Publié le 30.06.2009 dans "Entretien avec..."
BRUNO LE ROUZIC
Bruno Le ROUZIC sonneur de cornemuse ayant joué avec Gildas Arzel, Jean-Jacques Goldman, Renaud, Roger Hogdson des Supertramp, Richard Gotainer, Céline Dion, I Muvrini, Manau, Excalibur, Catherine Lara, etc… a appris à jouer de la cornemuse au bagad Bleimor. Pour plus d’infos voir interview de Bruno Le Rouzic du 21/11/05.
DN : Bruno, parles nous de ton association avec Henderson en Écosse et plus particulièrement les chanters HARDIE.
BLR : Henderson et Hardie sont liés maintenant alors qu’historiquement c’était deux choses différentes. Peter Henderson a commencé à fabriquer des cornemuses aux alentours1845 et il s’est imposé et est devenu un grand nom dans le monde de la cornemuse. Avant lui il y avait McDougall qui est l’ancienne génération des cornemuses et qui étaient en La avec un son très fort, très rond.
Peter Henderson a apporté une très grande richesse dans le son, il a fait un travail énorme sur les harmoniques, une finesse, qui est resté une référence à ce jour.
Bob Hardie qui a fait toute sa gloire après guerre dans les années 60/70 a racheté le nom Henderson. Les Hardie, historiquement, avaient une perce étroite alors que les Henderson avaient une perce plutôt large. Hardie avait tous ses modèles jusqu’au 7 ou 8 argent, (on sait que chaque modèle est numéroté en Écosse) et quand Hardie a racheté le nom Henderson il y a eu une certaine confusion dans les modèles.
A la mort de Bob Hardie le nom a été racheté par la marque « Premier » qui fait les percussions, tambours, batteries etc… et ils m’ont demandé si je voulais être leur agent sur la France, ce que j’ai accepté.
Ils ont repris toutes les côtes et les ont légèrement modifiées pour arriver à quelque chose qui soit au goût du jour. Là je parle des bourdons, pour ce qui est des chanters je leur ai demandé de me faire un chanter avec un pitch plus bas pour la Bretagne à peu près à 446, en leur donnant quelques références et précisions sur ce que je voulais. Ils ont donc appelé leur chanter Hardie/Le Rouzic parce que ça a été fait à ma demande. Je commercialise donc ce produit depuis un peu moins d’un an.
DN: quelles sont les nouvelles de l’école ou plutôt des écoles que tu as créées en Italie ?
BLR: c’est en fait une antenne que j’ai crée plus tard, après la première école qui s’est ouverte en 86. J’y étais allé pour un festival où on m’avait demandé de faire un concert et animer une master class. Tous les musiciens sont donc pratiquement arrivés avec des cornemuses écossaises, un ou deux uilleann pipes mais pas de cornemuses Pakistanaises comme on aurait pu s’y attendre. Tous avaient fait l’effort d’aller en Écosse acheter leur cornemuses. C’était déjà un bon point. J’avais trouvé ça tellement intéressant que j’y étais retourné pour leur amener du matériel, enregistrements, cassettes de technique, détails etc… et petit à petit l’école s’est créée.
Maintenant un élève, Alberto Massi qui a d’ailleurs gagné un concours de Pibroc’h en Écosse, est à la tête de cette école et on a aussi ouvert une antenne dans le Piémont où je vais environ tous les deux mois.
DN: combien y a t il d’élèves entre les deux écoles ?
BLR: à l’école principale il y a beaucoup de monde car ça concerne l’Italie toute entière mais sur la petite antenne dans le Piémont il y a à peu près une dizaine de personnes qui apprennent. La dernière fois que j’y suis allé on a fait un concert et on était 6 cornemuses. J’ai fais diriger un des élèves en étant totalement derrière pour leur apprendre à mener, donner les départs, les arrêts, guider etc…
DN: faites vous venir des intervenants d’Écosse ou d’ailleurs dans ces deux écoles ?
BLR: dans l’école principale, il y a un congrès qui se tient chaque année en Septembre où l’on a déjà fait venir des personnalités comme Bob Wallace, Bruce Gandhi, Willie MacCallum, Roddy MacLeod, Michaël Grey, etc..
DN: les Italiens s’intéressent-ils à la musique bretonne ? As-tu essayé de leur transmettre un peu de ton héritage ?
BLR: au départ je n’ai pas essayé de leur faire jouer des morceaux bretons, pour eux avec une cornemuse écossaise on joue des airs écossais. Le répertoire est donc largement écossais mais petit à petit j’y ai inclus un répertoire breton. Ils connaissent tous la Bretagne, le festival de Lorient, donc ce n’est pas un problème quand j’introduis un répertoire breton, c’est accepté sans soucis, au contraire, mais je ne veux pas l’imposer en nombre par rapport à leurs goûts.
Un orchestre philharmonique dans le coin m’a demandé s’il était possible de faire des chants de noël avec des cornemuses. J’ai donc fais quelques recherches sur les chants de noël en Bretagne, du collectage, et j’ai ramené deux chants de noël. Nous avons fait un concert le 23 décembre dernier avec un orchestre d’une trentaine de musiciens accompagnant les cornemuses. C’était très original.
DN: les Italiens ont-ils un répertoire traditionnel italien ?
BLR : la musique traditionnelle est très développée en Italie et j’avais essayé d’adapter un répertoire à un moment donné mais ça ne les intéresse pas trop.
DN: tu es allé au Liban donner les premiers éléments de formation au pipe band GUIRAB. Parle nous de cette expérience.
BLR: je suis allé pour la première fois au Liban il y a presque 2 ans. C’est l’association “la ligue de l’Enseignement” qui m’a contacté, et m’a demandé de faire fabriquer des cornemuses pour envoyer à des Palestiniens vivant dans un camp de réfugiés au Liban. J’ai servi de négociateur auprès de RG. Hardie pour avoir des cornemuses équipées en fonction de leur climat, poche en gortex et non en cuir, petites valises alu pour la protection des instruments, huile etc. Le tout à des tarifs raisonnables, dans l’idée de les aider. J’ai donc fais expédier ces cornemuses avant d’y aller. J’ai vécu avec eux à l’intérieur du camp pendant 10 jours. J’ai pu constaté les difficultés de leur quotidien, nourriture, eau non potable, électricité bricolée, etc.
Il y avait une trentaine d’élèves en comptant les batteurs. J’ai formé les plus anciens pour qu’ils puissent former à leur tour. On a surtout essayé de travailler en ensemble, l’accord, les arrêts, démarrages etc…
On travaillait dans la journée dans une salle, assis par terre, comme c’est la coutume chez les arabes. L’ambiance était relax mais ils étaient aussi très assidus. Ils ont appelé leur groupe “Guirab” qui veut dire cornemuse en arabe. On travaillait durant la journée dans une salle et le soir en petit comité de 5 ou 6 personnes, au logement assis dans une pièce, chacun son narguilé, jusque 1 heure du matin.
Ensuite pour des problèmes de sécurité je n’ai pas eu l’occasion d’y retourner.
DN: que fais tu en ce moment Bruno ? Joues tu avec quelqu’un en particulier ?
BLR: non, avec personne en particulier, je ne joue plus comme je le faisais avant avec des chanteurs. J’ai en fait arrêté lorsque Jean-Jacques Goldman a pris sa retraite. J’ai toujours voulu expérimenter, chercher des choses nouvelles, et c’est ce que je fais. Je travaille sur de la création. J’ai un CD qui va sortir en juin avec Jean-Pierre ALARCEN qui n’est pas très connu mais pour ceux qui connaissent la guitare c’est un mythe vivant de cet instrument. Il a commencé a jouer il y a longtemps avec Dutronc je crois. Je l’ai rencontré quand il était guitariste de Renaud. On est restés Potes et je le mettais de temps en temps au courant de mes projets. Il y a peu de temps on s’est jetés à l’eau. Ça a été long, on a mis trois ans à le faire, c’était beaucoup de recherche très précise sur les harmonies, la beauté de LA note. Il y a des cordes symphoniques et 18 musiciens en plus, c’était quand même assez lourd à mettre en place. Ça doit sortir très bientôt. Ce sont principalement des compositions, il y a 5 ou 6 morceaux traditionnels mais revus avec nos idées.
J’ai aussi un projet avec un accordéoniste un peu fou, d’aller au Japon avec des arrangements assez spéciaux sur de la musique très souvent écossaise et bretonne aussi et autrement sur des répertoires de tango, Debussy avec la flûte et tin whisle.
Le deuxième projet c’est un projet plus gros, qui concerne plus de monde et qui a été monté par Keiko Nakamura une japonaise qui fait partie des percussions de Strasbourg. On a joué ensemble il y a environ une vingtaine d’année, on se connaît bien, on a joué d’autres créations par la suite. Elle a eu l’idée de faire une création par un compositeur japonnais qui s’appelle Shigeiro Yamamoto qui avait déjà fait une composition pour elle et moi. Là c’est une création qui va se faire avec des africains parce qu’elle va souvent à Ouagadougou. Ça va se faire en Afrique d’abord, ensuite au Japons et puis la France et un ou deux autres pays ensuite. Ce dossier vient de trouver appui auprès du CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers), une sociologue, Pascale de Rozario, va y prendre part, elle est responsable du projet Culture Europe et s’occupe, entre autres, des créations de nouveaux diplômes. Cet appui est indispensable pour donner l’ampleur nécessaire pour mener à bien ce projet qui est très lourd. Il y aura un joueur de balafon, des danseurs africains, un conteur, des percussionnistes de musique contemporaine et moi à la cornemuse. Il y aura aussi une danseuse ou un danseur japonais. Ça promet d’être un spectacle pour le moins original.
DN: joues tu toujours en couple ou est-ce que tu n’as plus le temps avec tous ces projets ?
BLR: je n’ai jamais arrêté de sonner en couple depuis le jour où j’ai commencé, lorsque j’ai fait mon service militaire à Lann bihoué. C’était avec Youn Le Bihan à l’époque.
Après j’ai sonné avec Alan Huitol et j’ai joué il y a pas longtemps avec Michel Soyer pour animer des fest noz. Par contre je n’ai guère le temps de faire des concours car cela demande beaucoup de préparation et mon emploi du temps ne me le permet pas vraiment.

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