Publié le 29.11.2007 dans "B.A.S : Bon A Savoir"
Elsa Bilien et Antoine Perhirin, co-organisateurs du concours « la Plume de Canard »
Divroet Ne(w)ez : pourquoi la plume de canard ?
Elsa Bilien & Antoine Perhirin : il existe la plume de paon à Quimper alors nous avons voulu trouver un nom à ce concours de couples que nous avons créé. Comme le canard est notre emblème et qu’il a des plumes nous avons décidé de l’appeler « la plume de canard ».
DN : quel est le but de ce concours ?
EB & AP : il y a un fest-noz le soir, précédé d’un apéro animé alors on a décidé de faire quelque chose de sympa l’après-midi, donc un concours couple. C’est original puisqu’il n’y en a jamais eu à Briec auparavant et l’organisation ne prend pas trop de temps. Ce concours n’est pas éliminatoire pour Gourin mais peut servir de répétition pour les sonneurs de couples parce que le terroir imposé (Basse-Bretagne) est très large en musique à danser et les sonneurs, quelque soit le niveau et la catégorie, peuvent venir répéter pour leur prochain concours, que ce soit pour les éliminatoires ou même Gourin. Pour l’association Bagad Briec, ça nous permet de bouger sur des projets de ce genre et faire connaître le bagad par des concours et le fest-noz.
DN : qui organise et comment ça se passe ?
EB & AP : c’est le bagad Briec et plus particulièrement le pupitre bombarde qui est à l’origine de ce concours. On est assez nombreux et on trouve toujours des bonnes volontés pour donner un coup de main et organiser tout l’après-midi. On peut s’inscrire sur internet par le biais d’un lien sur le site du bagad Brieg. On y trouve le règlement, le terroir demandé, les horaires… Il est aussi possible de s’inscrire sur le lieu même du concours pour ceux qui n’ont pas internet ou qui se décident à la dernière minute. Ce concours est ouvert aux couples de sonneurs, de toutes provenances, novices ou confirmés, bombarde/biniou kozh et bombarde/cornemuse écossaise, toutes tonalités.
La participation est gratuite et les concurrents doivent interpréter une danse ou suite de danses de Basse-Bretagne. La durée de la prestation est comprise entre 5 et 10 minutes.
DN : depuis combien de temps existe-t-il ?
EB & AP : c’est la troisième édition ! Le nom commence à se faire connaître mais ce n’est pas encore un standard de concours de couple en Bretagne. Les participants sont plus des amis qu’on motive dans les bagadoù et le bouche à oreille va se renforcer de plus en plus. Cette année on a mis un formulaire d’inscription sur le site internet mais comme le concours n’est pas très connu le nombre d’inscription n’est pas très élevé ; ceci dit, c’est très bien pour une troisième année. Entre huit et dix couples de tous les niveaux c’est satisfaisant.
DN : et les juges ?
EB & AP : le jury comprend de 4 à 6 membres, tous nommés par le comité organisateur du concours.
Les juges sont contactés un mois à l’avance et on essaie de choisir un chanteur, un joueur de cornemuse, de bombarde, de kozh pour varier et avoir des avis différents. Un spécialiste de danse peut être aussi appelé. Ça se passe toujours très bien.
DN : qu’est ce qui est jugé ? La technique ? Le terroir ?
EB & AP : c’est plutôt la dansabilité et l’expression ; Après c’est l’accord, la technique, c’est ce qui va les départager. Il n’y a pas de critères vraiment définis comme en bagad, il n’y a pas de grille.
Il y a des prix aussi, on les gâte bien. Il y a des paniers garnis avec des T-shirts, des CD, des livres, à manger et à boire, … Cette année nous avons fait faire un trophée par Laurent Guillou. Il est en porcelaine fabriqué par la faïencerie Henriot. Il sera remis en jeu tous les ans et restera la propriété du couple qui le gagnera trois ans de suite.
Chacun, au sein du pupitre Briec, va se regrouper et se serrer les coudes pour la recherche de lots, de partenaires. Depuis la création on ne cesse pas de monter, de se faire connaître chez ces partenaires qui nous suivent. Pour les juges, ce sont des gens que nous connaissons musicalement et qui sont des références dans le milieu mais qu’on ne connaît pas forcement très bien. On change chaque année afin de pouvoir les connaître, ils viennent aussi participer à la vie du bagad, ça nous permet d’apprendre de nouvelles choses avec eux. Ça permet de faire connaître le concours. A noter qu’un des juges qui a jugé l’année dernière a participé à cette session comme quoi l’idée fait son chemin. Le constat est que le concours s’affirme chaque année.
DN : quelle est la différence avec les autres concours ?
EB & AP : le terroir est très large, Basse-Bretagne c’est vannetais, bigouden, de la montagne, c’est vraiment très varié.
Contrairement aux autres concours qui sont éliminatoires Gourin ou ce ne sera qu’un terroir bien précis sur toute la durée du concours. La différence consiste dans la variété.
DN : pourquoi Basse-Bretagne et pas Haute Bretagne ?
EB & AP : parce qu’on est en Basse-Bretagne et que l’on veut centrer sur Briec mais en élargissant quand même. L’année dernière nous proposions sud cornouaillais : bigouden, aven, cap, … et on a préféré ouvrir au vannetais. C’est l’occasion de faire venir des Morbihannais à Briec pour faire un concours en Finistère. Que ce soit chez les participants ou chez les juges on ne va pas mettre un professionnel de la gavotte bigoudène à juger du kas a-barh. Les juges qui étaient à cette troisième édition ont un terroir de prédilection différent. Les sonneurs également. On a un trophée à gagner, de très beaux lots mais ils savent qu’ils ne viennent pas pour une qualification. Ça leur permet de goûter à autre chose, d’élargir et de connaître du monde. Nous voulons montrer que le bagad n’est pas cloîtré, nous voulons voir ce que font les autres. Ces gens là qui nous voient évoluer, évoluent avec nous.
DN : tous les bagadoù n’organisent pas ce genre de choses !
EB & AP : il faut en avoir la possibilité d’organiser un concours et une fest noz toute une journée. Ça nécessite des finances et temps. S’ils en avaient la possibilité, ils le feraient. On a commencé en se disant on va développer notre terroir, puis on a préférer ouvrir. Peut-être que l’an prochain nous ferons terroir Bretagne et pourquoi pas d’autres musiques (polka, tango, …) on ne sais jamais. On a une évolution que ce soit dans la musique ou dans la recherche de sons mais ce n’est pas seulement ça. On est dans une association que l’on fait vivre par ce genre de chose, pas seulement pour la musique. Si on pouvait lancer d’autres groupes qui n’ont pas les moyens pour faire ce genre de concours que ce soit dans le vannetais, dans le Trégor… ce serait vraiment chouette et on irait pas dire « oh ils nous ont piqué notre idée », au contraire ça voudrait dire qu’elle était bonne. Ça prouve que le bagad Briec s’intéresse aussi à la tradition, aux sonneurs de couple. Ça élargit aussi notre image aux yeux des gens.
En musique, avant d’être des musiciens de rock ou de jazz on est des sonneurs de bombarde et quoi de plus trad dans un bagad et avant d’être un sonneur de bombarde on est membre d’une association. C’est ça qui nous fait vivre. Comme le pupitre bombarde est jeune et dynamique donc l’image en général du bagad
DN : c’est ouvert à tous les sonneurs quelle que soit leur provenance ?
EB & AP : Oui bien sûr que ce soit des sonneurs de Bretagne ou hors Bretagne. Le programme étant établi, n’importe quel couple peut concourir.
DN : vous avez des projets ?
EB & AP : on peut être contents du résultat en si peu d’année. Avec un jury qui commence à nous suivre, un nom qui commence à se faire. Et pourquoi pas un jour devenir une référence ou un éliminatoire pour Gourin ou bien alors changer complètement le règlement et permettre à tous les couples participants de jouer ce qu’ils veulent. Ce serait une sacrée innovation ! Pourquoi pas ! Et pourquoi pas proposer des suites traditionnelles et mettre des clins d’oeils comme un thème rock and roll dans la suite et le jury jugerait sur l’originalité ! Du moment que ça respecte la danse. Si quelqu’un met un tango dans une bigoudène et que ça se danse on pensera : « quelle audace ! ». ça rejoint le concours de bagadoù quand quelqu’un va mettre des accents un peu exotiques dans une danse traditionnelle et qui respecte la danse, c’est tout ce qu’on lui demande. Le développement du patrimoine breton ne s’est pas arrêté au milieu du 20e siècle, il évolue en permanence, grâce à ce genre d’audaces… On est fiers d’être bretons mais surtout de faire de la musique. On ne fait pas seulement de la musique bretonne, on fait avant tout de la musique en générale.
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