Publié le 13.11.2007 dans "Entretien avec ..."
Mr Rigotti, cultivateur de roseau et fabricant d’anches
Divroet Ne(w)ez : quand l’entreprise Rigotti a-t-elle été créée ?
M. Rigotti : avant de créer mon entreprise, j’étais comptable dans une entreprise qui fabriquait des anches en Italie. Je suis ensuite venu en France pour monter une filiale directement sur l’emplacement des roseaux. Ça a marché une quinzaine d’année et ensuite l’entreprise a fait faillite. J’ai pu racheter l’entreprise française. À l’époque, il y avait beaucoup de monde qui travaillait dans l’usine car les machines étaient manuelles. Il y avait pas mal de gens du village qui étaient employés là. Ça fait maintenant à peu près 25 ans que l’entreprise Rigotti existe, depuis que j’ai repris la société italienne mais ça fait plus de 40 ans que je fais ce travail.
DN : pouvez-vous nous parler un peu de vos plantations ?
M. Rigotti : nous avons des champs de canne. Nous plantons des racines en rangées sur des terrains. On appelle cette canne “la canne de Provence”, qu’elle vienne d’Italie, d’Espagne ou de Provence c’est exactement la même. D’ailleurs, le terme de roseau n’est pas le bon terme car le roseau pousse en camargue dans l’eau. La canne meurt dans l’eau.
M. Rigotti : nous coupons le roseau en hiver entre décembre et mars quand la canne est en repos végétatif et que la sève descend. On la coupe quand elle a deux ans, sur pieds et il est important de savoir que lorsqu’elle sort de terre elle a son diamètre définitif. Elle ne grossit pas comme un arbre ou une plante. Elle va prendre de l’épaisseur à l’intérieur et grandir, mais ne va pas plus grossir en diamètre.
Puis on stocke la canne droite contre des arbres ou des poteaux jusqu’au début de l’été. Ensuite, on va les plumer, enlever les feuilles et les mettre au soleil sur des grands séchoirs pendant une quinzaine de jours en les tournant. C’est là qu’elles vont prendre leur couleur jaune finale. Ensuite on va les stocker, on a actuellement deux ou trois ans de stock. Vient alors l’étape où l’on débite la canne à la scie, on enlève les noeuds qu’il y a entre chaque section. Ensuite on les mesure et suivant les diamètres, les tubes seront destinés à faire des anches de clarinette, hautbois, baryton, basson, etc. On a un atelier qui est à 200 mètres de l’usine et qui s’occupe de cette partie du travail.
DN : quelle exposition donnez-vous à vos champs ?
M. Rigotti : les champs sont généralement exposés en plein soleil et aussi au vent, c’est ce qui lui donne cette qualité. Nous n’avons pas d’arrosage mais les plantations sont sous des nappes phréatiques et la canne arrive, par capillarité, à trouver les ressources nécessaires. Les années de sécheresse ne sont pas très bonnes pour la canne.
DN : quelles sont les caractéristiques du terrain ?
M. Rigotti : c’est un sol acide, une terre d’alluvions. On a essayé d’apporter des engrais chimiques mais on n’a obtenu très peu de réaction. On a de meilleurs résultats en apportant les déchets d’usine que nous avons, qui sont d’origine organique (déchets de canne, tonte de gazon, etc.).
Il faut savoir que les plantes sauvages et celles cultivées ont exactement les mêmes caractéristiques et la canne qui pousse en Italie, Espagne ou Amérique du Sud est la même que celle que nous cultivons.
M. Rigotti : le roseau est actuellement calibré à la main. En fait c’est une machine qui est approvisionnée à la main et qui sera automatisée l’année prochaine.
L’étape suivante c’est la coupe du tube en longueur, à la bonne mesure suivant le type d’anche qui sera défini. Tout ceci se fait avec des machines. On va fendre le roseau, en trois pour le basson, en quatre pour clarinettes, saxophones, et ensuite pour les anches simples elles vont passer sur une fraiseuse trois têtes qui va faire le plat de l’anche. On va alors couper les côtés avec une autre machine qui s’appelle une “coupe-largeur “puis elle passera ensuite dans une bizuteuse automatique pour lui donner la forme désirée. On coupe ensuite la pointe de l’anche, on mesure sa flexibilité et on la tamponne. Enfin, elles sont mises en boîte à la main ce qui permet de faire une sélection à l’oeil.
DN : comment vendez-vous la canne et les anches ?
M. Rigotti : nous exportons la canne dans le monde entier, en Chine, en Argentine, en Espagne, en Italie… En France nous avons un gros avantage ici et surtout dans le Var, c’est le vent qui souffle très fort par moments, jusqu’à 120 km/h, et bien sûr la canne ne casse pas. En fait, elle fait de la gymnastique en grandissant, elle prend du ressort, du rappel, elle fléchit mais ne casse pas. Dans d’autres pays où il y a les même températures on fait pousser de la très belle canne, très grosse, mais qui n’a pas cette élasticité que nous avons ici. Les anches que nous fabriquons ont une durée de vie plus longue grâce au vent.
D’ailleurs, quand les bassonistes viennent choisir la canne qui fera leurs anches ils la plient, la vrillent, pour tester son ressort, voir comment elle revient.
DN : qui sont vos acheteurs ?
M. Rigotti : nos ventes se font à 95 % à l’étranger, ça va de l’importateur pour un pays jusqu’au musicien.
Categories
- A la découverte (12)
- B.A.S : Bon A Savoir (17)
- C dans l’air (2)
- Echo des sonneurs (7)
- Entretien avec … (21)
- Istorioù (3)
- Keleier Breizh (7)
- Le coin du sonneur (14)
- Mémos d’assos (3)
- Petra Lavarez (3)
- Rencontre avec … (2)
- Tribune libre (10)
- Vie des groupes (3)
- Quelques Liens
- Téléchargements
- Votre avis nous intéresse
Aucun commentaire
Laisser un commentaire | Flux rss des commentaires de cet article| trackback uri