Un penn sonneur : Romain SPONNAGEL

Divroet Ne(w)ez : Quel est ton parcours musical ?

Romain SPONNAGEL : j’ai commencé par apprendre la bombarde à Landivisiau, mon prof était Christophe Pervès, il a su me transmettre une passion, un amour de l’instrument et je l’en remercie encore ! Après la bombarde, j’ai commencé la clarinette classique, la cornemuse, on avait la possibilité de faire un peu de piano le midi au collège.

J’ai commencé au bagad Landi au sein duquel j’ai aussi joué un peu de cornemuse. Après le lycée, j’ai joué de la clarinette à l’orchestre symphonique universitaire de Brest, c’est là que j’ai pris la décision de tenter de faire de la musique mon métier.

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J’ai ensuite quitté la fac d’anglais de Brest pour commencer la fac de musique à Rennes. Mais à Rennes, il n’y a avait plus de bagad, alors avec l’aide de Ronan Oillic, on a remonté le bagad de Rennes ! Aujourd’hui, c’est un bon groupe en devenir avec une école de musique qui décolle ! Quand on a créé ce groupe, j’ai quitté le bagad de Lorient pour consacrer plus de temps au bagad Roazhon. Ensuite j’ai découvert le côté associatif en devenant vice-président de Skeudenn Bro Roazhon (organisateur entre autre de Yaouank), j’y ai beaucoup appris grâce à une équipe formidable d’employés et de bénévoles.

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Maintenant, je donne des cours de cornemuse, bombarde et clarinette depuis 5 ans, il m’arrive d’écrire à la demande pour des formations en tout genre (pas que bagad), et évidemment je joue à toutes les occasions qu’un sonneur peut jouer.

DN : depuis quand existe la Kerlenn Pondi ?

RS : Kerlenn Pondi, est née à l’automne 1953.

En 50 ans d’existence, le groupe a beaucoup évolué. Il a su très tôt - dès le milieu des années 60- passer de simple association de loisirs dite « folklorique » à « Ensemble culturel ». C’est sous l’impulsion de l’abbé Marcel Blanchard, directeur musical de l’époque, que le groupe a opéré un tournant radical, revendiquant une démarche culturelle volontariste très active à l’origine de collectages, recherches, innovations :

- L’association du bagad et du cercle en 1968 pour la première fois en spectacle.

- Sauvetage et remise à l’honneur des laridés pontivyens (également appelé fest a gren et laridé-gavotte)

- Lancement de l’association bombarde et orgue.

- Le saut de la gavotte pourlet également,… adapté à la scène par l’abbé Blanchard et devenu la “norme” aujourd’hui.

- Une des premières utilisations des rythmes asymétriques dans la musique vannetaise pour bagad.

- Une des premières directions de bagad ? Probablement même la première.

- cours de breton.

- première association bagad/cercle.

L’histoire de la Kerlenn est longue et passionnante, il faudrait consacrer plusieurs pages à ce sujet !
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DN : quel est ton rôle en tant que Penn Sonneur ?

RS : mon rôle principal est de coordonner la création musicale : être moteur sur différents projets, proposer des rencontres, coordonner l’écriture musicale de Kerlenn Pondi.

Après il y a tout le travail de répétition, comme tous les pennoù. C’est passionnant, on rencontre beaucoup de monde et on fait souvent de belles découvertes!

DN : les concours ont-ils une importance dans l’évolution du bagad ?

RS : moins maintenant. Il est probable qu’à une autre période de la vie du groupe, ce fut le cas. Aujourd’hui, un résultat de concours n’influence plus ou peu la vie du groupe: La suppression des terroirs au concours de printemps et la rigidité du règlement à Lorient entraine une sorte de “stérilité créatrice” ( dans les subtilités de terroir à Brest et dans la création à Lorient) qui tend à l’uniformisation plutôt qu’à la diversité, sans évoquer le déséquilibre entre Brest et Lorient ainsi que le système de tuilage qui nous écarte d’une lisibilité grand public et enlève de l’intérêt aux concours.

En ce qui nous concerne, nous avons fini 5e à Lorient, c’est bien. Nous finissons 8e à Brest, c’est moins bien mais cela ne change rien et ne remet absolument pas en cause la démarche culturelle de Kerlenn Pondi et les qualités humaines et musicales de ses membres : danseurs et sonneurs.

Pour nous, les créations, les échanges et les voyages sont autant d’objectifs où la qualité exigée est la même qu’aux concours.

« Sans la langue bretonne, il n’y a plus de musique bretonne… »

Le travail nous rapproche et dans ce travail, c’est la défense et la survie d’une partie du patrimoine immatériel breton qui nous motive.

Les concours ont cependant permis d’atteindre un niveau musical surprenant pour beaucoup de groupes.

Il faut utiliser ce niveau pour servir nos revendications culturelles et identitaires. Sans la langue bretonne, il n’y a plus de musique bretonne, sans musique plus de danse, sans danse plus de fest-noz … et on achèverait la francisation de la Bretagne… Les miettes qu’il nous reste, c’est de l’or, et cela se respecte sans limite.

DN : vous vous produisez beaucoup en dehors des concours ?

RS : les concours ne monopolisent que 3 mois de travail dans l’année pour le groupe. Par contre c’est vrai que ce sont des moments où l’on se voit encore plus, donc c’est l’occasion d’avoir une vie de bagad passionnante. Sinon il reste 9 mois dans l’année !! Pour faire en moyenne 15 à 20 sorties par ans : des voyages à l’étranger bien sûr, Chine, Açores, Italie… mais aussi des concerts et spectacles d’une demi-heure à 1h30 avec le cercle, des journées de conférences à la Kerlenn…

« l’idée de partager et de diffuser notre culture nous anime »

On met aussi en place les festivités de novembre, week-end ou a lieu notamment la finale du championnat des batteurs solistes, des concerts des fest-noz, des concours soliste cornemuse tout niveau…

Cette année nous partons 15 jours à Porto au Portugal juste avant le festival de Lorient. A la kerlenn, c’est l’idée de partager et de diffuser notre culture nous anime.

DN : quel est le rythme de vos répétitions ?

RS : on adapte le programme des répétitions à notre agenda de concerts. Ça peut aller de la semaine de repos au week-end entier de stage.

DN : quel est votre répertoire principalement ?

RS : notre répertoire à l’heure d’aujourd’hui est constitué d’un concert d’une heure et demie en bagad-cercle, avec différentes formules : bagad / couple / accordéon, clarinette, chant…. Nous avons mis en place un concert bombardes et orgue aussi avec le pupitre bombarde et le Chœur d’hommes « Kaloneu derv bro Pondi ». Nous sommes aussi en train de finaliser un répertoire fest-noz en collaboration avec le groupe Ampouailh : un mélange détonant! Il y aura un air en commun sur leur prochain disque qui sortira le 31 mai à Coat-Favan : le répertoire n’est pas issu de suites de concours mais est écrit pour le groupe kerlenn / Ampouailh et tout pour la danse !

DN : les membres du bagad sont-ils essentiellement Bretons ? Y a t il quelques sonneurs d’origine divroet ?

RS : je me permets d’indiquer que le mot divro signifie hors du pays mais aussi “sans pays” ou “apatride” c’est à dire sans nationalité reconnue (d’après le dictionnaire francais). Dans ce sens, tous les Bretons sont donc des divroet !
Nous sommes tous Bretons sans nationalité bretonne reconnue. Il ne faut pas avoir peur de dire la vérité : ce n’est pas pour rien que l’État français se fait souvent taper sur les doigts par l’UNESCO ou le Conseil de L’Europe au niveau des Droits de l’homme ( dans un rapport des nations unies sur la situation des minorités nationales en France en 2008, Karen mac Douglass, émissaire des nations-unis parle d’un ” racisme pernicieux !!” et de discrimination à l’égard des bretons et bretonnes.
Il n’est pas normal d’être un divroet dans sa propre nation au 21e siècle !!! Ce modèle de société mono culturelle n’existe qu’en France !! en Turquie aussi… La Chine, elle continue la colonisation du Tibet en mimant un esprit bien français de culture dominante - culture dominée. Au moins en Chine, il n’y a pas que le mandarin comme langue officielle… chaque être humain est autorisé et encourager à parler la langue de sa région.

Dans le sens où vous posez votre question, il n’y a pas à ma connaissance de sonneurs d’origine divroet à la kerlenn, mais il y a des sonneurs qui ont été obligé d’aller en France pour leurs études ou leur travail et qui sont toujours partant pour donner un coup de main aux sonneurs divroet. A ce titre, nous revenons d’Avignon ou il nous a été permis de jouer avec le bagad d’Aix sur la place du palais des papes, tout un symbole!

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DN :qui a décidé du choix de la tenue ? Comment cela s’est-il décidé ?

RS : il n’y a pas eu à décider du choix du costume à la Kerlenn. Les hommes ont abandonné le costume après la première guerre mondiale, et les femmes l’ont porté jusqu’à la fin des années 70 dans le pays de Pontivy. Ce costume est appelé “Deved Gwenn”. On joue souvent en chemise noire ou de couleur selon les occasions : surtout pour les fest-noz ou les concerts et lorsque nous intervenons dans le pays de Pontivy en dehors des spectacles.

DN : Quels sont les projets d’avenir pour la Kerlenn Pondi ?

RS : pour l’instant, nous travaillons sur une collaboration avec un groupe du Zanzibar dans le cadre du festival « Bombardes autour du monde » de Klegereg organisé du 4 au 9 mai 2009. Nous préparons également le répertoire de fest-noz avec le groupe Ampouailh en prévision de Coat-Favan ou Yaouank. Nous commençons aussi à prendre différents contacts pour l’année prochaine en vue d’un échange éventuel avec des joueurs de Muhali de la région de Katmandou, car nous sommes invités au festival de Katmandou en mars 2010. Le défi est de boucler un budget !

On a aussi le concert bombardes, chœur et orgue à développer et enrichir.

Et d’autres projets suivront ceux là, tous seront dans l’esprit de la musique populaire pratiquée dans le pays de Pontivy : Le but étant de sauver, défendre, respecter et valoriser notre patrimoine breton si fragile, car non reconnu officiellement… Le monde associatif, même s’il est développé et très actif, n’est pas une institution pérenne…

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Romain Sponnagel