Rencontre avec Olivier Frediani penn bagad de St Mandrier

Addendum : le penn bagad actuel est le premier maître Cyrille Graff en place depuis septembre 2006

le_crotoy_mai_2005_027.jpg

DN : comment est né le bagad de St-Mandrier ?

Olivier Frediani : le bagad du Centre d’Instruction Navale (CIN) de St-Mandrier a été créé en 1957 sur le site du groupement de l’école des mécaniciens de St-Mandrier. Cela s’est fait à l’initiative d’élèves d’origine bretonne qui étaient loin de chez eux et qui ont eu envie de créer un groupe traditionnel à base d’instruments bretons.

Il fallait être très bon élève à l’école pour pouvoir faire partie du bagad car l’apprentissage d’un instrument ne devait en aucun cas empiéter sur les cours. Les deux critères pour être recrutés étaient donc : être dans les premiers de la classe et être breton. Mais les choses ont dû évoluer car des élèves originaires d’autres régions ont aussi eu envie d’intégrer cette formation. Aujourd’hui, le bagad a bien changé. Il n’est plus constitué en majorité de Bretons. Il est maintenant à l’image de la Marine Nationale : il y a des gens qui viennent de tous horizons et même de l’Outre-mer.


DN : quel est ton rôle en tant que penn bagad ?

Olivier Frediani : aujourd’hui le rôle de penn bagad est entre autre de diriger tous les pupitres : bombardes, cornemuses, toms, grosse caisse, et caisses claires écossaises Je suis aussi le chef hiérarchique, car à l’image de toute entité militaire, il doit y avoir un chef pour gérer le personnel. Je veille au bon respect des règles et j’établis les responsabilités de chacun, comme désigner des adjoints dans chaque pupitre pour épauler le penn bagad. Quant au répertoire, c’est en général moi qui le choisis et qui le renouvelle de temps en temps, voire même sous l’impulsion de certains sonneurs.

le_crotoy_mai_2005_023.jpg

Essayer « de respecter les aspirations de chacun »

Une de mes autres tâches, et pas des moins intéressantes, est de déterminer également dans quel pupitre je vais mettre les nouveaux arrivants en essayant de respecter les aspirations de chacun dans la mesure du possible.

Je dois également gérer les dossiers auprès des demandeurs, les conventions, les contrats, la comptabilité, etc. Il y a un fort côté relations publiques, et pas mal de temps passé au téléphone pour régler et mettre en place les prestations.

Le penn bagad est aussi le gardien de la mémoire musicale. Mais il a également un devoir de mémoire envers ses morts.


D.N : je comprends, c’est en rapport avec la mort des membres du bagad dans un accident d’avion il y a environ 30 ans ?

Olivier Frediani: le bagad était parti pour une manifestation officielle à Mont-de-Marsan et, sur le chemin du retour, l’avion affrété tout spécialement pour l’occasion s’est écrasé aux alentours de Prémian.

Tout l’équipage a péri, ainsi que les accompagnateurs et tous les membres du bagad sauf deux qui, par chance, n’avaient pas embarqué.

J’ai récemment rencontré ces deux ‘survivants’ et nous avons reparlé avec beaucoup d’émotions de cette tragédie. Ils ont été très contents de savoir que le bagad existait toujours et du devoir de mémoire qui se perpétuait. C’était très émouvant.

Il y a eu un très grand émoi en Bretagne évidemment à cette époque car tous les disparus étaient des enfants de Bretagne. Ce qu’il faut savoir, c’est que 4 mois après le crash le bagad était remonté.

Grâce aux écrits et aux enregistrements de l’époque qui sont archivés dans notre bibliothèque, tout a pu être reconstitué et les mêmes morceaux ont pu être rejoués, morceaux que nous continuons à jouer aujourd’hui car ils font partie de notre histoire.

Lorsque toute nouvelle personne arrive au bagad nous lui racontons l’histoire et lui faisons visiter le musée qui se trouve dans notre local de répétition. Il y a un panneau avec des articles de presse relatant l’accident, et les photos des personnes ayant péri. D’ailleurs, tous les ans nous commémorons cet événement par une cérémonie à la mémoire de nos anciens camarades, et même si on ne les a pas connus, il est important pour nous que cela ne s’oublie pas.

D.N : comment recrutez-vous les musiciens ?

Olivier Frediani : à chaque nouvelle arrivée de personnel et d’élèves, nous faisons une conférence où nous présentons le bagad pour essayer d’intégrer un maximum de nouvelles recrues. On leur explique qu’il n’est pas nécessaire de savoir lire la musique pour pouvoir démarrer un instrument. On va donc leur apprendre à jouer de l’instrument dans la courte période où elles vont rester à St-Mandrier (4 mois à 1 an) et le déchiffrage des morceaux se fera à l’aide de tablatures.

Un contrat moral est passé avec chaque personne intégrant le bagad lui demandant de respecter les règles et les contraintes que toutes les sorties impliquent. (environ 30 sorties par an)


D.N : quel est votre répertoire ?

Olivier Frediani : on a un répertoire de base qui est le même qu’il y a trente ans, mais qui évolue. Une des raisons de garder ce répertoire est que, tout ancien doit pouvoir venir jouer avec nous sans avoir à réapprendre plein de nouveaux morceaux. De plus, les gens n’étant que de passage il est plus simple de garder une base qui ne bouge pas ou peu.

Nous avons surtout des marches avec des noms bien bretons, des danses pour les festoù-noz et quelques airs écossais.

D.N : combien de sorties effectuez-vous par an ?

Olivier Frediani : nous effectuons environ une trentaine de sorties par an. Les demandeurs peuvent être des associations d’anciens militaires, des villes lors de manifestations annuelles comme le festival du film militaire de Juan les Pins, le Corso fleuri de Bormes-les-Mimosas, les oursinades de Carry-le-Rouet, les fêtes de la St Pierre, etc. On fait aussi des prestations par le biais du bureau de recrutement de la Marine Nationale. Évidemment, les prestations militaires sont prioritaires sur les autres.

D.N : comment formez-vous les gens ?

Olivier Frediani : chaque nouvelle personne établie dans un pupitre va être parrainée par les gens du même pupitre. Puis à son tour elle aidera les nouvelles recrues. Il y a aussi des gens affectés au CIN qui ont une certaine expérience, et vont donc prendre ce rôle de formateur.

Comme je l’ai dit plus haut, peu d’entre nous savent lire la musique et nous apprenons les airs à l’oreille et à l’aide de tablatures. On n’a pas le temps d’apprendre le solfège. Et nous n’utilisons que très peu d’ornementations.

au_pied_de_la_stele_journ_e_des_familles.jpg

D.N : quand et où répétez-vous ?

Olivier Frediani : tous les matins de la semaine, avant de commencer les cours, nous répétons environ une heure. Si on a une sortie le week-end, on va s’entraîner une, voire plusieurs fois le soir après le travail. C’est de cette manière là que l’apprentissage d’oreille prend toute son ampleur. Le fait de répéter tous les jours permet d’apprendre la mélodie très rapidement. Cela peut paraître un peu bizarre que des musiciens ne sachent pas lire la musique mais c’est comme ça que le bagad fonctionne depuis plus de trente ans, avec toujours autant de succès.

Nous avons un local/musée où nous pouvons répéter au practice et à la flûte mais lorsque nous passons aux instruments nous sortons dans la cour. Le local sert également aux réunions et à l’entretien des instruments.

D.N : quelle est votre tenue ?

Olivier Frediani : on a plusieurs tenues. Tout d’abord, la tenue militaire grand bleu, (tout en costume) puis la tenue panachée (pantalon bleu et chemisette blanche), la tenue grand blanc pour l’été avec la veste ou petit blanc en chemisette. On peut en plus mettre les guêtres et le ceinturon. Voilà pour la partie habituelle de nos sorties.

Lorsque nous devons faire la Saint Patrick, une partie des gens se met en kilt, une autre partie en chemise blanche bouffante et pantalon noir avec gilet. Ce sont des tenues un peu plus cool pour cet événement un peu spécial.

Mais la tenue militaire reste notre tenue lors des prestations. Étant le deuxième bagad de la Marine Nationale, les gens font venir une image, et même si nous ne sommes pas des professionnels de la musique nous avons une réputation à tenir et représentons une Institution au service de la Nation. C’est aussi une manière de promouvoir la Marine Nationale dans toutes nos régions et de consolider le lien Nation-Défense.

D.N : quels sont les projets d’avenir pour le bagad ?

Olivier Frediani : tout d’abord je serai remplacé l’été prochain par mon adjoint, après trois ans de bons et loyaux services à la têtes de cette formation car ce sera la fin de mon affectation sur le CIN . Les projets sont bien sûr de continuer les sorties, la formation. Le bagad devrait changer de statut dans peu de temps pour entre autres des questions de couverture juridique. Un de nos rêve serait d’enregistrer un CD.

Le troisième bagad de la Marine est bien sûr le bagad de France Sud, petite base près de Castelnaudary, qui a été monté par d’anciens sonneurs de St-Mandrier. Suite au départ de plusieurs sonneurs, ce bagad est actuellement en sommeil.

On devrait aussi pouvoir créer un site internet pour le bagad dès qu’on aura changé de statut, chose qui n’était pas possible jusque là. Beaucoup de gens nous demandent si nous en avions un : c’est vrai que cela manque un peu.