Publié le 23.02.2008 dans "Entretien avec ..."
Jean-Yves Elaudais - Directeur de BAS National
Divroet Ne(w)ez: Jean-Yves, tu as commencé ta carrière de sonneur en tant que divroet. Peux-tu nous parler de tes débuts ?
Jean-Yves Elaudais : en effet, j’ai commencé ma carrière de sonneur au bagad de Tours. C’était une association qui s’appelait la Fédération des Bretons de Tourraine et qui regroupait un bagad et un cercle. À l’époque c”était un peu comme les cheminots de Carhaix, ils étaient affiliés à l’UAICF (union artistique et intellectuelle des chemins de fer). Cette association a été créée dans les années 1920. On faisait des sorties, comme beaucoup de bagadoù à l’époque. Les gens du bagad se transformaient en danseurs car ils ne faisaient pas danser à l’époque. Le répertoire était essentiellement des marches et quelques mélodies. C’était un couple de sonneurs qui faisait danser au fest-noz.
Très peu de gens lisaient la musique en ce temps là
J’ai commencé au bagad de Tours en 1963 et j’en suis parti en 1976. C’est là que j’ai été formé, à la bombarde. Quand tu rentrais dans un bagad à l’époque, la cornemuse était réservée à ceux qui avaient des capacités musicales, ceux qui avaient déjà fait de la musique avant. J’ai commencé la cornemuse un an après car j’avais des notions de solfège, ayant pris des cours de violon au conservatoire de Tours. Très peu de gens lisaient la musique en ce temps là. J’ai commencé sur une cornemuse Hardy, que j’ai revendue par la suite.
DN : As-tu de bons souvenirs de cette période ?
JY.E : oui bien sûr. C’est là que j’ai tout appris. Contrairement à aujourd’hui où les gens viennent au bagad comme des consommateurs, à cette époque quand on apprenait la cornemuse ou la bombarde c’était un peu par militantisme. On voulait montrer notre identité, notre culture différente, ce qui n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui. On a eu la chance d’avoir des cours avec Patrick Malrieu qui habitait près de Tours à l’époque. Il venait régulièrement nous donner des cours d’histoire de la Bretagne. On était formés à la musique et on avait en même temps des cours d’histoire. C’était vraiment bien.
à cette époque quand on apprenait la cornemuse ou la bombarde c’était un peu par militantisme.
DN : Jean-Yves, tu es à la BAS depuis combien de temps ?
JY.E : je suis à la BAS depuis 1963 car j’ai commencé à sonner à cette époque, et quand on appartient à un groupe, on est forcément fédéré à la Bodadeg Ar Sonerion.
DN : comment perçois-tu l’évolution des bagadoù depuis cette époque ?
JYE : en 44 ans d’expérience de sonneur je pense que la musique a évolué bien évidemment, dire le contraire serait une utopie. On peu dire que ça a évolué par paliers de 10 ans, ce qui ne veut pas dire que la musique évolue tous les 10 ans mais elle subit une évolution à peu près toutes les décennies.
Le bagad est devenu au début des années 2000 un véritable orchestre
Dans les années 60 à 70 il y a eu l’influence des grands groupes qu’on a bien connu à cette époque là comme la Kevrenn de Rennes, Brest Sant Mark et le bagad Bleimor bien sûr. Après il y a eu l’époque des années 70/80 où on a vu apparaître notamment la Kevrenn Alre, c’est à partir de ce moment là qu’elle a fait son entrée dans l’élite des bagadoù. Puis après il y a eu les années 80/90 où on a vu à nouveau la musique dela Kevrenn Alre se modifier, s’amplifier, se moderniser, s’adapter, et également l’apparition d’autres groupes comme Lokoal Mendon, Quimperlé qui a fait des choses un peu jazzy. Et puis après il y a eu la mouvance 90 jusqu’à nos jours où tous ça s’est mélangé et tous les groupes ont apporté un petit peu leur savoir-faire en pompant dans ce qui se faisait, en améliorant, en modifiant etc et le bagad est en fait devenu au début des années 2000 un véritable orchestre.
DN : peux-tu nous parler du tuilage dans les concours et nous dire comment vous en êtes arrivés à BAS à cette organisation ?
JYE : en fait on a instauré ce système de tuilage dans les concours parce qu’on s’est aperçu que le bas de tableau d’une catégorie était égal au haut de tableau de la catégorie qui la suivait, et au vu des commentaires des juges on s’est dit pourquoi pas faire un système de tuilage que tout le monde connaît maintenant au sein des groupes, à savoir que la première moitié de tableau du concours de printemps concourt avec la deuxième partie de tableau de la catégorie qui précède excepté pour la première catégorie qui concourt toute seule pour le maout à Lorient.
En fait, ce tuilage a été fait pour classer les groupes et au début on s’est un peu demandé comment ça aller fonctionner. On s’est rendu compte que ça a créé une certaine émulation dans les groupes puisqu’il nous suffit de voir maintenant qu’à l’issue des résultats au concours de printemps, à partir du moment où on annonce (puisqu’on commence par la fin) les groupes qui sont dans la catégorie la plus haute de leur tuilage, on commence à avoir des cris dans la salle, c’est donc que les gens se sont dit il faut qu’on travaille, il y a un concours dans le concours c’est à dire qu’il y a le concours évidemment où les groupes visent la première place et il y a le reste et l’important pour les groupes c’ est aussi d’être dans la première partie de leur catégorie. Ça stimule les gens, ça les fait travailler. À l’origine les concours sont fait pour ça. D’ailleurs on n’a pas parlé de ça mais il serait bien de dire que si on n’avait pas instauré les concours dans les bagadoù on n’en serait certainement pas là aujourd’hui.
Par contre, il est évident que ça marche bien pour la première catégorie, la seconde et la troisième. Pour la quatrième on est en train d’étudier un système. On a fait monter des groupes de 5e en 4e mais on n’a pas encore envisagé la descente de groupes de 4e vers la 5e catégorie, ce qui fait qu’on a donné un numérus closus pour chaque catégorie. Il y a 15 groupes de la 1e catégorie à la troisème. En quatrième il y a environ 21 groupes succeptibles de concourir en 2008 ce qui fait qu’on n’a pas fait de tuilage pour cette catégorie là, c’est à dire que la 4e concourt en entier avec la deuxième partie de tableau de la troisième catégorie, et donc là c’est pas bon parce qu’on pourrait se retrouver avec 21 groupes de 4e à concourir avec 7 groupes de 3e. On a donc envisagé de créer des poules que l’on va mettre en place pour la saison 2008. Je ne sais pas encore bien comment ça va se passer, est-ce qu’on va faire 2 poules, est-ce qu’on va dire la première partie de tableau de 4e va concourir avec les 3e, et un seul concours pour la seconde partie de tableau de 4ème, ça je ne sais pas encore, on va décider ça à la prochaine réunion de la commission juges. Mais bon, il faut qu’on fasse quelque chose parce que ça entraîne de gros problèmes de logistique d’avoir 21 voire 25 groupes, on ne sait pas encore puisqu’on n’a pas mis de numerus closus sur cette 4e catégorie. Et pour le jury qui doit juger 21 groupes ça devient très difficile. C’est pourquoi on a décidé de s’orienter sur un système de poules dès le prochain concours.
DN : penses-tu que la formation au sein des groupes soit suffisamment axée sur le travail de style et de mode ?
JYE : c’est une excellente question et je dirai que malheureusement ce n’est pas le cas dans certains groupes parce qu’ils sont jeunes, parce qu’ils n’ont pas l’expérience, parce qu’ils n’ont peut-être pas des gens suffisamment formés ou informés pour pouvoir le faire. C’est un gros travail que l’on essaye de faire dans nos stages, notamment les jeunes qui viennent ici au stage de noël on leur consacre une partie de la journée pour leur parler des différents terroirs musicaux en Bretagne. Mais c’est vrai qu’il y a certains groupes qui ne sont pas du tout informés de cette notion de terroir. Je dirai aussi que c’est le revers de la médaille du succès de la musique bretonne puisqu’on trouve maintenant dans les groupes des gens qui viennent souffler dans une bombarde ou une cornemuse au même titre qu’ils iraient faire du piano ou du violon dans un orchestre sans se soucier de toute la richesse des terroirs, et pourquoi on sonne plinn comme ça et pas autrement. C’est vrai que pour nous c’est un gros problème cette formation.
Les groupes qui sont demandeurs et qui reçoivent une formation de BAS ont cette approche par nos formateurs mais il y a des groupes qui travaillent seuls, sans aide extérieure et malheureusement on n’a pas la main mise sur ces groupes, mais j’ose espérer quand même que les groupes sont de plus en plus sensibilisés à cette notion de terroir.
DN : penses-tu que la parade des Champs Élysées aura une répercussion sur la musique bretonne et la BAS ?
JYE : comme on dit, il faut savoir surfer sur la vague. On a su le faire dans les années 70 où il y a eu tout ce mouvement avec Alan Stivell et tous ces groupes, Sonerien Du, les Dialoued ar Menez et compagnie. On a su profiter de cet effet populaire de prise de conscience de notre musique. On a voulu faire la même chose à Paris. d’abord c’était quoi la Breizh Touch à Paris ? C’est un phénomène de masse, on a réussi quand même à faire jouer des groupes (y’a pas eu que la parade hein) de première et seconde catégorie qui ont eu les moyens de s’ exprimer sur les côtés des Champs Élysées après la Breizh parade. Ça a été retransmis à la télévision, et c’est dommage que la télé n’ai retransmis que la parade et non pas tous les concerts qu’il y a eu autour. Un de nos soucis d’ailleurs c’est que sur des millions de téléspectateurs qui ont pu voir cette émission, tout ce qu’ils ont vu ce sont des groupes défiler en ordre militaire et non pas des groupes pouvant s’exprimer musicalement dans des concerts, et c’est un peu dommage. Mais de toutes façons il y aura sans doutes des retombées ne serait-ce que via les festivals, comités des fêtes etc, et un autre aspect qui n’est pas négligeable non plus c’est que, puisque ça a été bien médiatisé et que l’on a toujours besoin d’argent, aussi bien à BAS que dans tous les groupes, c’est donc une façon de se retourner vers les mécénats d’entreprise pour des aides financières puisque l’impact a été important.
DN : est-ce que c’est quelque chose qui risque de se refaire ?
JYE : alors là on n’est pas maître de ça. Je ne sais pas si ça risque de se refaire mais il faut savoir que c’est une très grosse manifestation. Ça ne se met pas en place comme ça. Il faut obtenir des accords, d’ailleurs l’accord numéro un c’est celui de la préfecture de police de Paris, c’est elle qui décide des grosses manifestations publiques dans les rues de Paris. C’est quand même des moyens énormes à mettre en route. Il y aura peut-être, sans doute autre chose, on a une réunion bientôt avec Jean-Yves Le Drian qui est le Président de la région, pour faire le bilan de tout ça, donc on en saura un peu plus. C’est vrai que juste après la manifestation tout le monde était un peu euphorique et disait qu’il fallait refaire ça mais bon, maintenant que c’est un peu retombé on se dit que c’est quand même dur à mettre en place. il y aura sans doute quelque chose à Bruxelles en 2008 avec de plus petits moyens et pourquoi pas dans une autre capitale européenne mais bon pour l’instant y’a rien de fait.
DN :comment est venue cette idée de la Breizh Touch ?
JYE : Il faut savoir que Jean-Pierre Pichard qui est à l’origine du premier stade de France qui se déroulait sur deux jours le vendredi et samedi, avait obtenu de la préfecture de police de faire jouer les groupes sur le Champs de Mars. Et l’idée est partie de là, pourquoi pas faire défiler les bagadoù sur les Champs Élysées Puis l’idée a mûri. C’est vrai que faire défiler les bagadoù sur les Champs Élysées était une bonne idée mais il fallait autre chose derrière pour amener ça, et Jean-pierre a donc proposé ça à la région qui a dit oui et c’est là qu’on s’est dit que l’on allait faire une opération promotion de la Bretagne à Paris.
DN : vous venez de recruter un nouveau correspondant pour le journal Ar Soner ?
JYE : alors, c’est pas un correspondant, c’est un salarié qui a été embauché pour l’élaboration de Ar Soner mais pas que pour ça. Il s’occupe aussi de toutes les plaquettes que l’on fait pour les différents concours, les jaquettes de disques, toutes nos éditions confondues, et puis il est aussi chargé de la communication au sein de BAS.
DN : peux-tu nous rappeler un peu des chiffres, par exemple combien y at-il de bagadoù au sein de la BAS ?
JYE : il y a environ une centaine de groupes inscrits avec les bagadig et ça représente en gros 8 000 à 10 000 sonneurs. La plus grosse fédération de BAS étant Pen Ar Bed. Quant à Ar Soner il est édité à 3800 exemplaires. On l’expédie aux quatre coins du monde, USA, Nouméa, Europe etc.
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