Publié le 31.12.2007 dans "A la découverte"
Le bagad bro Tolosa (Toulouse)
Rencontre avec Yannig Marchegay, son penn-soner
DN - Depuis quand existe le bagad bro Tolosa ?
YM : le bagad bro Tolosa fait partie de l’association Breizh en Oc, aux objectifs beaucoup plus larges que le seul bagad (promotion de la musique, de la danse et de la culture bretonnes en général). Breizh en Oc a été créé en 2001 et il y a eu dès le début un groupe de sonneurs (uniquement composé de cornemuses et de bombardes).
Cela dit, il a fallu attendre 2003 et l’arrivée d’un ancien sonneur de Vannes, Damien Kerrand, pour que le groupe se structure vraiment : il a commencé à faire de la formation individuelle, à nous faire profiter de son expérience bagad, nous avons gagné en sérieux et en exigence lors des répétitions et des prestations, etc. C’est vraiment à ce moment qu’on peut dire que le bagad est né.
Ces derniers mois, nous avons assisté à l’éclosion du pupitre percus-caisse : une caisse claire a été achetée par l’asso il y a deux ans puis le papa Noël nous a laissé une grosse caisse au pied du sapin et un tri-tom a suivi très peu de temps après. Il ne reste plus qu’à trouver du monde à mettre derrière maintenant. Deux lombardes devraient rejoindre l’association d’ici quelques semaines.
DN - Quel est ton rôle en tant que penn-soner ?
YM : je suis à la fois penn-soner et penn-bombarde. La partie émergée du glaçon est de diriger les répétitions du pupitre bombardes (déchiffrage, répertoire, exercices techniques) et de battre des ailes sans trop faire de courants d’air devant le bagad pour essayer que tout le monde sonne en même temps. La plus grosse partie du boulot (la partie immergée donc, pour ceux qui suivent) est de préparer les répétitions, faire les partitions du pupitre et du bagad (en collaboration avec le penn pib), de définir un plan de formation et le mettre en place (en collaboration avec d’autres motivés).
Même si d’autres que moi seraient capables de mener le groupe (peut-être même mieux), il faut tout de même être très assidu en répétitions et en prestations (quitte à mettre parfois sa vie perso entre parenthèses) afin de conserver une certaine logique dans l’enchaînement des répétitions. Enfin, il faut également motiver les autres pupitres pour étudier leurs besoins, les leur faire formuler, les discuter, les faire voter au CA (vi, je suis aussi au CA, en grande partie pour y représenter le bagad), organiser les stages, prendre contact avec les formateurs et suivre jusqu’au bout, etc.
DN - Les concours ont-ils une importance dans l’évolution du bagad ?
YM : nous n’avons encore jamais fait de concours. Je pense que nous avons maintenant un niveau et un effectif qui fait qu’il pourrait commencer à devenir intéressant de faire des concours. Cela dit, nous n’avons pas les finances pour nous permettre une adhésion complète à BAS national et surtout un voyage sur un lieu de concours (tout de même 1700 km aller-retour pour Carhaix par exemple…). On réétudiera peut-être ça quand BAS mettra un système de défraiement moins désavantageux pour les bagadoù lointains ou quand on sera immensément riches. De toute manière, BAS national a considéré que nous n’étions pas dignes de faire partie de la famille puisqu’ils ont rejeté notre candidature en novembre dernier. La pilule ne passe toujours pas, ça reste encore en travers de la gorge donc il faudra un bon moment pour éventuellement passer l’éponge. Enfin, on y survit très bieng.
Alternativement, j’ai convaincu une dizaine de bombardes de Toulouse de participer au concours de bombardes de Menez Meur 2007. En effet, Florian Nicolas (qui a créé l’ensemble de bombardes divroet il y a 5 ans) m’a embauché pour monter un deuxième groupe (Sonerien divroet 2) donc j’en ai profité pour emmener quelques-uns du pupitre toulousaing avec moi :o) Ce devrait être encore le cas cette année.
DN - Vous vous produisez beaucoup en dehors des concours ?
YM : ben tout le temps du coup ! Plus sérieusement, on doit faire 10-15 sorties par an, entre le bagad, les sorties où ce sont des couples qui interviennent et quand il faut accompagner les chorégraphies. Il faut dire que nous n’avons pas grande concurrence dans le coin. Pour trouver un bagad, il faut aller jusqu’à Bordeaux à l’ouest ou Marseille à l’est, c’est vrai que ça aide à beaucoup tourner dans l’année mais on commence à refuser quelques prestations, car nous ne pouvons honnêtement pas mobiliser 15-20 musiciens tous les week-end.
DN - Quel est le rythme de vos répétitions ?
YM : notre répétition principale est le vendredi soir, de 20 h à 22 h 30 ; nous y faisons de l’ensemble, c’est pour cette raison que nous ne nous voyons pas toutes les semaines. En parallèle, les bombardes font du pupitre le lundi. Les débutants se réunissent pour faire du “practice-band” tous les jeudis soir sous l’égide de deux formateurs de chez nous et les cornemuses plus confirmées font de l’instrument après.
DN - Quel est votre répertoire principalement ?
YM : au point où on en est, on peut faire de l’exhaustif.
Nous avons un kas abarh (Biturig), un avant-deux de traviole, un ton simpl gavotte, une ridée 6, une marche et un lard ridé huuuuuuuiiiiiit temps (tout nouveau, qui a détrôné un autre laridé 8). Suivant la durée de la prestation, nous intercalons des couples (en particulier pour compléter la suite gavotte) : cela permet de faire une partie plus longue, de varier plus encore les danses et cela ne fait pas de mal à certains de se reposer un peu, le temps d’un morceau, avant de reprendre de plus belle. Un pilé menu et un Saint-Vincent (sur Toul’Oust !) s’apprêtent à se faire une place au soleil. Je prévois également d’adapter la suite de Menez Meur 2007, à laquelle un certain nombre de bombardes toulousaines ont participé, pour l’ensemble du pupitre bombardes toulousaing.
DN - Les membres du bagad sont-ils essentiellement bretons ? Pas de gens du cru ?
YM : en fait, il y a un peu de tout : des Bretons qui arrivent sur place formés et qui viennent jouer avec nous, des pas-du-tout-Bretons qui s’y mettent sur Toulouse et, notre petite fierté, quelques Bretons qui découvrent ça sur Toulouse, apprennent un instrument ici puis reviennent en Bretagne. Bon, nous n’en sommes pas au statut de fournisseur officiel de bagadoù bretons mais ça fait du bieng au moral !
Nous sommes également très contents d’attirer du monde qui n’a rien de breton, généalogiquement parlant tout au moins.

DN - Qui a décidé du choix de la tenue ? Comment cela s’est-il décidé ?
YM : le choix d’une tenue est toujours difficile car absolument rieng ne peut faire l’unanimité dans un groupe d’une vingtaine de personnes. C’est donc la junte au pouvoir qui a un jour jugé bon d’harmoniser la tenue des sonneurs en plus de la musique. Il a donc été décidé de faire des T-shirts rouges (comme la brique de notre vieille ville) et de mettre un pantalon ou une jupe noire. De nouveaux sonneurs sont arrivés, le stock de T-shirts a tari et j’ai donc commencé à lancer le projet de vrais gilets pour le bagad. Dès que j’aurai assez de monde pour donner un coup de patte, on donnera le coup d’envoi de la réflexion approfondie à ce sujet puis sa réalisation.
DN - Quels sont les projets d’avenir pour le bagad bro Tolosa ?
YM :Bagad + bagadig : projet de longue date mais que je n’arrive toujours pas à mettre en place car je suis débordé. Nous sommes entrain de voir au sein de l’association comment construire ce projet avec l’aide d’autres sonneurs. L’idée serait la suivante : à partir du moment où certains arrivent à déchiffrer et atteindre un niveau “opérationnel” rapidement sur les morceaux et que d’autres mettent plus de temps => essayer de dégager des temps seulement pour “bagad A” et d’autres seulement pour “bagad B” ou bagadig. Ainsi, tous les sonneurs y trouveraient leur compte, quel que soit leur niveau, au lieu de niveler par le bas. Aussi longtemps que je serai le seul à gérer le groupe bagad, ce sera impossible donc je garde le projet dans la manche. Bieng sûr, cette “séparation” n’aurait lieu que sur un ou deux morceaux, l’objectif n’est pas de faire deux groupes distincts, c’est bieng au contraire pour conserver son unité que je souhaiterais mettre ça en place.
Spectacle Breizh en Oc complet : c’est une idée qui me trotte dans la tête depuis un bon moment mais que je n’ai pas encore pu concrétiser étant donné le jeune âge de notre association et les effectifs. L’idée serait la suivante : un spectacle qui permettrait de mettre en avant toute l’asso => bagad, sonneurs de tout poil, choré, autres danseurs, chanteurs, etc. Quand j’aurai un peu moins la tête dans le guidon avec les partitions du bagad et celles de Menez Meur, je pense que j’entamerai l’écriture de ce projet et on verra bieng quand ça pourra se faire.
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