifier les 3 premiers et en finale on nous demande encore d’appliquer le système de notation chiffrée puisque cette catégorie n’est pas incluse dans cette nouvelle évaluation. Il faut toujours 16 de moyenne pour monter en 4e catégorie.
Dispositions
Une partie du travail s’apprend sur le tas. On peut être formé et sensibilisé aux critères de notation, à la manière d’écouter, tant qu’on n’est pas passé au baptême du feu derrière une table, un crayon en main avec les groupes qui s’enchaînent, on peut difficilement comprendre de quoi on parle. Ils en parlent, à mots couverts la plupart du temps, une certaine forme de pression s’installe, plus présente à mesure qu’on monte dans le circuit officiel du championnat des bagadoù.
Leur avis, c’est que pour être juge, il faut un minimum de compétences. Il faut savoir de quoi on parle si on veut juger un instrument. Il y a donc la compétence purement technique à partir de laquelle on peut évaluer tel ou tel pupitre, sa maîtrise ou non du bagage attendu dans la catégorie. Il est évident aussi qu’avoir un passé de formateur permet d’avoir des éléments d’analyse pour expliquer à travers la première écoute tel défaut de justesse, tel élément technique qui n’est pas passé et comment résoudre une difficulté afin de bonifier le jeu du pupitre derrière. Plus on a de l’expérience, plus on développe une compétence potentielle à juger et à évaluer.
On ne reviendra pas, même à titre d’exemple, sur des classements antérieurs pour expliquer ce qui a motivé tel classement plutôt que tel autre.
Les juges partent du principe qu’à partir du moment où ils font partie d’un jury, ils sont en quelque sorte souverains. Le classement est le classement, il devra être retenu comme ça. Le débat pourrait éventuellement porter sur l’enseignement, l’apprentissage à juger et être formé au mieux possible. Cependant, la décision restera collégiale. Il y a délibération mais il ne s’agit pas de tomber dans un consensus mou, il s’agit que le classement et la grille de note (ou de rang) soit révélateurs des différents points de vue sur le groupe, même dans le cas de points de vues antagonistes à l’intérieur d’un même jury.
Si quelques points restent à améliorer…
Le problème des critères de notation est un point qui reste à améliorer. En effet, ce qui peut être surprenant aujourd’hui, c’est que compte tenu de l’expérience capitalisée par les juges qui sont passés dans les concours BAS et compte tenu de l’élévation du niveau des groupes, il n’existe pas encore de grilles adaptées en fonction de chaque catégorie. Les grilles BAS sont des grilles assez générales pour permettre une définition des critères assez général. Finalement, ne s’agirait-il pas là d’un choix ? Le fait de ne pas vouloir une grille trop cadrée, c’est peut-être pour que ce système de lecture puisse être utilisé dans des contextes différents.
Le problème du barème de la notation chiffrée, c’est de se constituer une échelle de valeur. En effet si on juge sur une échelle très resserrée la note aura une toute autre influence que si l’on juge sur une échelle très large. C’est sur ce point là que va entrer une part de subjectivité suivant les aspects que l’on privilégie. C’est ce qui peut expliquer certains écarts entre deux juges. À cela s’ajoutent des différences suivant que l’on est juge technique ou juge d’ensemble. En effet, en ensemble, le nombre des éléments à prendre en compte est beaucoup plus important et divers. Ça constitue une difficulté supplémentaire pour le juge qui est le plus souvent musicien d’un seul instrument du bagad. La réalisation d’un barème d’évaluation est d’autant moins élevé. L’absence de proposition de grille lors des concours BAS pour l’ensemble reflète sans doute cette difficulté. Et concrètement, aux dires de ceux qui se sont déjà faits quelques barèmes, même si beaucoup de critères convergent, chacun réalise la grille qui lui semble la plus adaptée.
C’est en ce qui concerne la différenciation des matières jugées que le bât blesse. Autant un certain nombre de grilles de notation ont pu être discutées pour et au profit des différents pupitres, autant le débat sur l’évaluation d’ensemble reste entier. Actuellement, le juge d’ensemble, c’est le grand mystère du jury. Les “nouveaux juges” ont pu assimiler des notions générales de ce qui doit être pris en compte en tant que juge d’ensemble : l’équilibre entre les pupitres, la qualité du propos musical, la qualité de la mise en place, la qualité des moyens orchestraux mis en œuvre pour tenir ce propos musical, mais tout cela reste quand même des notions générales.
La difficulté de juger en ensemble vient du fait qu’on est tenté d’être juge d’abord de son propre instrument et la difficulté est donc d’avoir une écoute globalisante. Cela devient une question de culture musicale et de connaissance des autres instruments du bagad. C’est ce qui fait toute la difficulté du juge d’ensemble.
Cela soulève plusieurs questions :
S’agit-il d’une question de formation ? Parce qu’apprendre à juger en ensemble, ce n’est pas simple.
S’agit-il d’une question de la composition des jurys d’ensemble ? Parce que la pluralité des points de vue ferait peut-être une plus grande richesse de notation.
… on peut porter une conclusion très positive à plus d’un égard. Cependant, il ne faut pas être béat d’admiration
C’est une formation qui apparaît à ces nouveaux juges comme “salutaire”. Il était temps que quelque chose soit fait. Il faut que les gens comprennent que ce n’est pas facile de juger. Ça permet d’être un peu plus réaliste, un peu plus pondéré quant à la réalité dont on parle.
Si on veut que le jury gagne en assurance, en compétences, c’est dans la durée qu’on enracinera les choses, les améliorations et les enrichissements. L’intérêt c’est que les mêmes participants à la formation initiale puissent être à nouveau réunis pour faire un bilan et réfléchir sur les difficultés rencontrées à travers l’échange de leurs expériences mutuelles. Ceci permettrait d’enrichir la formation initiale pour les “apprentis juges” à venir.
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