Publié le 02.07.2009 dans "Entretien avec..., Vie des groupes"
Iwan Ellien et Cédric Le Bozec, BAGAD GWENGAMP
LE BAGAD GWENGAMP vous présente sa toute première CREATION : GWEM’S BRONX interprété par les GWEM’S BROTHERS
Iwan Ellien : président du bagad de Guingamp, chef batteur du bagad, et également directeur de l’école de musique de Guingamp et du Léguer au Jaudy. Enseigne la flûte traversière dans ces deux écoles ainsi que la caisse claire au sein de la fédération BAS 22.
Cédric Le Bozec : permanent à BAS 22, chef cornemuse au bagad, et pour ce projet, responsable musical.
DN : comment décide t’on de créer une carte blanche ? Est-ce une commande ?
C. Le Bozec : ce n’est pas une commande. C’est un projet que j’avais en tête depuis quelques temps. D’une part, je l’ai soumis à l’ensemble du bagad qui a tout de suite été intéressé par cette nouvelle expérience, et d’autre part, j’ai sollicité Soïg Sibéril, Pat O’May (avec qui le bagad intervient régulièrement pour ses différents spectacles), ainsi que Jean-Marc Illien qui est un compositeur au bagad Gwengamp. Selon moi, cette création a pour but d’interpréter un univers musical totalement différent de celui des prestations habituelles.
I. Ellien : pour compléter, je souhaite vous informer que ce spectacle sera joué au festival de la Saint-Loup le 8 août prochain, en première partie de la création du bagad Briec. Ainsi, le président du festival a convié le bagad de Guingamp et ses invités pour une carte blanche, ce qui est une grande marque de confiance à l’égard de notre groupe.
DN : puisque ce n’est pas vraiment une commande, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire cette création ?
I.E : nous avions cette année dans l’optique de faire autre chose que les concours BAS. Ces concours sont très intéressants et plus qu’importants, car ils donnent l’occasion aux groupes de travailler d’arrache pied dans l’année, pour produire la meilleure musique possible. Cela dit, la musique de bagad tourne aujourd’hui, à mon sens quelque peu en rond, d’une part, résultante d’un règlement trop complexe, et d’autre part, même si on explore des terroirs différents chaque année, on se trouve un peu en vase clos lors de ces concours, et l’intérêt c’est d’ouvrir une fenêtre sur l’extérieur, d’élargir notre répertoire musical, avec des artistes provenant d’univers totalement différents.
En plus de cela, nous avons beaucoup de jeunes au sein du bagad qui sacralisent ces concours, ce qui leur fait parfois perdre leurs moyens. Je pense que ce spectacle va leur permettre d’avoir une autre approche de la musique bretonne et de la musique en général, d’être beaucoup plus relax, même s’il va y avoir un peu de stress et de la rigueur dans le travail. Mais ce travail là sera différent du travail réalisé pour les concours.
C’est aussi une aventure humaine que nous avions envie de vivre entre notre structure et des artistes de renom. Je finirai juste en disant que le bagad a déjà accompagné des artistes tels que Gilles Servat, Alan Stivell, Carlos Nuñez, mais ce sont à chaque fois des événements ponctuels. Il n’y a pas suffisamment de répétitions avec les artistes pour ces événements, donc pas de travail de fond. La différence ici c’est que nous n’allons pas jouer qu’une seule fois ce spectacle, on a donc mis en place un travail rigoureux comprenant de nombreuses répés avec tout le monde. C’est un travail sur du long terme, un vrai partenariat avec les artistes invités.
DN : y a-t-il de nombreuses contraintes techniques et d’organisation à faire une carte blanche ?
C.LeB : oui, évidemment il y a de nombreuses contraintes. Tout d’abord, il faut savoir que nous avons utilisé le répertoire du bagad pour monter ce spectacle. J’ai repensé les morceaux avec les musiciens intervenants. Mon but était d’essayer de faire un groupe de rock avec un bagad. Souvent, dans les groupes de rock, on trouve le bagad qui intervient sur les refrains ou sur les fins de morceaux, pas suffisamment en tout cas ! Le but du jeu ici est de mettre le bagad en avant avec tous les musiciens qui travaillent pour le mettre en valeur.
Pour faciliter les choses, j’ai utilisé la musique du bagad que j’ai mise sur des fichiers informatiques, j’ai samplé les sons en fichiers midi et j’ai proposé aux musiciens de se retrouver pendant 3 jours. On a travaillé sur des arrangements par rapport à des idées que j’avais, mais en essayant de ne pas trop les freiner dans leurs envies musicales. C’est assez compliqué car il est prévu d’avoir 60 personnes sur scène, et essayer de réunir tout le monde n’est pas facile.
Maintenant que cette première mise en place a été faite, chacun travaille de son côté, et on aura une semaine de travail en résidence dans quelques temps pour finaliser le tout. Il faut savoir que tous les gens du bagad sont bénévoles et ce n’est pas facile de réunir tout ce petit monde qui, par ailleurs, travaille et a une vie de famille. La plupart d’entre eux vont d’ailleurs prendre des congés pour pouvoir réaliser ce spectacle.
C’est aussi difficile de mobiliser nos artistes invités qui eux sont professionnels et ont beaucoup de dates déjà prévues, ce qui fait que pour l’instant chacun bosse dans son coin sur une maquette.
DN : vous faites intervenir des musiciens extérieurs, qui sont-ils ?
C.LeB : Pat O’May à la guitare électrique, Soïg Sibéril à la guitare électro-acoustique, Jean-Marc Illien au clavier, Xavier Soulabail bassiste et Frédéric Moreau à la batterie. Il y aura aussi des danseurs extérieurs managés par Nicolas Le Fol surnommé Marcel, du cercle de Pommerit-le-Vicomte qui avait pour mission de trouver 4 couples de danseurs pour le spectacle. Il avait carte blanche pour former son équipe qu’il est allé chercher à Saint-Evarzec, Pommerit, etc. il a joué sur la diversité, il y a des gens d’horizons différents. Leur tenue ne sera pas les habituels costumes du cercle mais je laisse la surprise aux lecteurs de venir découvrir le reste…
DN : nous avons donc le nom de la création qui est “GWEM’S BRONX”. Comment l’avez-vous trouvé ?
IE : Gwem’s est le surnom des musiciens du bagad depuis longtemps. Cédric a composé un morceau qu’il a intitulé Gwem’s bronx, titre que nous avons repris pour le spectacle.
Le bagad enregistrera en septembre un CD/DVD reportage de ce spectacle qui sortira, nous l’espérons, pour Noël.
DN : vous êtes-vous inspirés d’autres créations existantes pour votre spectacle ?
IE : non, pas du tout. Chaque création de bagad a sa fraîcheur, ce ne sont pas les mêmes artistes ni les mêmes instruments qui interviennent à chaque nouvelle création. Nous savions dès le début ce que nous voulions faire, nous avions notre optique qui est un mélange de rock’n roll et de musique traditionnelle bretonne revisitée, enrichie, diversifiée par de nouvelles sonorités et de nouvelles rencontres musicales. Chaque création est différente de par son originalité, et par les artistes qui la jouent.
C.LeB : à l’origine, ce qui m’intéressait c’était effectivement ce côté musique traditionnelle mélangée avec un groupe de rock et donc forcément l’impact sonore du bagad. Et ce qui me plaît, c’est ce “duel” entre deux guitaristes qui proviennent de deux univers très différents, l’un est guitariste rock et l’autre guitariste de musique trad.
DN : est-ce que la création a pris plus d’importance au sein du bagad que le concours ?
IE : le bagad qui a été créé en 1972 a participé à tous les concours depuis sa création. Cette année, la commande était tellement lourde, à savoir l’échéance qui arrive le 1er août au festival de Lorient, la création qui doit être jouée au festival de la Saint-Loup le 8 août, (il faut savoir que c’est un spectacle d’une heure) et les morceaux un peu inédits à travailler pour accompagner Carlos Nuñez, que, plutôt que de faire les choses à moitié, on a décidé d’occulter le concours de Lorient pour cette année, (sachant qu’au niveau du règlement il n’est pas pénalisé), pour se consacrer exclusivement à la création et au passage avec Carlos Nuñez.
DN : quel sera le contenu du spectacle ?
IE : c’est donc une création qui va durer une heure où nous allons explorer plusieurs univers. Il y a, d’une part les compositions de Cédric, et d’autre part le répertoire traditionnel du bagad issu des terroirs plinn, loudéac, et le rock’n roll qui vient à la rencontre du bagad. La batterie sera mise en valeur avec un ensemble de batteries/percussions assez éclectique avec des djembés, ce qui va nous aider à explorer plusieurs facettes de la musique.
DN : est-ce qu’on aura droit à la dérobée de Guingamp ?
IE : je ne sais pas, on n’en n’a pas parlé mais pourquoi pas ? Dieu seul le sait, mais, vous savez, il n’est pas très bavard…
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