Divroet New(e)z #8

Bimestriel - Numéro 8 - Mars 2006

Comité de rédaction : Momo & Pibette

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Le tout p’tit mot

Pibette & Momo

PibetteMomo

Petit à petit, et afin de mieux tenir compte de vos outils informatiques, une nouvelle édition de votre journal se prépare, avec des articles imprimables plus facilement, la possibilité de mieux retrouver des articles que vous souhaiteriez relire, un nouveau look…
Le DN fera bientôt peau neuve.

En attendant ces surprises, nous vous proposons de revenir à l’actualité des sonneurs, le concours des 1ères catégories à Brest bien sûr, mais aussi la nouvelle version du forum des sonneurs ou le festival Euroceltes 2006…

En particulier, vous trouverez dans ce numéro la partition que nous vous proposons de jouer tous ensemble lors de notre défilé dans la ville historique de Strasbourg.

Bonne lecture à tous,
Pibette & Momo


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BAS – Bon à savoir

du nouveau pour vous sur le forum !

LeForum

BAS Divroet, ça bouge !

Vous l'aurez sans doute déjà remarqué : BAS Divroet vient de changer de forum (forom.divroet.org). Dans les grandes lignes, vous ne serez pas dépaysé car ce sont les mêmes personnes qui ont développé notre ancien forum et le nouveau. Toutefois, attendez-vous à trouver des fonctions supplémentaires.

Visite guidée…
Comme avant, vous pouvez voir dès la page d'accueil les sections où se trouvent des messages que vous n'avez pas lus. Vous pouvez également marquer tous les messages comme lus (au lieu d'avoir à tous les ouvrir, après un retour de vacances par exemple).
Alors, qu’est-ce qui change ? … C'est surtout du côté de votre profil, et donc de la personnalisation du forum, que les choses ont évolué. Dans le sous-menu "Modifier le profil" (dans la colonne de gauche de votre profil), "Paramètres relatifs au compte" et "Informations sur le profil" correspondent à ce que nous connaissons déjà : paramétrage de vos courriels, mot de passe, avatar, date de naissance, lieu d'habitation, signature, site web, etc. Jusque là, pas de problème, rien de bien nouveau…

Personnalisation du forum

Entrons maintenant dans les abîmes de la personnalisation du forum : un petit clic sur "Affichage et disposition" et nous voila face à l'inconnu. Inconnu n'implique pas nécessairement difficulté : toutes les options sont transparentes.

Passons désormais au sous-menu "Notifications et courriels", c'est plutôt intéressant. Vous pouvez désormais définir globalement si vous souhaitez recevoir par courriel des notifications en cas d'annonces ou de notifications importantes sur le forum.

/!\ Attention

Ne vous faites pas piéger en répondant directement à ces notifications, personne d'autre que l'équipe d'administration ne vous lira. Pour répondre, rendez-vous sur le forum et réagissez au message directement sur le forum. Cette remarque vaut également pour les notifications de message privé.

Autres fontionnalités nouvelles

LeForum

Dernier sous-menu de la colonne de gauche : "Options de messages personnels". Comme son nom l'indique, vous y définirez les options des... messages personnels (merci pour ceux qui suivent). Vous avez eu le malheur de mettre votre photo sur le forum et la gente féminine vous harcèle à longueur de journée ? Vous n'avez plus un moment à vous à force de lire leurs messages d'admiration ? Depuis, vous ne pouvez plus aller faire vos courses sans vous faire assaillir par une foule en délire ? Votre simple présence sur le forum augmente à elle seule le nombre d'appels aux services d'urgence ? Il est possible d'ignorer des membres : ils essaieront de vous envoyer des messages perso mais vous ne recevrez rien et pourrez enfin vous consacrer de nouveau à votre instrument favori.

En bas de l'écran, trois options vous permettent de recevoir une notification par courriel à chaque message privé qui vous sera envoyé (voir le paragraphe ATTENTION ci-dessus).

Il est également possible de sauvegarder par défaut une copie de chaque message personnel envoyé dans "ma boîte d'envoi" (ce n'est qu'une option par défaut, vous pouvez choisir à l'envoi de sauvegarder ou non un message privé envoyé).
Si vous activez la dernière option, une petite fenêtre s'ouvrira pour vous aviser que vous avez un nouveau message privé (si vous venez très régulièrement sur le forum, cela peut remplacer, ou compléter, la première option).


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Rencontre avec un musicien…

Dominique Molard, percussionniste

Divroet New(e)z : depuis combien de temps pratiques-tu les percussions ?

DominiqueMolard

Dominique Molard : j’ai commencé à 11/12 ans, ça va faire pratiquement 40 ans. J’ai démarré dans le bagad de Saint-Malo où j’ai fait deux ans de bombarde, mais je voulais apprendre le tambour écossais. J’avais vu le pipe-band de la police d’Edinburgh à Saint-Malo et ça a fait tilt (kilt) aussi bien pour moi que pour mon frère Patrick qui a voulu apprendre la cornemuse. On s’est retrouvé tous les deux dans le pupitre bombarde, puisque à l’époque il y avait trop d’effectifs en cornemuse et en percussions et pas assez en bombarde, mais ça nous a permis d’apprendre des choses intéressantes. Ça a été ma première expérience, ça devait être en 1966. C’est vraiment le pipe-band qui m’a impressionné. C’est en les écoutant que j’ai voulu jouer de la caisse claire. Pour les percussions, c’est venu après. J’ai fait du bagad, ensuite du pipe-band (An Ere) en Bretagne et en Écosse, puis j’ai rejoué en bagad. Là j’ai commencé à jouer du bodhran, c’était lié à la musique bretonne, irlandaise et écossaise.

Et petit à petit, en écoutant d’autres musiques, je me suis dit qu’il n’existait pas que cela en percussions, mais en Bretagne c’est relativement serré : caisse claire écossaise, bodhran, bones, c’est tout ce qu’il y a au niveau celtique. Donc, aller chercher ailleurs, ça voulait dire aussi pratiquer et écouter d’autres musiques et une fois qu’on met le pied dedans c’est la folie parce qu’il y a des milliers d’instruments. Ça a été aussi l’attrait pour la batterie jazz, rock, j’ai commencé à toucher aux cymbales, etc. Là, c’est la coordination des membres, ce qui n’est pas une mince affaire parce n’importe qui en est capable, mais certains ont quand même plus de dispositions que d’autres. Donc, ça a été plutôt : caisse claire, batterie ensuite percussions et ça, c’est un monde magique puisqu’on découvre tous les jours de nouveaux instruments, de nouveaux sons.

“ Un son particulier pour évoquer une émotion, une couleur, un frisson. ”

Ça devient passionnant parce qu’on recherche toujours un son particulier pour évoquer une émotion, une couleur, un frisson. En matière instrumentale, on est là pour donner des ambiances, la partie rythmique doit être efficace et la partie ambiance dépend de chacun. Il faut savoir quoi utiliser. Ça demande de fouiller dans des registres très variés de sons : le métal, le bois, les peaux et l’eau aussi qu’on utilise pour certaines percussions. On tombe dans un univers à perte de vue.

DN : aujourd’hui tu es familiarisé avec plusieurs types de percussions ?

DM : oui ! bodhran, tablas, derbouka, cajon (la caisse en bois) : c’est l’instrument péruvien qui est utilisé dans la musique flamenco. On trouve le cajon dans plusieurs styles de musique mais à l’origine, c’est vraiment une caisse en bois que l’on frappe, une sorte de batterie transportable puisqu’on peut avoir un son de caisse claire, de grosse caisse... Tout dépend de l’endroit ou l’on frappe, et de la façon de frapper (doigts, paume de la main, blocage de la planche de frappe avec un pied, etc.) le cajon est un instrument qui me passionne.

Également les instruments électroniques, puisque j’utilise beaucoup de machines, des samplers, des sequencers. Et tout ça donne accès à des sons, des bruitages, des bourdons, … une sonothèque complète qui permet de jouer « avec » certains instruments encombrants, et difficilement transportables par exemple en cas de déplacement : jouer sur un gong de deux mètres de diamètre, c’est agréable mais ça n’est pas toujours évident à transporter. La seule condition étant bien sûr de bien savoir s’en servir. Les instruments que l’on trouve sur les machines électroniques sont souvent des sons enregistrés à partir de véritables instruments. Leur utilisation doit cependant rester précautionneuse car si on utilise ce support électronique (clavier, pad, sampler, sequencer), il vaut mieux savoir comment se joue l’instrument que l’on veut évoquer, sinon on fait n’importe quoi et on va dans le sens contraire.

Si on utilise une technique de jeu qui n’a rien à voir avec l’original, et qu’on entend un son d’instrument qui joue, mais pas de la manière dont on devrait l’entendre, on donne à l’auditeur quelque chose de totalement faux et ça n’est pas crédible. La famille des instruments électroniques entre donc dans une catégorie à part. Ce n’est plus seulement de la technique instrumentale et cela fait appel à d’autres logiques ! … en même temps, cela développe l’agilité de l’esprit. (sourire)

DN : Comment choisis-tu une percussion plutôt qu’une autre, c’est suivant ce que tu interprètes ?

DominiqueMolard

DM : un exemple : si un(e) chanteur (se) me demande « est-ce que tu peux m’accompagner là-dessus ? » en me faisant écouter une de ses chansons, je recherche, j’essaie de définir des paramètres sonores, des clés. Si c’est un morceau très rythmé et rapide, je me dirige vers des instruments qui vont me permettre ce genre de chose c’est à dire le cajon, les bongos, des congas où le débit et la consistance vont bien servir le propos. Ce qui peut diriger aussi, c’est la couleur du morceau, c’est à dire est-ce qu’il faut donner une couleur précise (orientale, asiatique, africaine, militaire, etc.). Si on utilise les tablas sur un morceau, tout de suite on pense à la musique indienne, si on entend des bongos, des congas, c’est plutôt de la musique cubaine. Donc on va vers tel ou tel instrument selon l’esprit et la couleur qu’on veut donner. S’il faut que ce soit neutre ça devient plus compliqué, il faut prendre des instruments qui ne vont pas être reconnaissables au niveau des timbres. Ça peut être une caisse claire, un triangle tout simplement ou alors des bruitages avec des feuilles, des bruissements. Il n’y a jamais de limites sauf celles qu’on se donne. Si c’est un morceau très lent dans lequel on me demande de faire de la rythmique, on va développer un timbre d’instrument (bois, métal, souffle, eau.)

“ Chercher ce que le morceau suggère naturellement ”

Il faudrait avoir des exemples de morceaux car c’est très difficile à expliquer. Ça dépend de la demande de la personne, pas de couleurs ou plutôt telle couleur. Déjà ça élimine les possibilités et ensuite s’il ne faut jouer que des ambiances ou faire de la ponctuation avec beaucoup de silences, on élimine tous les instruments rythmiques et on utilise les percussions selon les matières, les sifflements (archet sur cymbale), on fait vibrer des peaux sans les frapper, c’est l’imagination qui travaille. Je dirais que sur un morceau de musique, sur un même disque je ne vais pas utiliser deux fois le même instrument en général sauf s’il faut donner la même couleur. Je vais toujours chercher ce que le morceau me suggère tout de suite mais naturellement. Il faut que ça soit évident. Avec Gilles Servat, que j’accompagne depuis peu de temps par exemple les mots, les paroles de la chanson me donnent des indications. J’entends des mots qui font appel à la matière. S’il y a le mot « rocher », « feuille », « l’eau », ça me donne des indications et je me dirige sur telle ou telle percussion pour évoquer la matière et servir le texte au mieux. La matière a beaucoup d’importance : le métal, la peau, le bois sont des indications.

DN : y-en a t’il une à laquelle tu es particulièrement attaché ?

DM : je dirais la caisse claire écossaise, elle ne me quitte jamais. Le bagad, ça a été le point de départ, mais j’ai utilisé la caisse claire dans des circonstances complètement différentes comme par exemple avec Jacques Higelin, aux Francofolies de La Rochelle, avec la complicité de mes élèves de l’école de musique de Douarnenez. Ça n’avait aucun rapport avec la musique bretonne, c’était plutôt pour rajouter des sons et une énergie de pupitre. Avec Pat O’May aussi qui joue plutôt du rock, Nilda Fernandez qui fait de la chanson espagnole ou dans la spectacle « De toutes les couleurs » d’Yvan Cassar au sein du pupitre caisses claires de Strathclyde Police, avec l’Orchestre symphonique français, Kudsi Erguner (ney), Shyamal Maitra (tablas), Kakoli Sengupta (chanteuse indienne). C’est un instrument que j’ai voulu utiliser dans un autre contexte que le bagad. On entend souvent la caisse claire dans un contexte très précis avec la cornemuse, la bombarde mais c’est intéressant de la sortir de son sujet, elle me sert de support, je me réfère toujours à elle pour me diriger sur autre chose.

L’instrument complémentaire c’est les tablas. C’est quelque chose, au niveau virtuosité, qui est assez proche mais avec une autre philosophie et une palette de sons très riche. La caisse claire a un son de base, puis avec la force de frappe plus ou moins accentuée, on obtient quelques variantes sonores ; les tablas présentent une palette sonore beaucoup plus riche, selon qu’on joue sur le tabla aigu ou le baya grave (avec de nombreuses combinaisons de sons) on peut jouer de la mélodie sur des tablas, chose qu’on ne peut pas faire avec la caisse claire. Sur une caisse claire, on accompagne une mélodie. Les tablas sont pour moi, une révélation ! Ils m’ont fait découvrir le rôle d’une percussion et le rythme en général d’une façon totalement différente.

DN : as-tu un gri-gri ou un rituel avant de rentrer sur scène ?

DM : non, aucun ! Avec des baguettes ou avec les mains, j’ai tendance à m’assouplir les poignets, c’est tout.

DN : qu’est-ce que tu penses des percus en bagad ? Qu’est-ce que tu conseilles ?

DM : les percussions en bagad sont utiles mais depuis quelques années il y a une mauvaise direction qui a été prise, c’est celle d’étaler de plus en plus de matériel (c’est à qui en aura le plus) alors qu’il faut se faire une raison, lorsque l’on voit un percussionniste qui a cinq ou six toms sur lesquels il va jouer et qu’on écoute de loin, un son de peaux reste toujours un son de peaux, il n’y a pas tellement de différences de note, ou alors c’est très minime. Je considère que quelqu’un qui a un ou deux instruments sera beaucoup plus imaginatif et créatif que celui qui aura toute une série d’accessoires devant lui.

Pour pouvoir utiliser tous les instruments, il faut les connaître parfaitement, ainsi que leurs techniques. Le problème des bagadoù qui utilisent beaucoup de percussions, c’est qu’on a l’impression d’avoir un double pupitre rythmique qui fait un autre accompagnement sans trop de relation avec les caisses claires, ce qui installe une nuisance sonore au lieu de rafraîchir le tout. On entend plus un accompagnement, des sons, du rythme (fort en général) qui deviennent caricaturaux car sans beaucoup de nuances et silences, on n’entend que les accents, ce qui fait que la ponctuation devient plus importante que le discours. C’est totalement hors sujet, mal utilisé.

“ L’impression d’avoir un double pupitre rythmique ”

La BAS a créé un quatrième pupitre dans les concours, pour moi c’est une erreur totale de séparer le pupitre percussions de celui des caisses claires. Il y a un seul pupitre percussions, c’est les caisses claires plus le reste mais en aucun cas il ne faut séparer les deux, c’est un ensemble sinon le résultat, c’est ce qu’on entend maintenant : chaque pupitre gère sa situation, ce n’est pas écrit en fonction l’un de l’autre.

Ce que je préconise, c’est une écriture unique, une personne qui visualise tout ce qui est rythmique et tout ce qui est son également. Attention aux cymbales aussi, on les entend sans arrêt maintenant. Un bagad, c’est très aigu que ce soit les caisses claires, les cymbales, les bombardes timbrées… On a des fréquences très utilisées et d’autres beaucoup moins. Les basses sont utilisées ainsi que les aiguës, les médiums beaucoup moins. Je pense qu’il faut arrêter la prolifération des instruments sans raison musicale. A mon avis, il faut comparer le bagad à un orchestre symphonique, où les percussionnistes qui jouent de la caisse claire, des cymbales, des timbales, de la grosse caisse ou du triangle ne le font pas systématiquement du début à la fin, très fort et tous en même temps.

Pourquoi les percussions joueraient du début à la fin ? Il n’y a aucune raison. J’ai des idées à proposer, ce sont des choses que je pratique dans différentes situations et je pense que je proposerai cela concrètement aux bagadoù bientôt dans un bouquin parce que ça me semble vraiment essentiel. Pas seulement pour les percussionnistes, mais pour la musique de bagad en général, parce que ça a une incidence sur les autres pupitres.

DN : quel est ton meilleur souvenir de l’année 2005 ?

DM : il y a beaucoup de bons moments mais j’aurais une préférence pour le concert de Stok an Dañs qui m’a apporté un plaisir unique, au festival de Monterfil ou au fest noz vras du Festival Interceltique de Lorient. Un groupe breton de percussions du monde, qui fait danser les gens en fest noz où le public (danseurs, musiciens, techniciens et spectateurs) manifeste son intérêt (appréciations et encouragements), je crois qu’on ne peut rien espérer de mieux. Notre démarche d’interpréter la musique bretonne par les rythmes et les percus n’était pas évidente puisque jamais réalisée auparavant. C’est le résultat d’une prestation réussie... Ou plutôt… Pas seulement une prestation, mais une réflexion !

DominiqueMolard

DN : faire de la musique avec des sonorités importées, pour toi c’est l’enrichir ?

DM : oui, avec dosage.
C’est difficile de répondre parce que si c’est en bagad, on ne peut pas utiliser n’importe quoi. Déjà il ne faut pas que ça ressemble à n’importe quoi. S’il s’agit d’accompagner avec des instruments d’ailleurs, il faut faire attention que ça ne prenne pas le dessus sur l’image générale de la musique. Si on a une impression de métissage, de collage, si c’est au niveau des percussions, le choix est très vaste mais le bon choix est très difficile. C’est une question de dosage et de respect de l’instrument qu’on va rajouter, on respecte la musique qu’on interprète mais il faut aussi respecter l’instrument qu’on utilise et ce n’est pas toujours le cas. Lorsqu’on voit un batteur jouer avec des baguettes sur des congas ou sur un darbouka pour moi c’est un manque de respect de l’instrument puisque ce n’est pas fait pour jouer comme ça. Je ne condamne pas les expériences mais on peut aussi taper sur des poubelles. Donc méfiance il faut connaître avant d’utiliser.

DN : est-ce qu’il y a danger pour un bagad de jouer du traditionnel et en même temps se laisser porter par d’autres influences ?

DM : oui il y a danger s’il n’y a personne pour mettre des limites. Soit c’est délibéré de faire une autre musique avec des instruments bretons comme la bombarde et la cornemuse, soit le but est de faire de la musique bretonne embellie par des couleurs, des parfums, dans ce cas là c’est intéressant. Mais il faut vraiment qu’il y ai une personne avec du recul qui contemple l’oeuvre finale. Les expériences individuelles de chacun, ce n’est pas trop intéressant Ce qu’on demande à un bagad c’est de faire une prestation, d’avoir quelque chose qui dégage. Je le compare quelque fois à une recette de cuisine, si on met trop de ceci ou trop de cela c’est raté, les épices il faut faire attention. :-)

DN : les percus ne sont pas trop en vogue dans les bagadoù, pourquoi ?

DM : il y a eu une scission. Avant ce qu’on appelait les ténors utilisait des mailloches uniquement, après il y a eu un petit changement quand la Kevrenn Alré avec Roland Becker a commencé à faire des choses un peu différentes. Je me souviens bien de ce moment là. Roland Becker avait quelque chose de très important par rapport aux autres, il écrivait la totalité des morceaux pour tous les instruments, comme un compositeur chef d’orchestre. Il savait très bien ce qui allait se passer du début à la fin. Il utilisait les sons, des techniques différentes. Certains ont voulu copier évidemment l’année suivante, mais avec des chefs de pupitres qui avaient des écritures parallèles, il y avait moins d’osmose entre les gens.

DominiqueMolard

Ce n’est pas facile d’écrire pour un bagad entier car il faut connaître la possibilité de chaque instrument, des gens qui le jouent, avoir une bonne connaissance de la musique qu’on interprète, ça demande un réel savoir. Ce changement de percussions légères comme font toujours les pipe-band écossais, ces toms avec les mailloches qui ont un son relativement doux, c’est un petit accompagnement. En Bretagne ça a dégénéré. Il n’y a plus de limite, mais le bon goût, l’esthétique et la musicalité doivent rétablir les choses essentielles. « Qui peut plus peut moins » !

DN : aujourd’hui, il t’arrive d’être juge percus lors des concours de BAS, pourquoi ?

DM : tout simplement, la BAS m’a demandé de venir juger les percussions en bagad, connaissant mon expérience de batteur en bagad au départ, donc de caisse claire. Je n’ai jamais été percussionniste en bagad mais plutôt batteur. Les percussions, je les utilise dans d’autres formes de groupe mais souvent en musique bretonne, donc les sujets se rejoignent.

Je traite le même sujet depuis de nombreuses années donc je peux dire que j’ai relevé beaucoup de choses, d’idées, sur la façon d’accompagner telle danse, telle mélodie et tel style. Donc à travers mes commentaires lors des concours, j’écoute. Pour moi il y a des erreurs de faites, je dis ce que je pense après reste à chacun de changer les choses ou pas par rapport à ce que j’ai dit. Il arrive que je constate que des remarques que j’ai formulées ont été prises en considération. Dans ces concours là, on se sent vraiment seul, en percussions surtout, où on est seul à juger tout un pupitre, et je ne veux pas détacher mes oreilles du pupitre caisses claires.

Un juge percussions qui serait d’un autre milieu musical écouterait peut-être les percussions et ne jugerait pas de la même façon parce qu’il n’aurait pas la même oreille au pupitre caisses claires ou la même rigueur, c’est possible. Ce que j’essaie de faire, c’est surtout de faire partager mon expérience rythmique sur la musique bretonne. Je pratique d’autres musiques mais je mets un point d’honneur à travailler sur la musique bretonne, je crois pouvoir dire que j’ai décortiqué tout ce qui y est rythmique. Il me reste encore beaucoup de choses à faire mais j’ai élaboré plusieurs « recettes » que j’ai analysées et pratiquées, que ce soit en bagad ou en groupe de fest noz. Vraiment, il y a des points précis à respecter.

DN : quels sont tes projets d’avenir ?

DM : j’ai un bouquin en cours, des conseils, des observations, des mises en pratique, des choses que j’ai pu voir sur le rythme en général et sur la musique bretonne en particulier à travers tous les instruments que j’ai rencontrés, comment accompagner un an dro, une gavotte, une danse plin, etc. avec par exemple le darbouka, les tablas, le cajon, etc.… Donner les clés qui manquent en ce domaine (comment aborder telle danse en fonction de telle ou telle percu car chaque instrument a son rôle, sa fonction, son débit, sa technique). Et pour connaître la réponse à ces questions, il faut savoir comment l’instrument s’exprime naturellement dans sa musique pour comprendre ce qu’il doit recevoir de l’instrumentiste. Cela permettra de gagner du temps et d’aller dans la bonne direction, j’espère.

DominiqueMolard

Ensuite le prolongement, la continuation du groupe Stok an Dañs qui est né en 2001. On travaille sur un projet qui réunit Stok an Dañs et les danseurs de Marumba. Il s’agit de faire un spectacle sur la musique bretonne à danser et qui va lier les percussions de Stok an Dañs et les danseurs hip hop de Marumba. On veut reformuler la danse bretonne à travers le hip hop avec les rythmes des danses. Musicalement, ce sont des percus, des voix et des machines telles qu’on a l’habitude de le faire dans Stok et les danseurs hip hop sont brésiliens, marocains, tunisiens. Ils utilisent la capoeïra, la break dance, toutes les techniques de hip hop. On va reformuler la danse et la musique bretonne par cette technique-là. Ce spectacle s’appelle « Armorythmes ». C’est un jeu de mot entre Armorique et rythme, c’est un projet pour 2006. On espère intéresser une grande partie des festivals pour tourner avec ce spectacle, c’est quelque chose peut-être d’un peu osé parce qu’il s’agit de montrer la danse bretonne sous une autre forme. Je suis partisan des techniques modernes, à toutes sortes d’expression artistiques : la danse, la musique, mais pas forcément avec les techniques traditionnelles (que je respecte) mais toutes les choses comme l’électronique. La danse hip hop est un autre domaine que je ne connaissais pas. Je ne la danse pas mais c’est un sujet qui m’intéresse par le mouvement, le visuel. Je connais les pas de chaque danse bretonne, je sais comment ça se manifeste, alors je donne des indications aux danseurs hip hop, eux ne connaissent pas nos pas mais ils vont utiliser les bases et vont exprimer des choses différemment et de manière visuelle. Le hip hop est une danse individuelle, pas une danse de groupe, donc l’individu s’exprime de façon beaucoup plus complète. On va éclater le sujet de cette façon-là… et s’éclater par la même occasion.

À côté de ça, c’est toujours les projets avec Skolvan, avec la Coopérative, Toud Same’s, Melaine Favennec, Gilles Servat. Ce sont des choses qui se rejoignent mais ce n’est jamais identique. Je n’ai pas envie de faire deux fois la même chose. Par exemple jouer dans deux groupes de fest noz ça ne m’intéresse pas forcément, sauf si le sujet est traité de façon opposée comme rock ou acoustique pour ne pas se répéter. J’essaie de faire une réflexion sur différentes sortes de musique. En tout cas pour ne pas faire la même chose, chaque fois que je change de groupe, je change systématiquement mon set de percussions, je me crée un set de jeux différents pour jouer sans cesse à me renouveler.

“ Relier les gens de façon saine et positive. ”

DN : en conclusion ton petit mot de la fin !

DM : j’espère que la musique bretonne poursuivra son chemin dans le monde et s’exprimera de multiples façons en rassemblant le maximum de gens car, il faut reconnaître que la musique en général peut relier les gens de façon saine et positive. Elle a un grand pouvoir quelque soit sa provenance. Plus que tout autre chose, la musique est un trésor qui est à l’intérieur de chacun. Chacun peut garder son secret à l’intérieur, sans jamais en être dépossédé, c’est un bien immatériel mais tellement essentiel, c’est ce que j’essaie de transmettre aux gens avec qui je travaille.


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Rencontre avec le Bagad Ton’Air de Breizh…

son penn-soner : Albert Giraud

TonAirDeBreizh

Divroet New(e)z : le bagad Ton’Air de Breizh d’Angoulême existe depuis quand ?

Albert Giraud : en fait il n’y a pas vraiment de date de création car ça s’est fait progressivement. Notre idée n’était pas de créer un bagad au départ mais de jouer de la musique à danser et ça s’est imposé à nous petit à petit. En remontant dans le temps nous avons pris conscience que ça devenait un bagad début 2002 environ. Ce qui nous a poussés dans ce sens, c’est que très vite on nous a demandé d’intervenir et de fil en aiguille la demande étant là, on s’est structurés. C’est aussi sur la pression des évènements. On est avant tout l’émanation d’une amicale, il y avait déjà les danseurs et l’idée était de faire de la musique de danse pour accompagner nos danseurs.

DN : quel est ton rôle en tant que penn-soner ?

AG : il est double : proposer les morceaux du répertoire, surtout parce que la plupart des membres du bagad ne sont pas bretons et n’ont pas une connaissance particulière de la musique bretonne. Et l’autre aspect c’est l’organisation du bagad et la négociation (et organisation) des prestations. C’est tout ça qui fait la cohésion du groupe. Cependant, on est suffisamment peu nombreux (pour le moment du moins !) pour qu’il y ait plusieurs personnes qui puissent participer à ces fonctions, même si c’est majoritairement moi ; en effet, tout le monde est susceptible de trouver des prestations, de proposer des morceaux. Mon rôle musical n’est pas énorme : en plus du pilotage du pupitre cornemuses, je dirais qu’il consiste surtout à assurer la « dansabilité » des airs. Les harmonisations (même si nous n’en faisons pas encore beaucoup) sont assurées par Dominique, un talabarder, lui-même multi instrumentiste.

DN : est-ce que les concours ont ou auront une importance dans l’évolution du bagad ?

AG : aujourd’hui je dirais non ! Pour le moment, suite au stage fédéral de Bordeaux, j’en suis à essayer de convaincre mes confrères de l’intérêt des stages. On est loin des concours pour le moment. Ce n’est pas notre problématique immédiate, et je ne vois pas ce que cela nous apporterait. Comme préalable à tout concours, si tant est qu’on y arrive un jour, mon objectif serait plutôt de faire évoluer le niveau musical à travers des stages. On n’était que deux participants du bagad à celui organisé par BAS Divroet en novembre ; c’est vrai que c’était un week-end prolongé, la mobilisation n’a pas été extraordinaire. Je tenais à y aller parce que je ne connaissais pas les stages BAS (dans mon jeune temps, j’appartenais à la Fédération Kendalc’h) et aussi pour rencontrer des gens d’autres bagadoù Divroet. Elle avait été plus importante lorsque nous avions fait un stage interrégional à La Rochelle, en septembre 2004. Le bagad de Bordeaux y avait participé ainsi que des sonneurs d’Angoulême, de la Rochelle, quelques représentants de Saint-Maixent et tout le monde avait trouvé ça super, à tel point qu’on était d’accord pour remettre ça dès que possible.
Donc d’abord sensibilisons aux stages et à la formation, les concours viendront éventuellement plus tard.

DN : vous vous produisez beaucoup dans la région ? Dans quel cadre ?

TonAirDeBreizh

AG : ah oui ! On se produit de plus en plus, on refuse même des prestations parce qu’il faut aussi qu’on répète, qu’on étoffe le répertoire, et … qu’on prenne des vacances ! Il y a plusieurs catégories. Nous participons à des bals folks, des animations de marchés (de Noël, de nuit, …), de brocantes et diverses animations itinérantes, souvent avec nos danseurs qui invitent les spectateurs aux danses. Ça plait beaucoup et c’est dans nos cordes. Nous jouons aussi parfois dans des maisons de retraite mais en groupe restreint. Sinon il y a les mariages. Ça fait pas mal de prestations dans l’année.
Il y en a une qui est maintenant récurrente et qui n’entre pas dans ces catégories c’est la fête des mimosas, à Saint Trojan dans l’île d’Oléron ; c’est la troisième fois qu’on y va ! C’est une parade et on est les seuls bretons dans le défilé. C’est un peu particulier. Nous avons aussi participé au Festival de Confolens pour une animation « off » dont nous sommes fiers. Et on s’est enfin « exportés » à la nuit Celtique à Caussade en juin 2005. Pour finir, il y a les fêtes organisées par notre amicale : un fest-noz annuel en octobre et une Saint Patrick autour du 15 mars (ce sera le 19 mars cette année).

DN : vous répétez où et quand ?

AG : les répétitions pupitres ont lieu toutes les semaines, voir même plusieurs fois par semaine parce qu’en bombarde il y a différents niveaux. En cornemuse c’est le samedi après midi et les bombardes le mardi et le vendredi soir. En bagad on essaie de répéter tous les quinze jours le samedi matin et en fonction des sorties. Tous les trois mois nous répétons avec les danseurs. Ça nous permet de valider certaines danses en terme de tempo, surtout lorsque nous avons une nouvelle suite. Après avoir failli nous retrouver « à la rue », de nouveaux locaux ont été mis à notre disposition par la ville d’Angoulême depuis septembre 2005 en cohabitation avec d’autres associations. Contrairement aux précédents ceux ci sont chauffés et disposent de sanitaires (le luxe, quoi !).

DN : comment recrutez vous pour le bagad ?

AG : tous les gens intéressés peuvent venir, à condition d’avoir déjà une certaine culture musicale. Je n’ai jamais fait de statistiques mais il y a peu de personnes originaires de Bretagne ; certaines ont du sang Breton mais la majorité sont des gens du cru. Nous essayons d’améliorer notre communication à travers notre site (www.bretons-charente.com), et nos prestations sont aussi un bon moyen de recruter : nous sommes en terre de mission, il ne faut pas l’oublier !

DN : pourquoi ce nom « Ton’Air de Breizh » ?

AG : en fait c’est un gag ! On avait un autre nom qui nous avait été imposé par des gens qui sont partis ; on a donc modifié le nom en organisant un concours. Les critères étaient qu’il doive rappeler la Bretagne mais aussi qu’il soit amusant. Une des propositions a été « Tonnerre de Breizh » et donc le nom a été adopté avec une orthographe différente à cause justement de la musique. C’est alors devenu « Ton’Air de Breizh », orthographe maintenant définitive.

DN : quel est votre répertoire ?

AG : c’est avant tout de la musique de danse, c’est clair, parce qu’à l’origine nous jouions essentiellement pour nos danseurs, mais on est loin de les satisfaire complètement : nous avons des demandes sur une suite de Loudéac par exemple. Il y a encore du travail ! On arrive quand même à animer une demi soirée ! Ma plus grande fierté est sans doute d’avoir pu mettre au point une suite de l’Aven complète : c’est mon pays d’origine ! Au début quand on se produisait c’était la galère parce qu’il nous fallait jouer plusieurs fois les mêmes morceaux. On peut dire que nous avons maintenant un répertoire digne de ce nom. On a aussi quelques marches, mais là, il y a des progrès à faire !

DN : avez vous une tenue de sortie et pourquoi ?

TonAirDeBreizh

AG : oui, on en a même plusieurs ! on doit se chercher un peu ! On a commencé par une chemise genre moyenâgeuse blanche à manches bouffantes, col mao, de grands lacets, pantalon noir et une ceinture bleue pour rappeler les couleurs d’Angoulême. Tenue qui existe toujours mais qu’on porte moins, à tort à mon avis, parce que entre temps on a fait faire des tee shirts et c’est vrai que c’est à la fois plus facile à porter et à entretenir. Actuellement on tourne sur deux tee shirts, un noir et un blanc, qu’on a fait faire au nom de l’amicale et du bagad.
On va réhabiliter la tenue avec la chemise mais pour le moment les dernières recrues n’en ont pas. Alors nos couturières (parce que nous avons aussi un atelier couture à l’amicale !) ont décidé de faire les chemises manquantes et vont les créer. On a eu des critiques parce que le tee shirt ce n’est pas très beau, c’est pratique surtout dans les sorties estivales mais ça n’a pas la classe de la chemise. Par contre ce qui manque c’est un gilet ! Pour le moment on n’est pas vraiment décidés mais c’est en projet. Ce sera bien utile pour les sorties comme celle de Saint-Trojan qui a lieu en février.

DN : quels sont les projets d’avenir pour le bagad ?

AG : à court terme : continuer sur notre lancée c’est à dire étoffer le répertoire tout en continuant à travailler l’actuel. À ce titre, deux actions :

  1. Je pense que nous devons répéter plus souvent car on s’est aperçus qu’en fixant les répétitions tous les quinze jours et en tenant compte des vacances scolaires et des prestations, ce n’est pas assez. Nous avons beaucoup progressé en 2003 /2004, et la motivation étant là, on a répété toutes les semaines, ce qui a fait monter le niveau très vite ; il n’y a pas de miracles. Nous devons progresser là dessus, tout en intégrant progressivement les nouveaux.
  2. Il faut qu’on rééquilibre le répertoire, parce qu’on a beaucoup de danses et pas assez de marches. On sait mal gérer les marches en défilé (les départs, les arrêts).

À plus long terme :

  1. La formation : les pupitres cornemuses et percussions sont sous-dimensionnés.
    J’ai des élèves en formation cornemuse, et chacun sait que c’est très long ! Quand les élèves ont un certain âge, même hyper motivés, et qu’ils doivent apprendre l’instrument en même temps que la musique, ça fait beaucoup de choses.
    En percussions il faut absolument qu’on recrute et qu’on forme. On a une seule caisse claire, un autodidacte qui a bien du mérite ! En toms, on a une personne qui est un excellent batteur et qui joue des toms d’orchestre (un montage « maison »), mais qui n’est pas toujours disponible.
    On a l’intention de refaire des stages dans la région avec, pourquoi pas, l’aide d’un moniteur Divroet.
    Celui de 2004 avec La Rochelle et Bordeaux nous a beaucoup plu, comme je l’ai déjà dit ; c’est la raison pour laquelle j’essaie de mobiliser pour réitérer l’expérience. Une autre possibilité est de faire un stage de musique à danser avec un ancien sonneur de l’amicale, maintenant installé en Bretagne, et qui tourne en fest noz avec son groupe.
  2. Un autre projet en filigrane serait d’essayer d’enregistrer un CD, ce serait mobilisateur ; on a commencé à en parler. On ne s’est fixé ni délais, ni dates. Ce serait à titre interne au départ pour s’entendre et se critiquer et aussi parce des gens nous le demandent lors des sorties.
  3. Un autre projet important c’est la rencontre annuelle des amicales de Bretons du Sud-Ouest qui sera organisée cette année par Angoulême le 7 et 8 octobre. Nous allons essayer d’avoir un minimum de répertoire commun entre les groupes qui seront présents : la Kevrenn de la Rochelle, les sonneurs de Breizh en Oc (Toulouse)...et nous Donc si on pouvait réaliser ce projet, ce ne serait pas si mal. C’est en gestation, on tente de trouver des dates pour des répétitions. Projet fédérateur pour les associations du coin !
    Notre amicale va avoir 50 ans en 2009 et là encore on organisera la rencontre des bretons du Sud-Ouest pour fêter ça. Elle marche bien maintenant après avoir traversé des hauts et des bas. Il y a eu des sonneurs il y a bien longtemps mais nous vivons un véritable renouveau. On évoque maintenant un atelier costumes, les chants à danser, on a le groupe « En Wrac’h » (c’est son nom), avec accordéon, clarinette, flûte traversière, contrebasse, guitare, violon, qui prend son envol très rapidement, sans parler de nos chers danseurs par qui le renouveau a démarré ; le bagad est donc loin d’être le seul atelier !

DN : un petit mot de fin ?

Contacter le bagad

Contact : Amicale des Bretons d’Angoulême et de la Charente
2 boulevard Pierre Camus
16000 Angoulême
Tél : 05.45.66.23.99 ou 05.45.68.32.63
Mail : contact[@]bretons-charente.com

AG : je dirais que je n’aurais jamais pensé faire partie d’un bagad à Angoulême parce que si on m’avait dit, il y a 23 ans quand je suis arrivé dans la région, que je donnerais des cours de cornemuse, je n’y aurais jamais cru. Comme quoi rien n’est impossible, et c’est passionnant parce qu’on travaille avec des gens eux mêmes très passionnés et c’est quelque chose de très gratifiant. J’espère que l’on va pouvoir tenir la distance et faire progresser le groupe. Peut-être qu’on demandera l’aide de Divroet ; nous ne sommes pas adhérents pour le moment, mais pour ça non plus, rien n’est impossible : l’adhésion est envisagée !

 Pour aller plus loin :


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Écho des sonneurs…

Fest-deiz de soutien au Bagad Pariz - Ti Ar Vretoned

KigHaFarz

Kig-ha-farz : plat traditionnel de Basse-Bretagne par excellence (pays du Léon), le kig-ha-farz signifie textuellement "viande et farce".

Kig-ha-farz de soutien au Bagad Pariz - Ti Ar Vretoned : fest-deiz traditionnel de la Mission Bretonne par excellence (pays divroet). Le kig-ha-farz de soutien au Bagad signifie textuellement "repas préparé avec amour par le penn-fourchette / drapeau du bagad, et fête, musique et danse jusqu’à la tombée de la nuit".

KigHaFarz

Comme chaque début d’année, le bagad de la mission bretonne à Paris avait sorti son beau costume et ses talents culinaires pour nous concocter son désormais célèbre kig-ha-farz.
On a pu apercevoir le président derrière son bilig, le penn-fourchette aux fourneaux, et le reste du bagad devant (euh pardon derrière) le bar, afin de servir au mieux leurs invités. Comme tout le monde connaît la “ légendaire légèreté ” de ce plat, il fallait bien digérer tout ça : quoi de mieux que la danse (et les demis qui vont avec) pour ? C’est alors que les tablées ont fait place à la piste de danse.

Au menu, Le Péril Jaune, Kroazhent, Ar Gazeg Veurzh, Rimes en Elles, Les Gallochants, Evit an Treid et bien sur avec comme plat principal Le bagad Pariz – Ti Ar Vretoned.

Bon ! Pour ceux qui n’auraient pas noté la recette de ce succulent fest-deiz, voici les ingrédients :
Pour réussir un bon kig-ha-farz, prenez de la bonne musique, une bonne dose d’ ambiance, des fûts bien remplis, un soupçon de monde, et arroser le tout au seau d’eau dans la cour (ah non, ça c’est en plus, cadeau de la maison… !). Certains bretons ont ainsi pu se rendre compte à quel point il est dur d’être sonneur en plein cœur de Paris quand les voisins ne sont pas de fervents admirateurs… !

• “J’aurai voulu parler du menu proprement dit, c’est à dire du kig-ha-farz et des crêpes…
Si ça intéresse quelqu’un, allez, je vous donne les quantités qui ont été mises en œuvre pour l’occasion :

Kig-ha-farz :
70 kg de viandes diverses
80 kg de légumes en tout genre
10 kg de farine de Sarazin
2 kg de raisins secs
5 kg d’échalotes

Pour les détails, il faudra demander à penn-fourchette, du bagad de la mission, il se fera une joie d’ajouter sa touche gustative.
Pour les crêpes :

10 kg de farine de froment
18 litres de lait
9 douzaines d’œufs
6 kg de sucre

On a passé avec JPipe cinq heures sans arrêter, sur deux bilig, et derrière, c'est le chinois qui préparait la pâte. Et vous savez quoi ? Tout a été mangé : bande de morfalou ! ”

KigHaFarz

• “En ce qui me concerne, je n’ai que peu d’inspiration pour écrire, cependant, je voulais indiquer qu’un petit hommage émouvant a été fait à notre cher Jième et que nous avons bien pensé à lui qui était présent avec nous pour le même fest-deiz l’an dernier (le 17/04).
Nous pensons qu’il a du nous voir depuis là où il est et qu’il a du être très content de nous voir aussi nombreux rassemblés pour faire une fête digne de ce nom avec un bagad en pleine forme et un fest-deiz des plus chaleureux !

Le bar a fait le plein et notre ami Didier a fait, accompagné de quelques volontaires, des méga crêpes qui ont eu beaucoup de succès.

Nous pouvons remercier tous les bénévoles à la cuisine, au bar, et partout ailleurs qui pour la plupart étaient "sur le pied de guerre" depuis très tôt le matin. ”

KigHaFarz

• “Il est certain que cette journée a eu vraiment un grand succès :

Et le courant qui dansait au gré des notes résonnant dans les vieux murs de la mission bretonne… ah là là ! Fabuleuse journée, merci. ”


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Passeport pour la Bretagne

… Au concours de Printemps

CAP À L’OUEST, C’EST UNE PREMIERE !

Petite devinette

Quel événement breton se déroule à Brest en plein mois de février, attire pas moins de 2.000 personnes et se joue à guichet fermé ?
Et oui ! C’est bien la première manche du championnat national des bagadoù de première catégorie qui s’est déroulée ce dimanche 19 février 2006 au Quartz à Brest. Là où je me suis rendue ce week-end.

En route

Au bout de presque 3 ans d’apprentissage de mon instrument, je me suis décidée cette année à (enfin) venir assister à un concours de bagadoù au Pays et c’est donc presque sur un coup de tête que j’ai pris la semaine dernière mes billets de train.

CapCaval

Non, je ne m’étais pas trompée en faisant un petit détour par Quimper : c’est bien une étape « obligée » avant Brest qui permet de tâter le pouls des sonneurs et des bagadoù. Après avoir été mesurer l’ambiance au Céili et rencontré quelques acteurs de la musique qui me fait tant vibrer, j’ai eu la chance d’assister aux répétitions générales des bagadoù Cap Caval et Briec.

Et quelle chance en vérité, car quel bonheur de voir les coulisses, les méthodes de travail, tout ce qu’on imagine de loin. J’étais tellement emballée, que ces deux groupes ont même réussi à me communiquer leur stress d’avant concours.

Dimanche

Lever tôt, enfin moins que certains sonneurs qui ont du prendre le car aux aurores. Cette année, c’est le terroir Léon / Trégor qui a été choisi par B.A.S. 15 bagadoù sont attendus sur la scène du Quartz devant une salle comble et impatiente. Certains diront que 15 groupes en première catégorie c’est beaucoup. Certes, le concours fut long (5 heures), mais je n’en ai eu que faire, car pour une première, j’étais trop contente de m’en prendre « plein les oreilles », alors 5 heures durant, vous pensez…

Ironie du tirage au sort, c’est le champion en titre, la Kevrenn Alre, qui ouvre le concours et place de suite la barre très haute. Auray impressionne par son effectif de sonneurs avec près d’une soixantaine de musiciens sur scène qui lui donne une considérable puissance sonore. Puis s’enchaînent les bagadoù. Dans la salle, on s’essaie déjà à des pronostiques.

Chaque suite est de grande qualité technique et musicale et chacun des bagadoù y apporte sa propre touche pour tenter de se démarquer. Je noterai en particulier les suites très écrites de Pontivy et Locoal, les 7 accordéons diatoniques et 7 binioù kozh du bagad Guingamp, les chanteurs/danseurs de Penhars (qui faisait ici son entrée dans la cour des grands), les percussions atypiques jouées à même le sol par Briec, et enfin le pupitre « coquilles St Jacques » de Kemper et son marchand d’oignon à vélo sur la scène du Quartz… !

Mon avis ?

Le Quartz en chiffres

• 1600 entrées
• 600 sonneurs
• 15 groupes
• 10mn de prestation
• 12 juges
• 57e concours
• pas mal de fûts de bière
• 5 heures de concours
• 1h30 de délibération

Certains résultats sont décevants : Gwengamp arrivé en 10e place ne pourra disputer le titre de champion de Bretagne en catégorie Maout cette année. Les places de Kemper et Cap Caval ne sont pas celles qu’on attendait au vu de leurs prestations, tout comme celle de Moulin Vert qui clôt le tableau. Mais ce concours nous a aussi réservé de bonnes surprises avec les très bons résultats de Locoal, Pontivy et St Malo qui accèdent donc au Maout cette année.

Briec a eu beau taper sur des bambous, ils ne sont que numéro 2 ! Une mention spéciale pour ses sonneurs qui semblaient tellement s’amuser sur scène qu’ils ont transmis ce plaisir de jouer à toute la salle.

Avec seulement 4 points d’écart, Auray et Briec vont très certainement se mener un combat sans merci à Lorient. Rendez-vous est pris ce 29 juillet…

  1. Auray (36 points) + prix Terroir
  2. Briec (40 points)
  3. Locoal (46 points)
  4. Pontivy (51 points)
  5. Quimper (52 points) + prix Batterie
  6. Cap Caval (73 points)
  7. Saint-Malo (96 points)
  8. Quimperlé (106 points)
  9. Saint-Nazer (109 points)
  10. Guinguamp (121 points)
  11. Penhars (122 points) + prix Danse
  12. Beuzec (125 points)
  13. Vannes (143 points)
  14. Lorient (152 points)
  15. Moulin Vert (153 points)

 En savoir plus :

 Quelques photos du concours

KevrennAlre
Kevrenn Alre

Brieg
Brieg

Vainqueurs
Les vainqueurs

Vainqueur
Les vainqueurs


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Le tout p’tit mot, sur le concours de printemps

Fabrice Humeau, penn-soner du bagad Brieg

FabriceHumeau

Une semaine plus tard, quand je réécoute ce concours, une évidence me frappe : il est certaines choses auxquelles les juges ne portent plus assez d’intérêt aujourd’hui, telles l’accord et le son. J’ai vu certains juges de première avec une grille où le critère "son / accord" était noté sur 10 sur une échelle de 100.

À Brieg, en revanche, nous y sommes très attachés car une suite peut être belle, très musicale et très bien interprétée mais si l’accord et le son n’y sont pas, j’estime alors que ça gâche l’écoute. Ce que j’exprime ici s’est encore vérifié lors de ce concours comme précédemment à Lorient 2005, et le nouveau système de jugement par “place” semble desservir ce critère musical si fondamental. Pour avoir été formateur dans nos deux bagadig ou même en me rappelant de mes bases de conservatoire, ce qu’on demande en premier à un groupe école ou à tout musicien débutant c’est de jouer juste et en place.

Il est dès lors incompréhensible à mon avis de tolérer des groupes dont l’accord est "passable" en première catégorie qui est sensée représenter la référence en matière de bagadoù, d’autant plus dans le haut du classement ! Imaginez-vous un concerto de Jean-Sébastien Bach interprété par des violons faux de l’orchestre philharmonique de Berlin ! Impossible, me direz-vous, car les mots violons, faux et orchestre philharmonique de Berlin sont incompatibles. Figurez-vous qu’il devrait en être de même avec les bombardes et cornemuses des ensembles de première catégorie.

Cette parenthèse faite, le style musical adopté par le bagad Brieg cette année au concours de Brest ne peut se comprendre qu’après un bref retour en arrière sur la saison passée : après une prestation très trad ornée d’une seconde place au concours de Brest 2005 sur une musique à laquelle l’ensemble du bagad n’adhérait pas forcément, j’avais décidé de changer de style à Lorient avec une musique aux accents que certains ont qualifié plutôt comme "variété", voire un peu trop au goût des juges. Cependant je l’ai pris comme un compliment car quiconque a déjà essayé d’écrire de la variété un jour sait que ce n’est pas si facile ! Et quoi qu’il en soit, lorsque j’écris, c’est à l’évolution de cette musique de bagad que je pense, une évolution rendue si difficile par le règlement actuel.

Malgré tout, ceci a débouché sur une 4e place à Lorient et une deuxième au classement général du championnat de Bretagne. C’est donc dès le début d’année lors de l’assemblée générale que le groupe a choisi de jouer la carte d’une musique différente comme il l’a fait dans le passé à l’instar d’une bonne place au classement. Nous faisons le choix de participer au concours et en assumons les règles du jeu, cependant certains juges ont parfois un avis si subjectif et imprévisible que j’ai l’impression que ces concours s’apparentent à des compétitions de patinage artistique.

Dimanche dernier, nous avons ainsi interprété une suite derrière laquelle tout le bagad s’est retrouvé soudé à 100 % pour communiquer au public des sensations très particulières... Le travail avec Raph Droual sur l’épuration du jeu de percussion a considérablement porté ses fruits et certains s’en sont même amusés de nous voir arriver à Brest sans une tripotée de rack et autres toms et cymbales. Et c’est bien parce que Brieg a été l’un des groupes instigateurs de la percussion en bagad que ce retour en arrière en a surpris plus d’un.

À l’issue de notre prestation, quelques personnes m’ont confié qu’elles avaient failli pleurer et j’en connais même qui ont craqué, "n’est-ce pas Michel ?" (notre ancien président, fondateur du bagad). C’est pour toutes ces raisons que lorsque les journalistes me demandent à nouveau comme après le concours de Lorient si je suis déçu de notre seconde place je leurs réponds : "Ce qui me comble avant tout, c’est la réaction du public après notre passage. Nous jouons d’abord pour lui. Alors en plus, si un jour le jury suit, ce sera le bonheur !"

Ça, c’est fait. Rendez vous à Lorient !


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Brique et brosse

la bombarde avec Jorg Botuha

Divroet New(e)z : comment sont choisis les bois ? Est-ce que ce sont des bois historiquement utilisés pour la facture de bombardes et de binioù ou est-ce que vous innovez sur des bois exotiques qui peuvent avoir des propriétés que ne connaissaient pas nécessairement les luthiers de l’époque ?

Jorg Botuha : non, on n’a pas inventé grand chose là-dessus, je crois que les gens ont expérimenté avant nous et se sont quand même aperçu que certains bois avaient des propriétés mécaniques, sonores et de résonances qui étaient compatibles avec ce qu’on attendait d’eux, à savoir faire des instruments de musique. On utilise en grande majorité, selon ce qu’on fabrique, de l’ébène du Mozambique qui est en fait un palissandre. Ce n’est pas un véritable ébène. L’appellation scientifique est Dalbergia Melanoxylon. C’est un bois qui pousse en forêt entre la Tanzanie et le Mozambique, en Afrique du sud.

JorgBotuha

On utilise aussi du buis, mais ce ne sont pas les essences qu’on travaille le plus couramment parce que c’est un bois très capricieux, on y trouve beaucoup de défauts, il appartient à ces catégories de bois qui sont moins homogènes au niveau de la qualité, avec des nœuds… C’est très dur de trouver du beau buis, il y a beaucoup de perte.
Quand on fait un bel instrument, qu’on arrive à la fin et qu’on s’aperçoit qu’il y a un problème, on perd trois jours de travail et ça se termine le plus souvent à la poubelle. Donc, avec le buis, il faut faire très attention. Il faut le faire sécher très longtemps car c’est un bois instable, moins stable que l’ébène.
Nous travaillons sur un roulement de 10 à 15 ans pour nos bois suivant les instruments qu’on fabrique, 10 ans pour les bombardes et 15 ans pour les cornemuses au niveau du roulement du séchage.

On reçoit nos bois en carrelets, c’est à dire que je fais découper mes bois à cote et dimension souhaitées. Il y a des gens qui font ça très bien, on ne s’embête pas à acheter des grumes et à taper dedans à la scie parce qu’en fait il faut savoir le faire, il y a beaucoup de pertes sinon, donc on fait confiance à nos marchands de bois. Nous sommes relativement importants sur le marché des instruments de musique, nos fournisseurs nous garantissent la marchandise et si on tombe sur des bois qui ne nous conviennent pas ou qui présentent des défauts, nous faisons des réclamations et généralement on a gain de cause.

DN : comment en es-tu arrivé à la facture instrumentale ?

JB : mon parcours est un peu sinueux. Je suis né à la campagne où la langue bretonne était la langue naturelle. Mes parents sont de naissance bretonne et parlent le breton. J’ai appris le français avec ma mère et quand elle s’est aperçu que je parlais en breton avec les voisins, elle s’est mise aussi à parler cette langue avec moi parce que bien évidemment, pour eux, c’était celle de la honte puisqu’ils ont subi ce que vous savez au travers des écoles dans l’éducation nationale de l’époque. Donc ce sont des gens qui ont, dans un premier temps, hésité à nous parler dans leur langue naturelle.
Mon grand-père était un grand chanteur de la campagne, il animait les mariages, j’ai donc été au contact de cette culture d’une façon très naturelle, sans me poser de questions, sans savoir si c’était de la musique traditionnelle, de la musique bretonne ou autre chose. C’était les chants du quartier et j’ai appris comme ça, sans m’en rendre compte.

Après, j’ai entendu des gens jouer de la bombarde, j’ai trouvé ça extraordinaire et ils jouaient de la musique que je connaissais. C’est comme ça que j’y suis venu, j’ai eu la chance d’apprendre avec un grand monsieur de la bombarde, c’était aussi un très grand ébéniste qui sortait de l’école Boule et qui avait travaillé pour tout le grand mobilier national. C’est un grand monsieur qui est venu s’établir à Pluvigner car il en était originaire. De temps en temps, le dimanche, il travaillait une petite bombarde pour se faire plaisir et c’est lui qui m’en a donné le goût.
Comme j’ai sonné avec des instruments anciens dès le départ et qu’il a fallu que je les rende aux familles, j’avais demandé aux gens qui étaient sur la place à l’époque, les facteurs d’instruments qui étaient en Bretagne, de me faire des copies des instruments et en fait j’ai vu que ce qu’ils faisaient ne sonnait pas du tout comme les anciens instruments. Alors je me suis posé la question : pourquoi ? Je bricolais, je faisais des anches pour les copains, j’étais un peu dans le truc.
En parallèle, l’école ne m’intéressait pas beaucoup, j’étais très sélectif, tout ce qui m’intéressait je le faisais avec beaucoup d’élan et beaucoup de passion mais j’étais meilleur en histoire qu’en maths… [Sourire]

DN : pourtant, les maths sont importantes pour la facture d’instruments ?

JB : pas vraiment. Bien évidement il faut avoir des notions de calcul et de physique, des notions d’arithmétique mais ce qu’il faut surtout c’est avoir des oreilles. Et puis avoir l’oeil pointu, être très observateur parce que faire des instruments c’est une question d’observation, de goût… C’est assez compliqué.
Je pense qu’il faut jouer correctement pour faire des instruments corrects. Par exemple (pour imager mes propos) si quelqu’un ne sait pas monter correctement sur un vélo, il ne peut pas fabriquer un vélo performant qui fera le tour de France, c’est un peu ça en fait.
Pour calculer les distances entre les trous, il faut juste un peu de bon sens. On ne tombe pas dessus du premier coup mais je peux faire un instrument dans une tonalité sans outils de mesure… Si vous me donnez un décimètre, allez-vous me dire ? Même pas ! Je suis capable à l’oeil de fabriquer un instrument qui peut être correct, bien sûr en expérimentant peut-être un peu, mais ça marche. En fait, avec l’expérience, on acquiert également l’oeil.

DN : pour fabriquer des instruments, tu t’es basé sur des plans ou sur de vieux instruments ?

JB : des vieux instruments ? J’en ai des boîtes entières ! Je me suis intéressé très tôt à tout ça et chez nous, à la campagne, les gens avaient des instruments fabuleux dans les greniers et donc, les familles de la région d’Auray voyant que je portais de l’intérêt pour tout ça m’en ont envoyé en me disant : voilà ! On te donne ça parce qu’on sait que ce sera conservé.
À l’occasion, il m’arrive de les montrer à mes clients, j’expose également, etc. Et puis bien évidemment, je m’en suis inspiré pour comprendre le principe de ces instruments et puis avec les besoins actuels, les exigences musicales et les ambitions des musiciens du XXIe siècle… Enfin, entre les instruments à 6 trous du XVIIIe siècle et du XIXe et ce qu’on fait maintenant il y a énormément de différences. Cela m’aide.

JorgBotuha

DN : certains musiciens ont des bombardes à 10 ou 11 clés, c’est de l’expérimentation ?

JB : non ! Ce sont déjà des instruments aboutis. On a fait beaucoup de choses très particulières, des chanters chromatiques, en la, en ut. En ce moment, on a un projet avec Carlos Nuñez pour lui faire des instruments parce qu’il est fortement intéressé par ce qu’on fait.
On a beaucoup travaillé sur la cornemuse écossaise, on travaille pas mal avec tous les grands solistes écossais, par exemple, qui jouent sur nos instruments. En fait j’ai fait la même démarche avec les instruments écossais que j’ai eu avec les bombardes. C’est à dire que j’ai essayé de regrouper autour de moi tout ce qu’on avait fait en chanters dans le passé, je les ai étudiés à fond pour comprendre le principe qui est absolument identique aux bonnes bombardes. Il y a un principe de base pour ces instruments-là, on a travaillé dessus, je me suis entouré de gens compétents, de tous les grands solistes de Bretagne, etc.
On a tous travaillé de pair, puis on a mis au point des modèles qui conviennent aux uns et aux autres, avec des particularités sur certains instruments. Après, c’est une question de sensibilité au niveau des diapasons, au niveau des tempéraments des chanters, des timbres, des possibilités qu’on peut faire avec suivant la musique que les gens veulent faire.
Comme en Bretagne on fait pratiquement toutes les tonalités dans tous les diapasons en bombarde, pour nous, faire des chanters dans différentes tonalités, ce n’est pas un problème. On est habitué à jongler avec beaucoup de cotes.

DN : à propos des binioù, nous avons remarqué que certains sont à deux bourdons, quelle en est l’origine particulière ?

JB : c’est une création, c’est un instrument à la quinte ou une chanterelle qu’on met sur l’instrument. Ce n’est pas traditionnel, ça le devient. Ça vient probablement des gens qui ont vu des cornemuses faites comme ça en Europe et compagnie.

Vous savez que le petit binioù c’est un instrument très récent, il a été inventé après la Révolution française. C’est un instrument très curieux par rapport à tout ce qu’on connaît comme cornemuses. Il ressemble plus à la musette de cour dans l’esthétique et dans la brillance du timbre. La seule différence, c’est qu’il joue toujours à l’octave par rapport à l’instrument qu’il accompagne. Pourquoi il a été inventé comme ça ? C’est sans doute dû au tempérament des Bretons qui ont voulu avoir quelque chose de plus tonitruant qu’un instrument à l’unisson avec le hautbois qui l’accompagnait, parce qu’auparavant il y avait un autre instrument qui l’accompagnait, il y a des gravures et des témoignages écrits nous le prouvent mais c’est un instrument qui devait sans doute s’apparenter à la veuze qu’on retrouvait sur Guérande, mais en Basse-Bretagne je ne connais pas d’instrument ancien de ce type, je n’en ai jamais vu, on n’en a jamais retrouvé pour l’instant.
Par contre des binioù des plus anciens, on en a quelques uns. J’en ai qui ont au moins 150 ans qui sonneraient toujours si on les faisait sonner mais on ne le fait pas. Ce sont des pièces de musées. J’ai aussi des bombardes qui ont près de 150 ans mais on ne joue jamais avec, on en fait des copies.

DN : quels types de peaux sont utilisées pour les binioù ?

JB : [rire] auparavant, ça choque beaucoup de gens, les poches étaient faites en peau de chien. Parce que le chien ne sue pas et quand on tanne sa peau elle est naturellement hermétique, donc ils n’étaient pas obligés de la charger en produits étanchéifiants. Maintenant, elles sont faites en peau de vache. On a des cuirs merveilleux, bien plus chouettes que ce qu’il y avait avant. Et puis nous avons des produits spéciaux pour les étanchéifier.

DN : que faut-il faire pour l’entretien d’un binioù ou d’une bombarde ? Quelle est la cadence ?

JB : il faut régulièrement passer de l’huile mais il ne faut pas exagérer non plus. Le binioù s’entretient comme une cornemuse avec un produit spécifique quoique maintenant les poches sont synthétiques (pour la cornemuse), l’intérieur est en goretex même pour les petits binioù, ça commence à venir, on en voit quelques uns. Pour tout ce qui est bois, vous pouvez nettoyer à l’eau savonneuse et passer de l’huile d’amande douce mélangée avec de l’essence de térébenthine à raison de 50 % de chaque. Il faut que ce soit de l’huile végétale en tout cas. Pour les clés, il faut utiliser des chiffons ou des gants argent qui sont utilisés en horlogerie tout simplement. Chez nous, elles sont argentées.

DN : il y a encore beaucoup de demandes de bombarde dans les gammes non tempérées ?

JB : on est encore quelques irréductibles à le faire mais je mets en garde les gens là-dessus.
Le non tempéré, c’est bien si on possède la tradition de ces instruments. Si on ne la possède pas, ça jure parce que les gens n’ont pas la ponctuation, l’accent de cette musique, ça fait mièvre tout de suite. Il faut très précisément avoir du coffre derrière si on veut jouer du non tempéré, il faut être un peu sauvage.
On ne pourra pas jouer de gamme non tempérée en bagad par exemple parce que la cornemuse ne se prête pas du tout au non tempéré. On a essayé Pascal Guingo et moi, c’est abominable. Ça ne passe pas en sonorité. On peut vous faire un chanter en non tempéré, c’est réalisable, mais c’est horrible. Si vous diminuez la seconde, vous mettez la tierce neutre et une quarte augmentée, ça fait tout de suite biniouserie, c’est horrible, horrible !
Autant c’est joli et ça se prête bien en binioù kozh, autant avec la cornemuse la présence des bourdons, le basse qui donne une couleur sonore, une échelle à laquelle on est forcément habitué et quand vous entendez ça ! Ouh là ! Non ça ne va pas le faire, en fait ça choque !

JorgBotuha

DN : est-ce qu’il y a une utilisation particulière en fonction des bois, par exemple pour jouer de la mélodie en église, etc. ?

JB : non ! Le son c’est trois éléments : l’instrument, l’anche et celui qui souffle dedans.
Je schématise les choses : vous donnez un manche à balai à un bon musicien, ça fera de la musique, vous donnez un Stradivarius à un gars que ne domine pas la chose, ça ne sera pas de la musique.
Un bon instrument est important parce qu’on pousse au maximum les capacités d’un musicien. S’il a un instrument moins bon il arrivera toujours à se débrouiller et arrivera à maquiller les choses, mais pour la musique, c’est avant tout le mec qui joue qui est le plus important, au moins à 50 % de ce qu’on entend, peut-être même plus. En fait, on fabrique surtout le son.

DN : on entend des critiques sur les instruments avec beaucoup de clés, le son serait plus métallique, il serait moins plein !

JB : ce n’est pas vrai ! Si on reste dans le domaine du raisonnable, ça sonne. Il faut quand même savoir que dès l’instant où l’on rajoute des clés en bas on diminue le volume sonore sur le bas à savoir que c’est moins pétant qu’une bombarde à 6 ou 7 trous mais ça reste quand même un instrument qui s’entend.

DN : si un jeune souhaite s’initier à la lutherie, il y a des écoles ?

JB : pas vraiment. Il faut trouver un luthier prêt à former mais ce n’est pas facile. En facture instrumentale, personnellement, je n’ai encore formé personne. J’ai trois employés : deux tourneurs et un clétier, bijoutier de formation, mais j’avoue qu’il y a une partie sensible dans l’entreprise qu’ils ne connaissent pas, comme les alésages des instruments. Je suis le seul à posséder les clés de la boutique. Si Dieu me prête vie encore quelque temps et que j’arrive jusqu’à la retraite sans encombre, si quelqu’un est intéressé, oui, je le formerai.


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Nous avons préparé pour vous…

Une petite partition !


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Pour votre salon

Quelques nouveautés

TALAR - Talar

Groupe de fest-noz basé en pays nantais, Talar signe ici son deuxième album, composé de mélodies et airs à danser inédits. L'inventivité dans les arrangements et dans l'utilisation des timbres aboutit à une étonnante diversité. Et cela tout en confirmant l'originalité et la qualité du "son" Talar. Ridées, suite plinn, ronds de landéda, ronds de St Vincent, valse, laridé, hanter dro, mélodie, pilé menu, maraîchines, marche, tours mélodie.
Gwénolé Ayoul : bombarde, hautbois
Frédérik Bouley : violon, alto, mandoline
Olivier Caillon : Saxo soprano, biniou, veuze
Philippe Jegou : guitare
Erwann Tobie : accordéon diatonique, octaver

DEUS'TA - Dañs

DEUS'TA, un groupe de musique bretonne qui se nourrit de la tradition, du plaisir musical et l'énergie des danseurs de festoù noz.
Thierry Beuze : accordéons
Armel An Hejer : chant
Malo Carvou : flûte traversière
Bernard Bizien : guitare
Bruno Rivoal : percussions


TERRE DE PÊCHEURS - Armorica

Dans un port breton imaginaire du nom de Port d'Armor, un spectacle musical inédit, une histoire d'amour autour de la vie des pêcheurs sur fond de chansons populaires dont les arrangements musicaux prennent des couleurs celtiques.

Souvent joyeux et émouvant, parfois drôle ou tragique mais toujours réaliste et authentique, Armorica est interprété par 5 chanteuses et 5 chanteurs dont les voix ne devraient pas laisser indifférents. Sur scène, dans un décor typique, la troupe vous fera vivre près de 2 heures d'un spectacle original.


TRIBUIL - Musique bretonne

Tribuil, c'est un trio original au son nouveau coloré par des arrangements subtils. Ce groupe plein d'énergie et de swing dégage sa force des trois instruments solistes : l'accordéon diatonique, la bombarde ou le biniou kozh, et le cornet à pistons ou bugle, chacun alternant entre la mélodie et l'accompagnement. Jouant régulièrement au fest-noz, le répertoire de Tribuil est bâti autour de la musique traditionnelle de haute et basse Bretagne avec des compositions de Patrick Lancien, Claude Le Baron et Fabien Robbe, mêlant l'énergie, le swing et la convivialité pour le plaisir des danseurs. En dehors des airs à danser, marche et mélodie du pays de Loudéac viennent compléter le répertoire du disque. Pour l'occasion, le groupe s'est élargi avec la participation de : Marie-Noëlle Le Mapihan au chant, Yann Le Bozec à la contrebasse, Tryphin Le Merdy à la caisse claire.

M-ZA - m-zA

Peut-être avez-vous eu l’occasion de vous laisser entraîner par les danses endiablées du groupe Emsaverien au cours de l’un de ses 400 festoù-noz en Bretagne et dans le France entière.
Pour son troisième album, cette formation de cinq musiciens, qui a pris pour l’occasion le nom de m-zA, vous surprendra avec sa formule concert. entraînantes et envoutantes, ses chansons, entre tradition et modernité, vous transporteront au travers des siècles.



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Agenda

Vous y serez…

Mars 2006

Avril 2006


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La pensée du moment

Pourquoi ne peut-on pas entendre de cornemuse sur un enregistrement numérique ?
Parce que cette technologie élimine tous les bruits parasites.

Le contenu de ce numéro est la propriété de Bodadeg ar Sonerion Divroet et ne peut être réutilisé sans son autorisation.