Journal de bord : un sonneur alréen à New York.

Jeudi 15 mars 2007

Ca y est ! Nous nous retrouvons à 5 heures du matin au local près de la chapelle Saint Esprit pour notre aventure new-yorkaise tant attendue et préparée.

Transport en car (jusqu’à l’aéroport Charles de Gaulle) et embarquement en début d’après-midi pour les 49 membres de la Kevrenn Alre (16 danseurs et 33 musiciens). Il nous faut acquitter une taxe de surpoids en raison du volume des percussions. Partis à 16 heures de Paris nous arriverons vers 18 heures en raison du décalage horaire de moins 6 heures à JFK.

Nous rallions big apple par le car. Quel choc ! Une ville toute verticale, sonore, remplie de mouvements. Nous descendons à l’auberge de jeunesse (103e rue) dans l’Upper West Side : nous y sommes 10 par dortoir ce qui est inhabituel mais convivial. Nous y aurons des petits déjeuners continentaux, des files d’attente pour les douches et beaucoup de bonne humeur….Une fois installés, nous traverserons la rue pour nous rendre au « Mexican restaurant and shrine », café mexicain où l’on parle espagnol (hermétique pour moi qui parle allemand !) et où une photo de groupe immortalisera notre présence à New-York.

Vendredi 16 mars

Réveil un peu difficile pour ceux qui se sont couchés tard mais il faut assurer, et c’est sous la neige que nous découvrons les premières images de New-York.

Nous avons journée libre, et par petits groupes nous commençons notre visite. Nous nous imprégnons de cette atmosphère si particulière…Direction le Midtown East Rockfeller et plus précisément le Rockfeller center qui se situe juste en face de la cathédrale saint Patrick d’où nous partirons demain pour le défilé de la saint Patrick. Au cœur du complexe une patinoire en plein air a été aménagée pour l’hiver. De nombreux patineurs évoluent malgré le froid et le temps maussade. Il est assez facile de se repérer dans New-York avec les rues se coupant à angles droits qui font de cette ville une sorte de ruche très structurée. Le Rockfeller center est un bâtiment tout en briques rouges, l’accès des étages supérieurs est interdit en raison des conditions météorologiques : neige et vent. Et oui ! New-York se repose sous un manteau de 30 cm de neige. Il fera froid demain lors du défilé !

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Il est temps d’aller se préparer pour notre premier spectacle prévu ce soir. La scène est petite et la Kevrenn doit se produire dans une disposition inhabituelle. Les musiciens sont dans la fosse tandis que les danseurs évoluent sur la scène.
Le public nous fait une ovation, la soirée est une vraie réussite.

Samedi 17 mars

Notre premier geste en nous levant est d’aller ouvrir les volets et voir quel temps il fait ! Il s’est arrêté de neiger. Les rues ont été dégagées. On va défiler !
Ralliement au car pour les 33 sonneurs et les 16 danseurs, pour affronter le froid, la neige mais aussi l’émotion de défiler dans la 5e avenue ! J’ai enfilé un T-shirt et deux sous-pulls sous ma chemise, je dois ressembler à un bonhomme Michelin. Mes doigts sont engourdis, nous ne sommes pas habitués à de telles températures !

Le point de départ de la parade se trouve à l’angle de la 44e rue et de la 5e avenue. Les danseurs et les musiciens partent en métro tandis que les danseuses prennent des taxis. Les gens n’ont pas l’habitude de voir des Bretonnes en costume dans les rues de New York et les questions fusent, dont une récurrente : “Are you Amish ?”

Le groupe se place en cinquième position, mené par notre penn sonneur Fabrice Lothodé. Autour de nous une foule éparse, puis plus dense, bigarrée de vert, de blanc et de noir, avec des drapeaux bretons brandis par les Français new-yorkais, les pipe-bands venus des quatre coins du monde et la police montée avec des chevaux qui ont l’air d’apprécier la cornemuse ! Quelle rencontre ! Un groupe de jeunes Irlandaises habillées aux couleurs de l’Irlande nous interpellent en nous faisant de grands signes. Elles veulent nous faire partager une coutume irlandaise qui dit que cela porte bonheur d’embrasser un/une Irlandais(e) le jour de la saint Patrick. Certains se laissent faire sans rechigner…..

Un moment très fort, riche en échanges. Nos airs joués sur des cornemuses en do au lieu du si bémol étonnent, de même que nos airs bretons traditionnels ou plus contemporains, un peu jazzy (dans ar bleiz, par exemple). Les pipe-band écossais ne se permettent pas de telles libertés !

De là, nous rejoignons le Carnegie Hall à Manhattan où la Kevrenn est la “special guest at the Chieftains concert” (Isaac Stern Auditorium). Ce n’est pas évident de réaliser ce qui nous arrive et de se retrouver avec ce groupe mythique sur scène !! Et d’être le premier bagad à y être reçu !

Paddy Molloney (le penn sonneur des Chieftains) désire rester seul avant le concert pour se concentrer, nous ne le rencontrerons qu’à la fin du spectacle lors d’un an dro final, instants trop brefs….et voila déjà ces grands moments derrière nous.

Dimanche 20 mars

Matinée libre pour tous. Un petit groupe de six décide de se lever tôt pour aller assister à une messe gospel dans le quartier de Harlem.
Nous arrivons sur la 106e rue, au passage nous faisons une petite halte sur la rivière Hudson et nous traversons l’université de Colombia afin de rejoindre la “Canaan Baptist Church”.
Moment magique où nous nous retrouvons au milieu des chanteurs et fidèles tous endimanchés. Les choeurs magnifiques accompagnés par un pianiste, deux guitaristes, un harmonium et un batteur nous font battre le coeur. Un moment qui restera à jamais gravé dans nos mémoires.

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Nous affrontons à nouveau le temps froid et sec pour nous rendre à Central Park, près d’un monument en forme de portique, fermé par une coquille Saint Jacques : le Naumberg Bandshell.

Ménage au programme, pour retirer la neige et permettre aux danseurs d’évoluer sans barboter dans la gadoue. Les passants sont intéressés, voire interloqués par les costumes, les bombardes, les cornemuses qui ne jouent pas des airs écossais.
Nous retrouvons aussi des compatriotes, des passionnés de la France, etc.

Évoluer dans New-York ressemble vraiment à un jeu de piste, ou l’on joue avec les abscisses et les ordonnées : 72 Hot street, South cross drive.

En fin d’après midi nous allons au restaurant « le tout va bien » à Manhattan, tenu comme son nom l’indique par un français Jean-Pierre Touchard, puis à l’Annex dans le Lower East side. Nous y animerons un fest-noz ; les couples de musiciens se forment (Jorg Bothua avec Philippe Quillay, je joue en couple pour la première fois en public avec Tanguy à la bombarde) pour entonner des airs endiablés. Les mains se joignent pour rentrer dans la ronde et former les chaînes : gavottes, an dro……ambiance assurée chaleureuse et sympa.

Lundi 19 mars

Deuxième journée libre. Nous profitons de la ville même si la fatigue se fait sentir. Au programme statue de la liberté, l’empire State building, Ground zéro et surtout le quartier de China town. Dépaysement total, j’ai l’impression de me trouver au pays du soleil levant ; difficile d’imaginer qu’à quelques encablures se dresse Big apple ! Nous n’amenons pas nos instruments pendant nos pérégrinations . Ils prennent un repos bien mérité !

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La nourriture est plutôt bonne… nous arrivons à trouver des bistrots français, non, allez, je plaisante, les hamburgers américains ont quand même un goût différent….. Le soir au café concert « Williamsburg Zebulon » dans Brooklyn quelle rencontre ! Quel choc en écoutant le batteur. Je partage l’enthousiasme du groupe et particulièrement des batteurs de la Kevrenn…Fabrice Lothodé jazze avec eux.

Mardi 20 mars

Notre aventure se poursuit ensuite en direction de Philadelphie avec un arrêt repas “à la bonne soupe”. A notre arrivée nous sommes accueillis par le Comité international pour la défense de la langue bretonne. Ce soir c’est notre dernier spectacle. Il est suivi par une animation danse, trop courte selon les dires de certains, mais les impératifs horaires des familles d’accueil nous obligent à écourter la soirée. Lorsque nous rentrons chez nos hôtes nous avons l’agréable surprise de nous découvrir à la télé locale. Nous discutons de l’”American way of life”. Je suis épaté par le nombre d’ordinateurs présents dans la maison : une dizaine ! Ils ont une autre échelle de références que nous !

Mercredi 21 mars

Une journée de musique nous attend avec une réception au « Bal room of Jimmy Duffy and son caterers » avec le maire de la ville John F Street et Chantal Simon, adjointe à la culture de la ville d’Auray pour commémorer Benjamin Franklin.

Benjamin Franklin a accosté à Auray en 1706 au lieu de Nantes en raison d’un orage : depuis il y a toujours eu des liens privilégies entre les deux villes. Le soir nous jouons pour un fest-noz. Mais déjà nous nous préparons pour le retour, via New York par le vol de 22h05 le jeudi. Certains décident de finir la soirée dans notre Quartier Général situé en face de notre hôtel dans le centre de Harlem. C’est un petit bar restaurant mexicain dont la serveuse danse très bien le kas abarh deux jours après notre arrivée…

PARIS

Certains rentreront directement en Bretagne mais d’autres feront halte à Bercy pour participer à la nuit de la saint Patrick (quand on aime, on ne compte pas !). Bon, la fatigue aidant je ne me suis pas réveillé pour la répétition du vendredi (et je ne suis pas le seul mais je ne donnerai pas de noms !). Samedi, répétition et spectacle : Deborah Henson Conant, une harpiste nord américaine est époustouflante.

Nous partons le soir même en car pour rejoindre notre (far) ouest, pas mécontents de rentrer avec de super souvenirs.