Publié le 02.08.2007 dans "Le coin du sonneur"
La bombarde et ses cousines : Exposition à Quimper
Exposition de hautbois populaires à Ti Ar Vro Kemper
12 - 13 avril 2007
Cette exposition est un rassemblement inédit de hautbois populaires du monde entier. Organisée dans le cadre de la 20e édition de “Bombardes en Fête” organisée par BAS 29, le Bagad An Erge Vras (Ergué - Gabéric) et la mairie d’Ergué - Gabéric. Elle a bénéficié de la collaboration de El Marbre (centre international de musique populaire de Céret, 66). Ce dernier est en effet le détenteur d’une riche collection constituée par Stefan Herzka.
Se sont joints à ce projet :
- Binvioù Kozh, association née en 2004 à l’initiative de Erwann Kerhervé et Laurent Bigot (sonneur de couple bien connu et enseignant au conservatoire de Brest). Cette dernière s’est donnée pour objectifs : le recensement et l’étude des bombardes et binioù anciens, la recherche sur les anciens sonneurs, l’organisation d’expositions sur ces thèmes (comme C’Houez Er Beuz / “Souffle dans le Buis” à la Maison des Archers de Quimperlé en Finistère en 2005).
- Ti Ar Vro Kemper, entente des associations culturelles bretonnes du pays de Quimper (dont Bodadeg Ar Sonerion Pen Ar Bed, l’assemblée des sonneurs). Ses actions portent sur la promotion de la langue, la danse et la musique bretonne.
“Les peuples échangent, l’appropriation se fait ou pas, et des civilisations différentes peuvent inventer des objets identiques. Parfois au sein d’une même civilisation, il peut y avoir une grande diversité. La question étant de savoir pourquoi on adopte telle ou telle chose” (Colin Renfrew, archéologue). Diversité d’expression instrumentale autour d’un langage universel : la musique. C’est le message qui s’applique on ne peut mieux à cette exposition.
Bombardes Capitaine
1. Qui sont la bombarde et ses cousines ?
La bombarde et ses cousines font partie de la famille des Hautbois, lesquels sont membres du groupe des Aérophones. Ces hautbois sont multiples et ont chacun une sonorité spécifique, dûe à de nombreux facteurs (anche, technique de souffle, longueur de l’instrument, diamètre de la perce, matériaux…)
Hautbois du Cachemire
On distingue les instruments en fonction de la technique de souffle en deux groupes :
- Ceux dans lesquels le musicien souffle en continu. L’anche est entièrement dans la bouche et les lèvres sont appuyées sur une pièce en forme de petit plateau (”pirouette”). Le musicien respire par le nez pendant qu’il souffle par la bouche tout en faisant circuler l’air dans ses joues. Certains peuvent ainsi jouer une vingtaine de minutes sans s’arrêter : c’est le cas notamment des joueurs de rhaïta (Maroc) ou de alghaïta (sur le pourtour du Lac Tchad entre Cameroun, Niger, Sénégal et Mali).
- Ceux où le jeu est intermittent parce que l’anche demande un effort physique plus important. Ces hautbois développent une plus grande puissance sonore. L’anche est tenue entre les lèvres et le musicien contrôle la pression pour pouvoir maîtriser le timbre et la justesse de l’instrument. C’est le cas par exemple des sonneurs de bombarde (Bretagne) ou de auboi (hautbois occitan de la région de Sète)
Hautbois Egyptiens
2. Une déjà longue histoire…
L’histoire des Hautbois commence sans doute en Asie Centrale ou en Mésopotamie. Sa diffusion s’est probablement faite au rythme des conquêtes romaines. Ses noms sont alors multiples : duduk (Arménie), aulos (Grecs), sibulo (Étrusques), tibia (Romains). Une deuxième forme remonte à plus de 1000 ans avant JC au Moyen Orient (type zuma) et a été diffusée par les conquêtes de l’Islam (7e - 15e siècles), les avancées de l’Empire Ottoman (13e siècle) ou les croisades (9e - 13e siècles).
Une pratique musicale enracinée dans la culture populaire.
Comme en Bretagne pendant longtemps, la pratique des hautbois est liée aux évènements de la vie quotidienne ou aux grandes occasions solennelles.
La musique est au coeur de la noce
Ainsi les sonneurs de bombarde en Bretagne étaient au coeur de l’animation du cortège ou du banquet. Nombre d’autres hautbois européens étaient aussi au coeur des occasions nuptiales : sopila (province d’Istrie, Croatie), aboès (partie gasconne de l’Ariège, instrument relancé depuis les années 70).
C’est aussi le cas de la zuma turque comme la surmaya (ou sornai, surnay, surnai en Perse - Iran actuel), à l’origine utilisée en musique militaire à l’époque ottomane mais présente aujourd’hui dans les mariages.Le caractère festif est attesté par l’étymologie du nom persan : zous (fête) et ney (roseau).
Hautbois Indonésien
L’Asie de l’est n’est pas en reste. Le hautbois hichiriki japonais officie lors des cérémonies nuptiales. Le sona ou suona chinois (à l’origine instrument de cour au 16e siècle dont l’usage s’est popularisé par la suite) est présent lors des mariages mais aussi en des circonstances moins heureuses (funérailles). De même, le hautbois pakistanais shamai joue des lamentations.
Dansez maintenant !
Plus généralement, les hautbois développent une musique à danser quelque soient les horizons. En Egypte, le mizmar (aussi présent au Liban et en Syrie) accompagne traditionnellement les danses et pas seulement lors des mariages. C’est aussi le cas de la rhaïta ou ghalta (Maroc) popularisée par son association aux charmeurs de serpents de la grande place de Marrakech.
En Asie de l’est et du sud, on danse aussi au son des hautbois : horanava (Sri Lanka) pour des danses avec des masques, taepyeongso (Corée), tarumpet (ou tarompet de Java) pour accompagner la danse de Pencak.
L’Europe associe aussi le hautbois à la danse avec les moixerangues et jotes interprétées sur les dultzainas de la région de Valencia (diffusée aussi en Castille et Léon). On ne peut faire l’impasse sur le répertoire du taragot roumain ou celui de nos talabarders sévissant en fest - noz.
Les hautbois de cérémonies
Ces hautbois du monde sont aussi fréquemment associés à des manifestations solennelles. Ainsi le Hautbois africain alghaita était souvent joué dans la musique de cour et pour recevoir les dignitaires locaux. L’Asie n’est pas en reste avec le mvahli népalais pratiqué par la caste des Jugi, gardiens des temples et acteurs des cérémonies funéraires. Le kèn ou kèn bâu vietnamien intervient dans les fêtes données en l’honneur des génies tutélaires ou dans des rites agraires.
Seul ou en groupe ?
La pratique associe souvent deux hautbois. Le premier interprète la mélodie tandis qu’un second joue une note d’accompagnement (bourdon encore appelée “dam”).
Le hautbois peut être associé à une cornemuse comme en Bretagne avec le couple bombarde - biniou koz (qui joue une octave au-dessus du hautbois) ou bombarde - cornemuse écossaise (cette dernière popularisée par la multiplication des bagadoù). C’est aussi le cas du piffero italien accompagné par la müsa.
Piffero Italien
Ils peuvent aussi prendre place dans des formations plus étoffées.
Le Bagad en est l’exemple breton ou les bombardes constituent un pupitre aux côtés des cornemuses écossaises, des caisses claires et percussions.
L’accompagnement par des percussions est d’ailleurs une constante assez répandue chez les autres membres de la “famille”.
Ainsi le hautbois Shenai (Inde) est accompagné de tabla ou naggara, le tarompet de Java par un gamélan (ensemble de percussions mélodiques).
De véritables orchestres ou fanfares peuvent ainsi se constituer : en Chine (sonas avec percussions, orgue à bouche), Espagne (dulzainas avec gaïtas de boto ou cornemuses aragonaises et tambours).
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