Publié le 13.03.2006 dans "A la découverte"
Rencontre avec le Bagad Ton’Air de Breizh…
Son penn-soner : Albert Giraud
Divroet New(e)z : le bagad Ton’Air de Breizh d’Angoulême existe depuis quand ?
Albert Giraud : en fait il n’y a pas vraiment de date de création car ça s’est fait progressivement. Notre idée n’était pas de créer un bagad au départ mais de jouer de la musique à danser et ça s’est imposé à nous petit à petit. En remontant dans le temps nous avons pris conscience que ça devenait un bagad début 2002 environ.
Ce qui nous a poussés dans ce sens, c’est que très vite on nous a demandé d’intervenir et de fil en aiguille la demande étant là, on s’est structurés. C’est aussi sur la pression des évènements. On est avant tout l’émanation d’une amicale, il y avait déjà les danseurs et l’idée était de faire de la musique de danse pour accompagner nos danseurs.
DN : quel est ton rôle en tant que penn-soner ?
Albert Giraud : il est double : proposer les morceaux du répertoire, surtout parce que la plupart des membres du bagad ne sont pas bretons et n’ont pas une connaissance particulière de la musique bretonne. Et l’autre aspect c’est l’organisation du bagad et la négociation (et organisation) des prestations. C’est tout ça qui fait la cohésion du groupe. Cependant, on est suffisamment peu nombreux (pour le moment du moins !) pour qu’il y ait plusieurs personnes qui puissent participer à ces fonctions, même si c’est majoritairement moi ; en effet, tout le monde est susceptible de trouver des prestations, de proposer des morceaux. Mon rôle musical n’est pas énorme : en plus du pilotage du pupitre cornemuses, je dirais qu’il consiste surtout à assurer la « dansabilité » des airs. Les harmonisations (même si nous n’en faisons pas encore beaucoup) sont assurées par Dominique, un talabarder, lui-même multi instrumentiste.
DN : est-ce que les concours ont ou auront une importance dans l’évolution du bagad ?
Albert Giraud : aujourd’hui je dirais non ! Pour le moment, suite au stage fédéral de Bordeaux, j’en suis à essayer de convaincre mes confrères de l’intérêt des stages. On est loin des concours pour le moment. Ce n’est pas notre problématique immédiate, et je ne vois pas ce que cela nous apporterait. Comme préalable à tout concours, si tant est qu’on y arrive un jour, mon objectif serait plutôt de faire évoluer le niveau musical à travers des stages. On n’était que deux participants du bagad à celui organisé par BAS Divroet en novembre ; c’est vrai que c’était un week-end prolongé, la mobilisation n’a pas été extraordinaire. Je tenais à y aller parce que je ne connaissais pas les stages BAS (dans mon jeune temps, j’appartenais à la Fédération Kendalc’h) et aussi pour rencontrer des gens d’autres bagadoù Divroet. Elle avait été plus importante lorsque nous avions fait un stage interrégional à La Rochelle, en septembre 2004. Le bagad de Bordeaux y avait participé ainsi que des sonneurs d’Angoulême, de la Rochelle, quelques représentants de Saint-Maixent et tout le monde avait trouvé ça super, à tel point qu’on était d’accord pour remettre ça dès que possible.
Donc d’abord sensibilisons aux stages et à la formation, les concours viendront éventuellement plus tard.
DN : vous vous produisez beaucoup dans la région ? Dans quel cadre ?
Albert Giraud : ah oui ! On se produit de plus en plus, on refuse même des prestations parce qu’il faut aussi qu’on répète, qu’on étoffe le répertoire, et … qu’on prenne des vacances ! Il y a plusieurs catégories. Nous participons à des bals folks, des animations de marchés (de Noël, de nuit, …), de brocantes et diverses animations itinérantes, souvent avec nos danseurs qui invitent les spectateurs aux danses. Ça plait beaucoup et c’est dans nos cordes. Nous jouons aussi parfois dans des maisons de retraite mais en groupe restreint. Sinon il y a les mariages. Ça fait pas mal de prestations dans l’année.
Il y en a une qui est maintenant récurrente et qui n’entre pas dans ces catégories c’est la fête des mimosas, à Saint Trojan dans l’île d’Oléron ; c’est la troisième fois qu’on y va ! C’est une parade et on est les seuls bretons dans le défilé. C’est un peu particulier. Nous avons aussi participé au Festival de Confolens pour une animation « off » dont nous sommes fiers. Et on s’est enfin « exportés » à la nuit Celtique à Caussade en juin 2005. Pour finir, il y a les fêtes organisées par notre amicale : un fest-noz annuel en octobre et une Saint Patrick autour du 15 mars (ce sera le 19 mars cette année).
DN : vous répétez où et quand ?
Albert Giraud : les répétitions pupitres ont lieu toutes les semaines, voir même plusieurs fois par semaine parce qu’en bombarde il y a différents niveaux. En cornemuse c’est le samedi après midi et les bombardes le mardi et le vendredi soir. En bagad on essaie de répéter tous les quinze jours le samedi matin et en fonction des sorties. Tous les trois mois nous répétons avec les danseurs. Ça nous permet de valider certaines danses en terme de tempo, surtout lorsque nous avons une nouvelle suite. Après avoir failli nous retrouver « à la rue », de nouveaux locaux ont été mis à notre disposition par la ville d’Angoulême depuis septembre 2005 en cohabitation avec d’autres associations. Contrairement aux précédents ceux ci sont chauffés et disposent de sanitaires (le luxe, quoi !).
DN : comment recrutez vous pour le bagad ?
Albert Giraud : tous les gens intéressés peuvent venir, à condition d’avoir déjà une certaine culture musicale. Je n’ai jamais fait de statistiques mais il y a peu de personnes originaires de Bretagne ; certaines ont du sang Breton mais la majorité sont des gens du cru. Nous essayons d’améliorer notre communication à travers notre site (www.bretons-charente.com), et nos prestations sont aussi un bon moyen de recruter : nous sommes en terre de mission, il ne faut pas l’oublier !
DN : pourquoi ce nom « Ton’Air de Breizh » ?
Albert Giraud : en fait c’est un gag ! On avait un autre nom qui nous avait été imposé par des gens qui sont partis ; on a donc modifié le nom en organisant un concours. Les critères étaient qu’il doive rappeler la Bretagne mais aussi qu’il soit amusant. Une des propositions a été « Tonnerre de Breizh » et donc le nom a été adopté avec une orthographe différente à cause justement de la musique. C’est alors devenu « Ton’Air de Breizh », orthographe maintenant définitive.
DN : quel est votre répertoire ?
Albert Giraud : c’est avant tout de la musique de danse, c’est clair, parce qu’à l’origine nous jouions essentiellement pour nos danseurs, mais on est loin de les satisfaire complètement : nous avons des demandes sur une suite de Loudéac par exemple. Il y a encore du travail ! On arrive quand même à animer une demi soirée ! Ma plus grande fierté est sans doute d’avoir pu mettre au point une suite de l’Aven complète : c’est mon pays d’origine ! Au début quand on se produisait c’était la galère parce qu’il nous fallait jouer plusieurs fois les mêmes morceaux. On peut dire que nous avons maintenant un répertoire digne de ce nom. On a aussi quelques marches, mais là, il y a des progrès à faire !
DN : avez vous une tenue de sortie et pourquoi ?
Albert Giraud : oui, on en a même plusieurs ! on doit se chercher un peu ! On a commencé par une chemise genre moyenâgeuse blanche à manches bouffantes, col mao, de grands lacets, pantalon noir et une ceinture bleue pour rappeler les couleurs d’Angoulême. Tenue qui existe toujours mais qu’on porte moins, à tort à mon avis, parce que entre temps on a fait faire des tee shirts et c’est vrai que c’est à la fois plus facile à porter et à entretenir. Actuellement on tourne sur deux tee shirts, un noir et un blanc, qu’on a fait faire au nom de l’amicale et du bagad.
On va réhabiliter la tenue avec la chemise mais pour le moment les dernières recrues n’en ont pas. Alors nos couturières (parce que nous avons aussi un atelier couture à l’amicale !) ont décidé de faire les chemises manquantes et vont les créer. On a eu des critiques parce que le tee shirt ce n’est pas très beau, c’est pratique surtout dans les sorties estivales mais ça n’a pas la classe de la chemise. Par contre ce qui manque c’est un gilet ! Pour le moment on n’est pas vraiment décidés mais c’est en projet. Ce sera bien utile pour les sorties comme celle de Saint-Trojan qui a lieu en février.
DN : quels sont les projets d’avenir pour le bagad ?
Albert Giraud : à court terme : continuer sur notre lancée c’est à dire étoffer le répertoire tout en continuant à travailler l’actuel. À ce titre, deux actions :
1. Je pense que nous devons répéter plus souvent car on s’est aperçus qu’en fixant les répétitions tous les quinze jours et en tenant compte des vacances scolaires et des prestations, ce n’est pas assez. Nous avons beaucoup progressé en 2003 /2004, et la motivation étant là, on a répété toutes les semaines, ce qui a fait monter le niveau très vite ; il n’y a pas de miracles. Nous devons progresser là dessus, tout en intégrant progressivement les nouveaux.
2. Il faut qu’on rééquilibre le répertoire, parce qu’on a beaucoup de danses et pas assez de marches. On sait mal gérer les marches en défilé (les départs, les arrêts).
À plus long terme :
1. La formation : les pupitres cornemuses et percussions sont sous-dimensionnés.
J’ai des élèves en formation cornemuse, et chacun sait que c’est très long ! Quand les élèves ont un certain âge, même hyper motivés, et qu’ils doivent apprendre l’instrument en même temps que la musique, ça fait beaucoup de choses.
En percussions il faut absolument qu’on recrute et qu’on forme. On a une seule caisse claire, un autodidacte qui a bien du mérite ! En toms, on a une personne qui est un excellent batteur et qui joue des toms d’orchestre (un montage « maison »), mais qui n’est pas toujours disponible.
On a l’intention de refaire des stages dans la région avec, pourquoi pas, l’aide d’un moniteur Divroet.
Celui de 2004 avec La Rochelle et Bordeaux nous a beaucoup plu, comme je l’ai déjà dit ; c’est la raison pour laquelle j’essaie de mobiliser pour réitérer l’expérience. Une autre possibilité est de faire un stage de musique à danser avec un ancien sonneur de l’amicale, maintenant installé en Bretagne, et qui tourne en fest noz avec son groupe.
2. Un autre projet en filigrane serait d’essayer d’enregistrer un CD, ce serait mobilisateur ; on a commencé à en parler. On ne s’est fixé ni délais, ni dates. Ce serait à titre interne au départ pour s’entendre et se critiquer et aussi parce des gens nous le demandent lors des sorties.
3. Un autre projet important c’est la rencontre annuelle des amicales de Bretons du Sud-Ouest qui sera organisée cette année par Angoulême le 7 et 8 octobre. Nous allons essayer d’avoir un minimum de répertoire commun entre les groupes qui seront présents : la Kevrenn de la Rochelle, les sonneurs de Breizh en Oc (Toulouse)…et nous Donc si on pouvait réaliser ce projet, ce ne serait pas si mal. C’est en gestation, on tente de trouver des dates pour des répétitions. Projet fédérateur pour les associations du coin !
Notre amicale va avoir 50 ans en 2009 et là encore on organisera la rencontre des bretons du Sud-Ouest pour fêter ça. Elle marche bien maintenant après avoir traversé des hauts et des bas. Il y a eu des sonneurs il y a bien longtemps mais nous vivons un véritable renouveau. On évoque maintenant un atelier costumes, les chants à danser, on a le groupe « En Wrac’h » (c’est son nom), avec accordéon, clarinette, flûte traversière, contrebasse, guitare, violon, qui prend son envol très rapidement, sans parler de nos chers danseurs par qui le renouveau a démarré ; le bagad est donc loin d’être le seul atelier !
DN : un petit mot de fin ?
Albert Giraud : je dirais que je n’aurais jamais pensé faire partie d’un bagad à Angoulême parce que si on m’avait dit, il y a 23 ans quand je suis arrivé dans la région, que je donnerais des cours de cornemuse, je n’y aurais jamais cru. Comme quoi rien n’est impossible, et c’est passionnant parce qu’on travaille avec des gens eux mêmes très passionnés et c’est quelque chose de très gratifiant. J’espère que l’on va pouvoir tenir la distance et faire progresser le groupe. Peut-être qu’on demandera l’aide de Divroet ; nous ne sommes pas adhérents pour le moment, mais pour ça non plus, rien n’est impossible : l’adhésion est envisagée !
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