Publié le 05.11.2007 dans "Entretien avec ..."
Christophe Morvan - MUSICIEN
Divroet Ne(w)ez : peux-tu nous raconter comment tu as débuté dans la musique ?
Christophe Morvan : mes parents se sont rencontrés au cercle celtique LABOUR HA KAN de Paris. Mon père jouait de la cornemuse, ma mère dansait et jouait de la bombarde. Comme tous les gamins, j’étais toujours avec une bombarde à côté de mon père dès que j’ai su marcher. J’ai dû sortir mon premier son à l’âge de 2 ans et demi. Je me suis fait engueuler par un responsable du cercle (c’était sur scène !) et je n’ai retouché un pipeau qu’à 10 ans (pipeau en plastique Alain Michel : c’est avec ça que tout le monde apprenait à jouer à l’époque. C’était facile, il y avait des entonnoirs à doigt dessus …). A cet âge, mon père m’a appris les « airs » standards (marche de Cadoudal, bal de jugon, et autres saucisses de l’époque…), tout ça d’oreille.
Au début, je comptais le nombre de morceaux que je savais jouer pour mesurer la progression. C’est drôle d’y repenser aujourd’hui …
Tous les mardis soir, on allait à la répétition du cercle et il fallait arriver tôt pour que je puisse jouer dans les WC avant que la répé danse ne démarre. Ben oui, j’étais coiffoù depuis mon plus jeune âge …Quand il y avait assez de danseurs, j’avais le droit d’aller jouer avec les sonneurs, mais autrement, il fallait danser. Dans l’appartement, il était hors de question de faire autre chose que du pipeau.
Le cercle m’a payé un stage BAS à Noël 1978 au VVF de Guidel. Je faisais partie du groupe des plus nuls : j’avais un pipeau et je ne savais pas lire la musique ; c’était la honte … Les profs que j’ai eus étaient Pascal Rode et Erwan Ropars (c’est marrant parce que j’ai joué avec eux 20 ans plus tard, et j’ai même eu l’occasion de diriger Pascal au sein de Kemperlé…). Ce stage a été un déclencheur à plusieurs niveaux : mon père m’a acheté un flageolet en ré (flûte irlandaise est le nom plus souvent employé), et je me suis mis à lire toutes les partitions sur lesquelles je tombais (le waraok kit n°1) grâce à une correspondance audio, c’est-à-dire un disque (Brest St marc, kevrenn de Rennes). Mais le stock a vite été épuisé.
DN : de quels instruments joues-tu ?
Christophe Morvan : normalement, je ne joue que de la bombarde avec au moins 9 clefs sinon, on ne peut rien faire ! (c’est pour rire bien sûr…).
Je joue de temps en temps du flageolet (flûte irlandaise), selon les impératifs musicaux ou professionnels. Je ne suis pas un grand fan de musique irlandaise alors …
Lorsque j’étais ado à Paris, c’était très dur d’obtenir des partitions des bagadoù bretons, alors je me suis mis à écrire mes propres morceaux. J’ai très vite eu un problème, je ne savais pas écrire pour la cornemuse. J’ai donc trouvé un practice chanter et une méthode (traité de biniou d’Emile Alain), et j’ai assez vite su me débrouiller. Un copain, trouvant dommage que je ne fasse que du practice, m’a prêté une cornemuse et j’ai soufflé dedans. J’ai fait la manche dans la rue et le métro pendant 7 ans. Ça me permettait de gagner un peu d’argent tout en bossant le clou. Et le soir, je reprenais le practice pour me lire tout un « Scots guards ». Si si, c’est possible……. Mais à force de bosser, je me suis « cassé » la main gauche et aujourd’hui, je peux faire un crunluath sans être capable de faire un la mi fa (ou GDE pour les anglophones…). Donc la cornemuse, c’est plutôt pour le boulot.
Ma dernière acquisition est une cornemuse midi. C’est un truc terrible qu’on n’a pas besoin d’accorder, qui joue dans toutes les tonalités, et à un diapason de 440 Hz pour le “la”. Je l’utilise depuis bientôt 1 an et c’est vraiment le bonheur au niveau de l’accord et de la justesse, sachant qu’auparavant, j’utilisai 3 chanters différents (Sib, Do majeur et La majeur) en plus des 5 bombardes et de quelques flageolets à gérer sur scène……. Ingérable donc. J’ai investi dans ce matériel sur les très bons conseils de Konan MEVEL qui joue avec Tri Yann. C’est un peu compliqué à mettre en œuvre (sampler + pédalier de contrôle midi) mais on peut même faire de la guitare nucléaire avec !! Le bonheur, quoi !!!…..
DN : quelles sont les personnes qui ont compté dans ton parcours musical ? et les moments importants ?
Christophe Morvan :Mon père, forcément ! Roland BECKER qui était mon idole lorsque j’étais gamin, Alan STIVELL grâce à qui on est là aujourd’hui et avec qui j’ai eu la chance de jouer en tant que soliste dans la symphonie celtique en 1991. Plein d’autres gens que j’ai côtoyé comme Arnaud CIAPOLINO, Yann BONNEC avec qui on a créé les Trompettes du Mozambique, Bon jez (Ronan LE GOURIEREC), qui à mon avis, est le meilleur joueur de bombarde au monde, Olivier GUENEGO que j’ai emmené avec moi dans toutes les églises du 56 et du 44 pendant 2 ans, Raphaël DROUAL, Bertrand LOUET avec qui nous avons écrit un opéra rock qui, nous l’espérons, verra le jour très bientôt (affaire à suivre…) .
En ce qui concerne mon parcours, je suis né dans un cercle donc j’ai été « front plat », j’ai joué dans toutes les catégories de bagad en étant surtout autodidacte, jusqu’à la direction musicale d’un bagad de 1e catégorie. Après, je ne vois pas ce qu’on peut faire… J’ai eu l’opportunité de devenir professionnel avec le chanteur Soldat Louis en 1996. Il y a eu les Trompettes, le trio celtique du bigdil à la télé pendant 3 ans (oui, Lagaf est sympa…), divers trucs à droite à gauche comme des enregistrements ou des concerts avec différents artistes.
DN : quelles sont les sources d’inspiration qui te donnent envie de composer ?
Christophe Morvan : comme je le dis plus haut, je me suis mis à composer par manque de partitions. C’est aussi pour ça qu’aujourd’hui, quand quelqu’un me demande une partition, j’essaie de la lui communiquer dans les plus brefs délais (mais ça peut aller jusqu’à un an !).
Au niveau inspiration, j’écoute vraiment de tout et, forcément, suivant le moment et l’humeur, ça doit transparaître dans ce que j’écris. Mais j’essaie d’éviter le plagia.
Je ne sais pas si ce que j’ai pu écrire en bagad aura marqué, mais en tout cas, c’est un exercice que j’aimais bien, et que j’aimerais bien retenter. La dernière suite que j’ai écrite pour Kemperlé en 2001 a été faite en 3 jours et 3 nuits, témoin à l’appui pour ceux qui se disent « bien sûr »… Et ce n’était pas une suite d’en dro !! Quand on est dedans, il faut essayer d’y rester.
J’ai aussi écrit pour notre duo avec Olivier, pour une fanfare militaire à Nantes, un “jingle” pour la télé, et notre opéra rock en collaboration avec Bertrand LOUET qui devrait, nous l’espérons, voir le jour bientôt. (ah bon ? ça fait promo ?). Je n’ai jamais écrit pour les trompettes du Mozambique…
DN :tu peux nous parler de ta vision de la musique et de tes goûts musicaux ?
Christophe Morvan : j’écoute vraiment de tout. Surtout du classique, mais aussi du jazz, de la variété, du folk, du rock, du latino, du ska, du rap, de la techno, du hard rock, du métal lourd, etc. De tout quoi… mais je ne suis pas fan de musiques cajun et irlandaise. Je fais pas mal de découvertes via internet : youtube et myspace ( on peut d’ailleurs me retrouver sur MySpace Christophe Morvan et sur Bombarde et Clavier).
DN : quel est ton regard sur ton histoire au sein des bagadoù (notamment Auray et Quimperlé) et ce que tu en as retiré. Que penses–tu de la musique des bagadoù aujourd’hui ?
Christophe Morvan : le premier bagad dans lequel j’ai joué est celui de Gestel à côté de Lorient. J’allais en vacances chez ma grand-mère pendant l’été et un oncle faisait de la cornemuse dans ce groupe. On n’était pas très bons mais c’était déjà ça. A l’époque, on avait le même gilet que Briec de l’Odet (oui, à l’époque on donnait les noms des bagads en français : Bagad de Quimper, Bagad de Briec de l’Odet, Bagad de Locoal Mendon, etc…)! En vieillissant un peu, j’ai emmené tous mes collègues de Paris avec moi pour les concours. Puis un jour, pour problème d’effectifs notamment, le groupe s’est dissous. A l’époque au moins un tiers des effectifs est passé de la 4e catégorie à la 1e. Si on avait bossé ensemble, peut-être que Gestel serait comme Briec ! Certains étaient partis à Kemperlé, d’autres à Saint Nazaire. On en a retrouvé à Mendon, au Kemper, à Keriz, et moi à Auray.
Jouer à la Kevrenn Alré était un rêve de gosse. Comme certains sont fans de Mick Jagger, moi c’était Roland Becker. Le jour où je me suis senti capable de pouvoir jouer à la kevrenn, j’ai pris le téléphone pour savoir comment je pouvais faire pour jouer dans cet ensemble. A l’époque, on ne parlait pas de formateurs BAS ni de bagadigoù (il n’est pas très beau ce terme, non ?).
Le but n’était pas de jouer en 1e ou je ne sais quoi, le but était tout simplement musical, jouer du Roland Becker était pour moi le plus important. A l’époque, j’habitais la région parisienne et étais lycéen. Ce n’était pas super pratique, mais quand on aime, on se bouge.
Et là, c’était le pied, ça déchiffrait à vue des trucs compliqués, il y avait le son, et encore plus. Je n’ai jamais eu l’occasion de jouer la bataille d’Auray et j’espère que quelqu’un aura la bonne idée de remonter cette pièce un jour, et de ne pas oublier de m’appeler. Pour ceux qui ne connaissent pas cette œuvre, c’est un oratorio pour bagad et récitants, (en partie, je crois) de Roland Becker, et ça a été joué en 1981 au concours de Lorient. Pour moi, c’est ce qui a déclenché un tas de choses dans la musique de bagad.
L’époque Arnaud Ciapolino, qui avait remplacé Roland en 1991 et 1992, reste aussi un grand souvenir, musical mais également humain. 1992, c’est l’année où la kevrenn avait gagné en ne jouant aucune note de musique bretonne. C’était terrible, ça jouait vraiment. A l’époque, on avait les partitions le lundi matin pour les jouer le samedi après-midi. Il y avait un vrai challenge quand on sait que la musique était d’un niveau assez haut.
J’ai quitté la kevrenn 8 ans, jour pour jour, après y être rentré (c’est facile, j’y suis rentré le jour de mes 20 ans…), pour divergence au niveau de la direction de Roland, c’était la fin d’un rêve…
2 ans plus tard, Jean-Yves Hillion et Jacques Polet m’ont demandé de diriger le bagad Kemperlé, qui n’avait plus de responsable musical attitré. J’ai accepté. Ça faisait des années que j’écrivais sans que ce soit joué par un bagad, c’était donc l’occasion ou jamais. Ce fut une très bonne expérience, mais le niveau technique et musical n’était pas tout à fait le même qu’à Auray. Au bout de cinq ans, je me suis dit que, finalement, je n’étais pas à ma place. J’écrivais des choses trop compliquées que tout le monde ne comprenait pas forcément, et j’avais l’impression de faire répétiteur le vendredi soir. J’y ai toujours des amis, mais on ne fait plus de musique ensemble.
Aujourd’hui, je n’écoute plus de musique de bagad ou pratiquement pas (avant de rentrer à la kevrenn, j’aurais pu jouer dans n’importe quel groupe de 1e tellement j’étais dedans et je connaissais tous les répertoires).
J’écoute une fois chaque concours de 1ère quand j’arrive à y aller ou à écouter sur le net (ce qui devient rare…). Je pense que les directeurs musicaux sont bridés par une tendance néo-trad. justifiée par je ne sais quoi. Il faudrait qu’on arrête de dire qu’un bagad joue de la musique traditionnelle (un jour, Roland Becker m’avait répondu à « est-ce qu’un bagad fait de la musique traditionnelle ? » par : « oui, c’est ça le problème »)….
Pour moi, traditionnel est synonyme d’oralité. De plus, la polyphonie, qui elle, est autorisée, n’a rien à voir dans la tradition bretonne. Je pense qu’on intellectualise un truc qui ne demande qu’à évoluer. C’est un orchestre vivant qui joue des partitions de plus en plus sophistiquées chez certains compositeurs/arrangeurs. Ce serait bien qu’on les laisse aller au bout de leurs idées.
La BAS pourrait répondre à cela en disant qu’il n’y a que 2 concours par an, donc il reste du temps pour faire autre chose. Mais hélas, pour mettre en place 25 minutes de musique par an, il faut déjà un maximum de répétitions. Ce critère m’a également décidé à quitter Kemperlé. Les gens attendent souvent le vendredi soir pour savoir comment il faut jouer les partitions qu’ils ont eues le mois d’avant…C’est une perte de temps permanente. Si tout le monde apprenait à lire et se donnait rendez-vous une fois par mois, il y aurait certainement du temps de gagné… pour faire de la musique ensemble…
Mais dans ce que j’ai pu écouter ces dernières années, je retiendrai l’écriture de Fabrice Humeau pour Briec, Jean-Louis Hénaff pour Kemper, Julien Le Mentec pour Saint Malo et, certaines fois Jean-Yves Herlédan pour Penhars (oui, je sais, ça n’a rien à voir mais c’est comme ça… je trouve qu’en trad., c’est souvent ce qu’il y a de mieux…). Souvent, on entend : « ce que joue tel groupe est bien ». Je pense qu’un jour, il faudrait mélanger les directeurs musicaux, ça changerait complètement les résultats. Ou alors, il n’y a aucune objectivité dans le jugement de certains juges… Je pense que l’importance du directeur musical est la plupart du temps laissée de côté. Par exemple, si j’avais 20 ans de moins, je pense que je n’irai pas jouer à Auray parce que ce qu’écrit Fabrice Lothodé ne me correspond pas.
DN : as-tu déjà sonné en couple ? Quel regard portes-tu sur cette pratique et sur ce qu’elle peut apporter au sonneur ?
Christophe Morvan : oui, avec : André MORVAN mon père (cornemuse), Jean-Marc DANIEL (bombarde), Erik MARCHAND (cornemuse), Nadine LENORMAND (cornemuse et bombarde), Jean-Pierre BEAUVAIS (cornemuse), Yann-Loic JOLY (accordéon diatonique), Jean COLIN (biniou), plus d’autres de façon ponctuelle : Dominique LE SAINT (bombarde), Stéphane LE BERRE (cornemuse), Arnaud CIAPOLINO (bombarde), Yannick DIRAISON (cornemuse), Ronan DIRAISON (bombarde), Seb LE GAC (bombarde), Eric GORCE (bombarde), Anthony LE FORMAL (cornemuse), …

C’est la formule traditionnelle de la musique bretonne. On peut laisser libre cours à l’interprétation. Polig MONTJARRET disait que suivant l’endroit où il se produisait, il ne jouait pas le même thème de la même façon. On apprend les airs « d’oreille ». C’est vraiment « traditionnel », à l’inverse d’un bagad où la musique est écrite, et donc figée.
Pour avoir jugé au concours de Gourin il y a quelques années l’épreuve de marche braz, je me suis rendu compte que la majorité des couples jouaient quasiment une partition, un peu comme ils le font en bagad. Tout est calculé, je n’ai pas senti de spontanéité dans le jeu (sauf chez Jorj Bothua et Pascal Guingo). On sent que les « sonneurs de tradition » sont une espèce en voie de disparition (au moins de ce que j’ai pu voir ce jour-là). Et le rôle social a un peu disparu : on joue plus lors de concours que dans les noces, par exemple.
L’avantage du jeu en couple, c’est qu’on peut s’exprimer comme on l’entend à l’instant présent. On est également tenu de respecter les tempi des danses et d’avoir un minimum d’assurance. Il n’y aura pas de voisin pour rattraper ses erreurs éventuelles comme ça peut arriver parfois en bagad.
Aujourd’hui, je ne pratique plus ce mode d’expression, mais au sein de mon « orchestre de bal » (Sonerien du), je ne suis pas obligé de respecter une partition à la lettre. J’ai donc plus l’impression de faire de la musique traditionnelle dans ce groupe qui, paradoxalement, est constitué d’une rythmique rock, de claviers et de guitares nucléaires !
DN : comment tes expériences plus particulières (Soldat Louis, Trompettes du Mozambique, bombarde et claviers, Sonerien Du) s’inscrivent-elles dans ta vision de la musique ? Plus généralement, comment perçois-tu le duo tradition/métissage ou tradition/création qu’on présente parfois comme inconciliables ?
Christophe Morvan : dans la musique, on peut TOUT faire, quel que soit l’instrument, le lieu géographique, le style musical, etc.
Pourquoi parler de métissages plutôt que de musique tout simplement ? Pour avoir été notamment au Danemark dans des gros festivals, j’ai pu remarquer que sur les scènes se succédaient un orchestre classique, un groupe de hard rock, en passant par une chanteuse de variétés et un groupe folk. Le public est resté le même du début jusqu’à la fin. Il s’est intéressé à tout.
Mes diverses expériences m’ont permis de côtoyer des personnes qui m’ont beaucoup appris musicalement mais aussi humainement, parce qu’étant issus d’une autre culture. Pourquoi rester cloisonné ? La vie est courte et il y a tellement de choses à découvrir et à faire. Là, je me suis un peu égaré non ? (je fais un peu d’écriture automatique depuis le début, donc tant pis pour la syntaxe et le reste ! Je passerai au correcteur d’orthographe plus tard !).
Je pense que tradition/création, c’est par rapport à la musique de bagad ? Un bagad ne fait que reprendre des airs traditionnels, et il les joue de façon rigide (respect de la partition, notamment). On ne peut pas dire qu’un bagad est une formation « traditionnelle » bretonne non plus. C’est très récent, et c’est quand même composé de cornemuses et de caisses claires écossaises ! On peut s’inspirer des thèmes et rythmes trad. (comme Bartok), et créer ce qu’on veut à partir de ça. C’est ce qui est plus ou moins fait aujourd’hui, mais je pense qu’il faudrait aller plus loin dans la démarche, sans pour autant rajouter d’autres instruments. Si on se présente à un concours, on accepte le règlement, point. Donc pas d’instruments extérieurs.
Par contre, en dehors de ces 2 prestations annuelles, on a le droit de tout faire. Kemper et Briec, pour ne citer qu’eux, ont des créations où des instruments extérieurs au bagad donnent une nouvelle couleur à la musique. Je trouve ça très intéressant du point de vue accrochage du public. Je n’ai entendu de telles choses qu’en Bretagne, je trouve ça très bien.
Pour l’anecdote, le dernier CD de bagad que j’ai acheté (parce que je n’aime pas graver, et c’est interdit, et ça tue le boulot…), est celui du bagad Kemper, Sud ar su. J’avais entendu des rythmes latino avec des cuivres et des bombardes à la radio, et j’ai trouvé ça sympa et accrocheur. Donc si ça marche sur moi, ça marche certainement sur le touriste qui vient voir ce qui se passe en Bretagne. Donc il faut de ça aussi.
DN : tu es né en région parisienne ! Quel regard portes-tu sur le fait d’avoir été Divroet, passionné de musique bretonne et loin de la Bretagne ? Que penses-tu des efforts que les groupes Divroet consentent pour exister et progresser aujourd’hui ?
Christophe Morvan : tout d’abord, je ne suis pas né dans le neuf cube, mais à Lorient… (aujourd’hui je m’en fous, mais il y a encore quelques années…). Je suis parti à Paris juste après ma naissance…
Venir habiter en Bretagne était un rêve pour les raisons que l’on peut imaginer. J’ai commencé par intégrer un bagad en Bretagne tout en habitant Paris. Ça m’a rapproché beaucoup plus souvent que mes 2 voyages annuels à Noël et en été d’avant.
Les gens d’ici ne peuvent pas imaginer ce que l’on peut ressentir lorsque qu’on habite loin de ses racines. Quand je regarde la mer aujourd’hui, je me dis que j’ai énormément de chance, et je savoure la moindre vue que m’offrent les monts d’Arrée lorsque je les traverse.
Je suis néanmoins très content d’avoir habité la région parisienne ce qui explique pourquoi j’apprécie cette chance, sans doute bien plus qu’une personne qui n’a jamais quitté son village natal.
Mon retour définitif a été organisé sur un coup de tête, un jour où à la fin d’un week-end, nous nous baladions sur la plage avec des amis avant de reprendre le train pour Paris. Et là, on s’est dit : « on revient ». Le soir, le déménagement était organisé pour le mois d’après. Des fois, il faut oser prendre des décisions, et savoir saisir les opportunités. Si on se dit : « un jour, … », il est fort probable que ça n’aboutisse jamais.
En 15 ans, j’ai habité dans plusieurs villes de Bretagne, et aujourd’hui, je n’attache plus autant d’importance qu’à l’époque à habiter à tel ou tel endroit. On va là où est le boulot.
Souvent, quand on me demande d’où je suis, je réponds que je suis parisien de Montparnasse. C’est un côté un peu provoc, mais ce n’est pas parce qu’on n’a pas vécu en Bretagne qu’on ne peut pas faire de musique bretonne. Il n’y a qu’à voir des gens comme Erik MARCHAND ou Alan STIVELL… 
Je trouve que les groupes émigrés méritent le respect de leurs pairs « locaux ». Il est très difficile d’être reconnu par une municipalité et donc, bien souvent, d’exister lorsqu’on veut monter quelque chose loin du pays.
Pour avoir vécu les deux situations, je peux dire que les « locaux » ne sont pas toujours très tendres avec les « parigots » (terme générique signifiant : « loin de la Bretagne »). Quand j’allais en vacances chez ma grand-mère, j’étais le « Parisien ». Mais moi, je jouais de la bombarde, alors que mes cousins n’y connaissaient rien en matière de culture bretonne.
J’ai rencontré des gens qui, parce qu’ils venaient à Paris pour raisons professionnelles, venaient à s’intéresser à la culture bretonne.
Quant au terme « divroet », je trouve qu’il ne sonne pas. C’est un peu comme « bagadigoù », c’est encore un truc inventé non ? Quand j’étais sur Paris, je ne me souviens pas avoir entendu ce mot.
DN : es-tu dans une période mystique pour jouer dans “bombarde et clavier” après avoir joué dans les “trompettes du Mozambique ? D’où te vient cette envie de jouer en église ?
Christophe Morvan : je ne suis pas dans une période mystique. J’aime tout simplement la réverb naturelle que l’on peut avoir dans une église, le répertoire un peu particulier, et le fait que les gens, quand ils daignent venir au concert, sont là pour écouter. Il y a un côté un peu mégalo, mais il en faut un peu, sinon, on reste jouer dans sa cave et on ne fait pas un métier du spectacle.
Et puis, quand on est organisateur, il faut savoir que ce sont les salles de concert les moins chères (Avec Olivier, nous avons organisé la quasi-totalité des concerts que nous avons donnés durant 2 ans : Organisation, presse, affichage, etc,…)…
Et puis musicalement et techniquement, on n’a pas le droit à l’erreur, c’est une espèce de défi à chaque concert. Les gens écoutent, ils sont très réceptifs.
C’est sûr que ça n’a rien à voir avec les trompettes où, même si ça joue faux comme des gamelles, les gens trouvent ça bien quand même …
DN : tu as un surnom ?
Christophe Morvan : non, sauf dans les trompettes du Mozambique, comme tous les musiciens du collectif. Moi, c’est « Tof’ filage ». Allez savoir pourquoi … Mais je n’y joue plus depuis 3 ans pour des raisons professionnelles.
DN : quel est ton meilleur souvenir de musicien ?
Christophe Morvan : j’en ai plusieurs, mais je crois que c’est la première fois où j’ai joué à la kevrenn. Ca y est, j’y étais arrivé. Autrement, peut-être demain…
DN : et ton pire souvenir ?
Christophe Morvan : j’en ai plusieurs aussi, mais je pense que c’est le jour où, à la fin d’une danse du cercle pour lequel nous jouions en public, la pastourelle, danse physique et dangereuse, j’eus la bonne idée d’imiter une sirène d’ambulance et, mon compère (à la cornemuse), n’aimant pas trop la plaisanterie, m’a envoyé une grosse baffe devant un parterre de plusieurs centaines de personnes. Si, si, j’vous jure … Autrement, peut-être demain …
DN : ton rêve de musicien le plus fou ?
Christophe Morvan : faire de la musique, tout simplement.
DN : quels sont tes projets d’avenir ?
Christophe Morvan : monter notre opéra rock que nous avons écrit avec Bertrand Louët. Affaire à suivre…
Finir « le footing du talabarder » (recueil d’exercices pour bombarde).
Enregistrer un CD avec Olivier GUENEGO si on trouve un producteur.
Monter une formule tout seul pour jouer dans les bistrots.
Proposer mes services aux différents bagadoù au niveau écriture, conseil artistique, etc…
Aller dormir parce que je me lève tôt demain…
DN : le mot de la fin ?
Christophe Morvan : ma Clio a été vendue donc n’appelez plus …
Merci d’avoir pensé a moi pour votre « canard ». En 25 ans de bagad, je n’ai jamais eu de photo dans Ar soner, alors un article !!!
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